Je remplace aujourd'hui cet article par un nouvelle information, annonçant que M. Burriel Bielza soutiendra sa thèse à l'Université de Madrid le 18 mars prochain.
J'en profite pour rappeler par quelques extraits l'interview qu'il a donnée en janvier dernier à Forez-Info pour expliquer ce qui a motivé ses travaux de recherche.
Le lecteur attentif trouvera dans ces lignes de quoi approfondir la connaissance et les significations esthétiques du bel édifice dont s'est enrichi le patrimoine appelou dans la première décennie du 21ème siècle.
Il nous reste à souhaiter, après la soutenance, une prompte parution de ce travail, et si possible, une traduction à l'intention des lecteurs francophones.
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" En 1996, quand nous sommes arrivés à Firminy, nous avons effectué un parcours qui comprenait l’Unité d’Habitation, la Maison de la Culture (alors fermée pour des travaux de restauration à l’intérieur) et le stade. Mais au moment de vouloir visiter l’église, la personne qui nous accompagnait nous a informés que l’intérieur du bâtiment n’était pas accessible et qu’ il n’y avait rien d’intéressant à voir.
Depuis l’extérieur, la volume tout gris et fermé de l’église nous appelait fortement : qu’est ce qui pouvait se passer à l’intérieur ? Quel type d’espace pouvait se développer dans ses entrailles ? Nous avons insisté et finalement nous avons eu la chance d’entrer dans le bâtiment par la petite porte en acier au rez-de-chaussée, au-dessous de l’actuelle entrée de la rampe.
Nous nous sommes retrouvés dans un endroit très obscur, percé seulement par la lumière qui tombait dramatiquement du vide depuis le trou au niveau de l’autel. La montée de l’escalier et l’arrivée au niveau de l’église, avec ses compressions et ses dilatations, nous ont préparés au spectacle final rendu dans la montée hélicoïdale des gradins.
La coque de béton n’était qu’arrêtée à ses débuts, tout l’espace ouvert au ciel et aux nuages. En fait, cette première vision était un négatif total de l’expérience qu’on pourrait avoir aujourd’hui du projet fini : lumière au rez-de-chaussée, obscurité dans le sanctuaire. Même le trajet parcouru n’était pas comme Le Corbusier l’avait envisagé. Mais notre coeur d’architecte nous disait que là, un des chapitres les plus importants de l’histoire de l’architecture moderne était à redécouvrir."
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"Le titre de cette thèse reprend l’expression assez connue de Le Corbusier et fait une sorte de jeu de mots avec la conception de "machine à émouvoir" qu’il
utilise pour définir le Parthénon. ....Nous souhaitons attirer l’attention du lecteur sur un des aspects les plus importants de l’architecture pour Le Corbusier : l’émotion.
Pour illustrer, voici une citation qui évoque, pour le maître cette connexion avec son expérimentation de l’architecture: "Ma recherche, tout comme
mes sentiments, est dirigée vers ce qui est la principal valeur de la vie: la Poésie. La poésie est dans le coeur de l’homme, et c’est pour cela qu’il peut pénétrer les richesses de la
nature". Ces objets qui apparaîtront vers la fin des années vingt sont sources d’émotion. Avec sagesse et intuition, ils sont "mis en composition pour faire naître le sentiment
poétique". Une définition qui peut s’étendre à la peinture et la sculpture, sujets de travail qui peuvent se transformer aussi en des machines à émouvoir.
L’église, bien sûr, répond à cette conception mais elle-même renvoie très clairement à un autre sujet d’attention et partage une proche relation avec un
des objets à réaction poétiques les plus aimés de le Corbusier : le coquillage.
Dans le livre de Paul Valéry intitulé "Variétés V" (1944) qui appartenait à la bibliothèque personnelle de l’architecte, et qu'il a lui-même annoté,
nous trouvons un premier essai, "L’homme et la coquille", qui nous sert de point de départ pour confronter les clés de cette analyse avec l’architecture de Le Corbusier.
Valéry explique que “ Les Coquillages nous proposent, étrangement unies, les idées d’ordre et de fantaisie, d’invention et de nécessité,
de loi et d’exception". En plus, le coquillage est basé sur la répétition d’une loi : l’hélicoïdal, attaché tout particulièrement à l’église, et cette loi peut donner des millions de
spécimens semblables et différents. Chaque coquillage est l’expression d’une même idée, retrouvée dans chacun.
D’une façon assez semblable, on souhaite démontrer dans cette thèse qu’il est possible de retrouver cette église dans d’autres projets de
l’architecte mais aussi le contraire : retrouver tous les autres projets de Le Corbusier dans l’église de Firminy-Vert. On entend évoquer l’église, non pas comme un objet isolé mais comme
le produit de toute une carrière professionnelle, le résultat de sa recherche patiente, le résultat de ses voyages, de ses réflexions, des livres qu’il achetait, des tentatives, des réussites, de
sa peinture, de sa sculpture, enfin, de sa capacité à concentrer et projeter toutes ses inquiétudes sur un objet absolument intime et personnel........
.....Les mots “ objet à réaction poétique ” peuvent être appliqués à toute l’architecture de Le Corbusier. C’est une attitude de vie, une façon de jouer le jeu de l’architecture. J’ai
choisi ce projet parce qu’à mon regard, il est le plus lisible et aussi, un des plus inconnus. Je crois, et cette pensée m’est tout à fait personnelle, que cette église est le projet où cet
esprit est sorti avec la plus grande intensité, avec la plus grande puissance. Le programme d’une église donnait à Le Corbusier une grande liberté, parce que, comme il le disait à propos de la
chapelle de Ronchamp : "Architecture totalement libre, pas d’autre programme que le service de la messe, l’une des plus vieilles institutions humaines". Mais à Firminy,
contrairement à Ronchamp, nous trouvons d’autres parties du programme qui rendaient le projet plus complexe. Mais l’Unité d’Habitation appartient aussi à cette catégorie ou, mieux dit, peut être
aussi étudiée dans cette perspective.
Plutôt qu’évoquer les forces supra humaines, l’église montre le lien entre l’homme et la nature. Elle est un passage, un médium comme
Le Corbusier considérait ses objets à réaction poétiques. La transition du carré au cercle parle de ce rituel qui met en jeu la terre et le ciel, la matière et l’esprit, ou comme dans La
Tourette, "le Bas et le Haut". Enfin, il s’agit de la cristallisation de la verticale, la direction de cette force qui s’oppose a l’horizontale : la pesanteur. Tous les deux forment l’angle
droit, comme disait Le Corbusier : "Le lieu de toutes mesures". Alors, l’église est un terrain d’entente entre la géométrie de l’homme et celui de la Nature. Après ces explications, la
réaction attendue est claire, provoquer l’émotion, bien sûr du fidèle, mais aussi du visiteur. Car c’est une émotion qui porte plus loin que le sentiment religieux.
La forme de l’église ne répond à aucune forme de la nature, ou à aucune forme préfigurée, malgré certaines interprétations qui ont établi un lien
avec les tours de refroidissement près de Firminy. La verticalité du schéma est sortie tout naturellement de sa relation avec le paysage plan de la Vallée de l’Ondaine entourée de collines, et de
son implantation dans l’ensemble urbain. Le passage du carré au cercle est tout à fait symbolique et c'est aussi une expérimentation pour la dématérialisation de l’espace. L’oblique du toit a été
fait pour recueillir et conduire l’eau de pluie. Il faut encore rappeler que quand nous parlons d’objet à réaction poétique, nous ne parlons pas seulement des aspects purement formels mais aussi
d’autres concepts plus profonds. Dans la tête de l’architecte, il y a des espaces semblables et aussi des atmosphères semblables (qui sont analisés dans ce travail), mais pas tout à fait des
objets semblables. Le Corbusier avait le passé comme seul maître mais il était capable de réinterpréter, de repenser afin de créer de nouveaux objets à partir des nouveaux besoins".
l'inauguration.







Un précédent article de juin 2008 intitulé : "Puits du Marais, quelques images pour
remonter le temps", vous a présenté ce chevalement, qui trône aujourd'hui sur un rond-point routier à la sortie de Chambon-Feugerolles.
Depuis quelques semaines ont
commencé les travaux de restauration de la toiture de la maison de la culture ; il s'agit de rétabir l'étanchéité d'une couverture inédite en son temps : des dalles légères
reposant sur des câbles d'acier, dont la courbure en voûte inversée donne à l'édifice sa silhouette insolite.