Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 10:00

      Nombreux sont en  val d'Ondaine, dans la région stéphanoise et en Rhône-Alpes, ceux et celles qui attendent le prochain verdict de l'UNESCO sur l'inscription des patrimoines Le Corbusier dans le patrimoine de l'Humanité. A Firminy, chacun sait que l'initiative en vue de ce classement a fait suite à l'achèvement en 2006 de l'église Saint Pierre, plus d'un quart de siècle après la pose de la première pierre.

      Dans le cadre d'un travail récent avec des lycéens de Saint-Etienne volontaires pour suivre les stages de "réussir aujourd'hui" à l'Ecole des Mines, et en vue d'une visite qu'ils feront prochainement sur les sites de Firminy-Vert, un mémento sur Le Corbusier a été rédigé.

      J'en propose ci-dessous la copie. Il ne s'agit pas d'un traité complet sur le sujet, et il manquera les illustrations qui ont accompagné la séance. Mais chacun pourra du moins y trouver le rappel des données les plus essentielles.

     Les éventuels commentaires des lecteurs seront lus avec le plus grand intérêt, et s'il le faut, j'utiliserai ce blog pour répondre aux questions et apporter dans la mesure du possible les compléments qui pourraient être sollicités.

      Enfin, toute suggestion pour l'animation culturelle du site Le Corbusier de Firminy sera bienvenue.

                                            René COMMERE

                  --------------------------------------------------------------------------------------------------    

 

                           LE CORBUSIER - 1887-1965 -

7000 pages dans 35 livres + une centaine d'articles - 78 édifices réalisés dans 12 pays - 305 projets étudiés (architecture et urbanisme) - 400 tableaux, + tapisseries.

  

 

"Le plus grand architecte du 20ème siècle". L'un des rares architectes connus du grand public, un nom qui symbolise l'architecture moderne comme celui de Picasso pour la peinture.

 

I - Comment expliquer la célébrité exceptionnelle d'un architecte ?

 

A / "La planète comme chantier" (Cohen)

Des oeuvres (78 réalisations) sur tous les continents, dans une douzaine de pays. Elle y sont honorées d'une réputation qui dépasse celle des autres architectes de son époque.

Des projets de dimensions internationales : palais des nations à Genève, siège de l'ONU à New York.

Conception et réalisation d'une capitale nouvelle : Chandigarh.

 

B / L' influence multiforme des oeuvres réalisées :

- elles ont souvent fait école pour leur valeur d'avant-garde : villas, exposition Weissenhof à Stuttgart, maison radieuse de Marseille, pavillons suisse et brésilien de la cité universitaire, chapelle de Ronchamp, couvent de la Tourette en région lyonnaise. Ces réalisations ont eu valeur de messages (invention, harmonie, maîtrise de la lumière...). Suscitant enthousiasme et adhésion passionnée, elle sont étudiées par les jeunes et futurs architectes.

- ces oeuvres ont aussi déclenché réprobation et controverses, parfois violentes, entre tenants des traditions et partisans du renouveau architectural. La presse en diffusait les échos. Ironiques ou indignées, les réponses de Le Corbusier, ses attaques contre l'esprit académique, ne manquaient pas de mordant. Ainsi l'affaire du palais de la Société des Nations a donné à la bataille une dimension passionnée et internationale !

- Ajoutons qu'on a souvent attribué à Le Corbusier des choses qu'il n'a ni faites ni voulues. Par exemple, il a été montré dans une exposition à Londres en 1987 que s'il n'a rien construit en Angleterre, il a fortement influencé ce qui s'est fait, car ses idées en matière d'urbanisme nourrissaient "le rejet haineux de la ville traditionnelle, dont il fallait remplacer la brutalité, la médiocrité, la saleté, par quelque chose de pur, d'ordonné, de rationnel". Sans intervenir directement dans les réalisations des villes nouvelles anglaises "Le Corbusier a donné le ton à une multitude de travaux produits avec peu de talent, dont il n'était que la justification".

En France, on entend encore des gens considérer comme désastreux "l'urbanisme à la Le Corbusier" , réputé responsable des malaises des "grands ensembles" alors qu'il ne lui a jamais été donné d'en réaliser selon ses principes :"soleil, espace, verdure".

 

C / Force de la communication -

Sur son passeport,  Jeanneret était "homme de lettres". D'une grande force persuasive, ses écrits, livres et articles signés Le Corbusier à partir de 1920, ont exprimé clairement ses idées. Habilement composés et riches d'illustrations démonstratives, ils ont été lus et traduits dans le monde entier. Or l'écrit donne du sens à ce qui est produit, et de façon plutôt séduisante.

Ajoutons les multiples invitations à faire des conférences qui passionnaient les auditoires, de Paris à l'Amérique du sud, de Moscou à New-York.

Il faudrait aussi mentionner les diverses expositions auxquelles il a été invité, quelquefois il est vrai comme peintre : exemple en 1935, au Musée d'art moderne de New-York. Sans oublier ses participations inventives à divers salons parisiens.

 

D / Le rayonnement intellectuel de l'atelier du 35 rue de Sèvres ("le 35 S"), crée en 1924. Des visiteurs et des stagiaires de tous les pays y furent accueillis, jusqu'en 1965. Dans un livre de souvenirs, Roger Aujame raconte qu'à certaines époques, les demandes de stages arrivaient par milliers du monde entier (la Fondation les a conservées en archives). Les stagiaires n'étant pas payés, beaucoup faisaient de petits boulots. Ainsi Bossu, plus tard célèbre à Saint-Etienne pour ses immeubles de 6 étages sans escalier, était débardeur aux Halles le matin.

Leur motivation ? Apprendre une autre architecture que celle de l'académisme des Beaux-Arts. En 1961, Corbu raconte : "Mon atelier a été le centre de ralliement de près de 200 architectes venus de tous les horizons de la planète". Nombre d'architectes réputés s'y sont formés (stages de six mois au minimum, parfois de plusieurs semestres).

 

E / N'oublions l'influence déterminante de Le Corbusier dans les CIAM (congrès internationaux de l'architecture moderne), dix fois rassemblés de 1928 à 1960. Celui de 1933 a élaboré les constats et préceptes d'urbanisme de la fameuse Charte d'Athènes, première fois éditée par Corbu en 1937, et suscitant comme toujours approbations enthousiates et critiques acerbes. Une réédition lui parut nécessaire au lendemain de la guerre, alors que tant de villes étaient à reconstruire, et d'autres à rénover pour cause de vétusté et d'insalubrité. Pour beaucoup de spécialistes, c'est encore aujourd'hui un texte de référence (mais plus ou moins discutable selon d'autres).

 

II - "Il n'a pas fait les Beaux-Arts !"

 

Donc il n'était pas diplômé en architecture : un argument pour dénier sa compétence....

Comment s'est-il formé ?

 

A / A la Chaux de Fonds, cet enfant doué pour le dessin apprend le métier de graveur de boîtiers de montres ; son maître (L'Eplattenier) l'initie à l'architecture, qu'il ajoute aux enseignements de l'école. Le jeune Jeanneret y devient professeur, et réalise ses premières commandes (un cinéma, trois villas). De 1907 à 1911, il finance aec ses ses honoraires des voyages autour de la Méditerranée et en Europe centrale, comme une sorte de "Tintin de l'architecture" (Cohen) ; il remplit ses carnets d'observations sur les monuments, les villes, les habitats vernaculaires, et aussi le rôle des diverses architectures dans la composition des paysages (ce qui ne s'enseignait pas aux Beaux-Arts !

Il s'instruit par des stages de longue durée :

- à Lyon, Tony Garnier (1908) lui fait découvrir l'importance sociale de l'architecture et de la planification urbaine.

- à Berlin, Behrens le sensibilise à l'esthétique volumétrique des bâtiments et objets industriels adaptés à leur fonction, comme les silos (c'est déjà le "design" !). Les architectes allemands novateurs (Gropius, le Bauhaus) sont alors sensibles à la beauté latente dans la rigueur géométrique et les proportions harmonieuses.

- il passe 15 mois à Paris (1908-9) chez les frères Perret qui commencent à s'imposer comme architectes du béton armé.

 

B / Des débuts professionnels difficiles.

      En 1917, il s'installe à Paris avec deux projets : s'essayer à la peinture, peut-être comme Picasso, déjà célèbre, mais surtout oeuvrer dans le bâtiment, car il y aura beaucoup à construire après la guerre, et qu'il faudra savoir le faire vite et bien, au moindre coût, tous en assurant un confort suffisant et salubre pour le plus grand nombre. Il crée à Alfortville une entreprise de préfabrication d'éléments en béton, et produit quelques ouvrages : centrale hydro-électrique en Poitou, château d'eau à Podensac (Gironde)...

      Mais l'essai industriel n'est pas une réussite économique, bien qu'il ait essayé de faire connaître son modèle "do-mi-no", conçu dès 1915. C'est que les industriels du bâtiment ne sont prêts, ni matériellement, ni psychologiquement, pour la préfabrication et la production en série. On le verra avec les mésaventures de Pessac (1925).

        Peu de succès pour les débuts en peinture (expo en 1918 après avoir proclamé la fin du cubisme)....

 

III - L'esprit nouveau et l'engrenage polémique.

 

A / "L'esprit nouveau" : une revue internationale d'esthétique, lancée en 1920 avec son ami le peintre Ozenfant. L'objectif : proposer un renouvellement culturel dans tous les domaines des arts, des lettres, et des sciences. Participants : Aragon, Braque, Derain, Fernand Léger, Erik Satie, Cocteau, etc...Succès rapide, comme si la revue répondait à un besoin dans ce monde encore traumatisé par les horreurs de la guerre et en quête d'idées nouvelles ! Des lecteurs dans de nombreux pays. 28 numéros paraîtront jusqu'en 1925.

Le Corbusier préconise pour l'architecture comme dans les arts plastiques une esthétique fondée sur des formes géométriques pures et simples, facilement compréhensibles (purisme). Il ironise sans complaisance sur la banalité académique. Exemple : "Il est dans tous les pays des écoles d'architecture...qui emberlificotent des intelligences neuves et leur enseignent le faux, le fard et les obséquiosités des courtisans. Des écoles nationales !"

      Ses articles sont rassemblés en 1923 dans un livre : "Vers une architecture", qui connaît un rapide succès international et deviendra l'ouvrage d'architecture le plus souvent réédité au 20ème siècle (éd. la plus récente en 2005). On y voit des projets tels que la maison Citrohan pour construction en série, qui lui vaut les ripostes virulentes des tenants de l'ordre établi qui perçoivent une menace pour leur métier. Sa réponse dans une nouvelle préface du livre exclut toute possibilité de conciliation :

     "Je voudrais conduire à l'examen de conscience et au repentir ceux qui,de toute leur férocité, de leur haine, de leur frousse, de leur indigence d'esprit, de leur absence de vitalité, s'emploient avec un acharnement néfaste à combattre et àdétruire ce qu'il y a de plus beau dans ce pays : l'invention, le courage et le génie créatif, tout particulièrement attachés aux choses du bâtiment" .

 

B / Les oeuvres qui donnent corps au message.

Elles l'amplifient car elles sont visitées, commentées, critiquées, admirées par les uns, dénigrées par d'autres, ou bientôt imitées. Il y aurait une histoire pour chacune...

 

1 /Architecture et mobilier:

- le pavillon de l'Esprit nouveau, prototype concret en taille réelle, au salon des arts décoratifs de1925. Expose non seulement une architecture, mais aussi des concepts innovants en matière de mobilier et de décoration intérieure : collaboration de Charlotte Perriand (intégrée à l'atelier en 1927).

- les villas puristes aux murs blancs et lisses, commandées dès 1923 par une clientèle aisée voulant s'affirmer d'avant-garde. Villa La Roche à Paris (1923-5), villa Stein à Garches (1927), Villa Savoye à Poissy(1928-29), etc...

- Pessac, maisons ouvrières bon marché parce que construites en série, commandées par un industriel, Frugès (inauguration : 1926). Résistance des entreprises locales qui freinent les adductions d'eau ; il faudra une intervention ministérielle pour débloquer la crise.

- deux prototypes d'immeuble social collectif au Weissenhof, à Stuttgart, grandiose exposition où les architectes "modernes" de plusieurs pays ont été invités à confronter leurs inventions, amicalement et en grandeur réelle (1927). Quelques années plus tard, plusieurs participants allemands, fuyant le nazisme, iront exercer leurs talents en Amérique. Ex : Gropius, devenu professeur à Harvard.

 

2 / En matière d'urbanisme, Le Corbusier expose au salon d'automne de 1923 son plan (diorama de 100 mètres carrés) pour une ville de 3 millions d'habitants. Un centre d'affaires fait de gratte-ciel de 60 étages distants de 250 m. au minimum et séparés par des espaces verts occupant 85% de la surface. Autour, des quartiers d'habitation moins hauts. Séparation des circulations,etc.. New-York représenté à la même échelle donne l'image d'un entassement désordonné...et de gratte-ciel "trop petits" !

       Dans le même esprit, au Salon de 1925 : le "plan Voisin" propose de mettre de l'ordre dans Paris en faisant disparaître les quartiers insalubres. Protestations indignées de ceux qui ne veulent pas comprendre le message : ce barbare a le culot de vouloir détruire Paris.

     Autres projets d'urbanisme demandés et étudiés les années suivantes, sorte de boîtes à idées, pour Alger, Moscou, Rio de Janeiro, Montevideo, Bogota, Anvers, Barcelone, Genève. Considérons qu'il s'agit de boîtes à idées, car il y a loin du plan à l'exécution (pourquoi ? cf Charte d'Athènes...).

 

 

IV -  Le palais des Nations : un combat retentissant à l'échelle internationale.  

 

1927, concours international lancé par la SDN. 377 projets pour un très vaste et complexe édifice international situé au bord du Léman. Seuls lauréats partisans de l'architecture moderne, Le Corbusier et de son cousin Jeanneret sont classés dans les trois premiers, déclarés ex aequo. Membre du jury au nom du gouvernement français, ennemi notoire de l'architecture moderne, Lemaresquier (chef d'atelier à l'Ecole supérieure des beaux arts de Paris) intrigue, mobilise toutes les forces de l'académisme et réussit à le faire déclasser sous le prétexte mineur d'une encre non conforme....: c'est son "triomphe contre la barbarie".

 

      Célèbre pour avoir gagné, Le Corbusier décide de devenir célèbre pour avoir perdu face à l'Académisme conservateur et au corporatisme. Les multiples protestations contre l'injustice qui lui est faite lui montrent qu'il n'est pas seul dans ce "combat". Même à Moscou, on le soutient. Conséquence finalement positive sur sa notoriété internationale.

       C'est dans ce contexte que naissent les CONGRES INTERNATIONAUX D'ARCHITECTURE MODERNE. Le premier, en 1928, est invité à La Sarraz par Hélène Mandrot, héritière du terrain sur lequel se construit le Palais des Nations. Il rassemble 20 architectes de 8 pays. Thème : comment l'architecture et l'urbanisme peuvent-ils concourir à l'amélioration de la vie sociale ? Se méfiant des risques de débats idéologiques, il obtient d'établir lui-même l'ordre du jour. En ces matières, l'avant-garde devait rester le plus possible apolitique pour garder un caractère d'universalité.

 

V - La quête de projets et de commandes publiques (1928-40).

 

Il s'agit ce faire vivre et travailler l'atelier.

- Moscou, 1928 : le projet de Le Corbusier est classé premier au concours pour Centro Soyouz (palais pour la maison des syndicats). Chantier de 1929 à 1932, mais concessions pour cause d'économies sur le système de climatisation, d'où des défectuosités qui pourront alimenter les critiques...Actuellement, un ministère..

- Genève 1932-33 : immeuble clarté (parois métalliques).

- 1933 - Paris : pavillon suisse de la cité unversitaire, résidence d'étudiants commandée par le Conseil des Universités helvétiques. Attaqué comme moralement et politiquement dangereux par la conservatrice Gazette de Lausanne.

- Paris, 1933.Cité du Refuge (Armée du Salut). Même problème qu'à Moscou à cause des économies sur la climatisation. Corbu retouchera lui-même les façades en ajoutant des pare-soleil.

- Tournées de conférences en Amérique dans l'espoir de commandes. A Rio de Janeiro, avec Niemeyer, participation au projet du ministère de l'Education et de la santé.

- Quand la crise freine les projets constructifs dans le monde, Le Corbusier réalise à Paris en 1937, pour l'exposition de 1937 sur les arts et techniques de la vie moderne, le Pavillon des temps nouveaux : 15000 m2. Un message pacifiste : "Des armes, des munitions ? Non, merci ! Des logements pour tous !" Les joies essentielles : soleil, espace, verdure .

 

VI - Après la guerre : les grandes oeuvres d'un architecte désormais consacré

 

- New-York : intervention décisive sur l'emplacement et la conception du palais de l'ONU, dont la construction est ensuite confisquée par des collègues américains.

- En France, premières commandes publiques pour les Unités d'habitation : le prototype marseillais (ô combien critiqué ! "la maison du fada"), les autres (Rezé, Briey, Firminy) et celle de Berlin-Est.

- A Saint-Dié (Vosges), la municipalité, craignant ses électeurs et en particulier les propriétaires en centre ville, refuse finalement le plan de reconstruction demandé à Corbu, car il ne reconstruit pas en grès vosgien, pierre trop coûteuse.... Mais l'usine Duval (toujours debout) est une réussite .

- Pavillon du Brésil à la Cité universitaire de Paris (livré en 1938)

- Recommandé à Nehru par Claudius-Petit, il reçoit commande de l'Inde pour réaliser Chandigarh, nouvelle capitale du Penjab. Il conçoit lui-même les principaux bâtiments administratifs, en tenant compte des contraintes climatiques soigneusement étudiées.1950-60). Palais des beaux-arts en 1964-5, et en 1985 seulement, monument de la Main ouverte face à l'Himalaya..

- en même temps, diverses commandes à Ahmedabad (villa, musée...)

- Firminy-Vert : la maison de la culture (1960-65), le stade(1970)

- Art sacré : Ronchamp, La Tourette ( années 50) - 1960-65 : projet pour l'église de Firminy-Vert (chantier commencé en 1973, mais resté inachevé après 1980, par manque de financements et de soutien politique ; la construction reprise en 2003, a été terminée en 2006 : voir dans ce blog les articles sur  : "Le Corbusier à Firminy : les détours d'une reconnaissance patrimoniale"). 

- Japon : musée de Tokyo (1957-60)

- Harvard : Carpenter center of arts (1961)

- Zurich, maison des arts (achevée en 1967).

...; et le cabanon de Roquebrune Cap Martin, ultime résidence de Corbu avant sa tombe qu'il a dessinée dans la même ville.

 

---------------------------------

R.C. janvier 2011.

Repost 0
25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 01:14

  stephloco 005

 

         Dans son numéro du 2 juin 1927, le quotidien "La Tribune républicaine" consacrait trois colonnes de sa "une" à la fête prévue à Saint-Etienne pour célébrer, dix jours plus tard, le centenaire du premier chemin de fer français.

        En attendant un probable bicentenaire dans 17 ans, voici cet article (non signé) qui rappelle l'époque où le bassin houiller de Saint-Etienne était le plus important du pays....Ne manquez pas la description des premiers voyages de passagers, dont l'expérience toute nouvelle était une curiosité encore inconnue des Parisiens. A noter qu'il n'y avait pas en 1827 l'équivalent d'une "biennale du design" pour exposer au plus large public l'innovation réalisée dans la Loire....

               ____________________________________

(nota : il n'y avait pas de sous-titres dans l'article d'origine)

           ___________________________________________

La première locomotive du St-Etienne-Lyon 

                            1829 

 

 

          On sait que le premier chemin de fer a relié notre ville à la coquette cité gallo-romaine d'Andrézieux.

         

Premier motif : expédier le charbon

         C'est pour assurer des débouchés à la production houillère du bassin stéphanois, qui s'élevait annuellement à 760 000 tonnes, que fut créé ce mode de locomotion.

        Jusqu'au 18ème siècle, les charbons de Saint-Etienne et de Roche la Molière s'embarquaient sur la Loire à Saint-Just. A cette époque, la route royale de Roanne au Rhône et celle de Montbrison à Saint-Etienne furent construites ; dès lors Saint-Just fut, au profit d'Andrézieux, déclassé comme port d'embarquement, mais les transports étaient longs, coûtaient fort cher et ne permettaient pas l'envoi de grandes quantités de houille.

        Le canal de Rive-de-Gier à Givors, creusé pour faciliter le transport du charbon vers le Rhône, avait appris quels bénéfices appréciables il était possible de retirer d'une nouvelle voie. Au début du 19ème siècle, il était fortement question de créer une seconde voie d'eau qui, en établissant la liaison avec la Loire, permît de transporter le charbon de Saint-Etienne jusqu'à la région parisienne. Mais un rapport présenté en 1818 à l'Académie des Sciences par M. Gallois avait démontré la supériorité économique des chemins de fer sur les canaux : les premiers étaient sensiblement moins coûteux à réaliser et offraient de plus grands avantages d'exploitation.

       

L'initiative du Directeur de l'Ecole des Mines

         L'ingénieur Louis Beaunier, directeur de l'Ecole des Mines créée à Saint-Etienne pour remplacer celle de Kaiserslautern, se mit en quête des appuis financiers nécessaires pour la construction du chemin de fer dont il avait l'idée ; il trouva ces appuis chez de riches amis : MM. Milleret, Louis Boignes, Hochet, Bricogne et Lur-Saluces, puis se rendit en Angleterre pour étudier les chemins de fer qui y fonctionnaient déjà.

        A son retour en 1821, une "demande en autorisation de construire un chemin de fer tracé sur le territoire houiller de Saint-Etienne" fut adressée au Ministre de l'Intérieur par MM. Amédée de Lur-Saluces, Jacques Milleret, Bricogne, Hochet, Boigne et fils.

        

 Une demande assez rapidement exaucée...      

        Cette demande fut instruite en 1821 et 1822 ; successivement, le Conseil Général de la Loire, la Chambre consultative des arts et manufactures de Saint-Etienne, la Direction des Ponts et Chaussées donnèrent leur avis. Enfin, le 26 février 1823, le roi Louis XVIII rendit une ordonnance "autorisant les sieurs de Lur-Saluces etc..., sous le titre de Compagnie du chemin de fer, à établir une ligne, de la Loire au Pont de l'Ane sur la rivière Furens par le territoire houiller de Saint-Etienne". A titre d'indemnité, cette Compagnie était "autorisée à percevoir à perpétuité, sur le chemin de fer, un droit d'un centime quatre-vingt cinq centièmes de centime par mille mètres de distance et par hectolitre de houille et de coke".

       La constitution de la Compagnie fut approuvée par ordonnance royale du 21 juillet 1824 : les actions étaient de 5000 Francs. Beaunier, chargé de la construction du chemin de fer, recevait en qualité de Directeur, un traitement annuel de 4000 Francs.

 

 

Des travaux menés rondement !

        Les travaux commencèrent dans le premier trimestre de 1826 ; le 6 juillet, Madame la Dauphine, fille de Louis XVI, les visita. Elle faisait une cure à Vichy. Après s'être arrêtée à Saint-Etienne, elle se rendit sur les chantiers de la "route du fer".

        Au début de 1827, les travaux étaient terminés. La ligne avait 20 kilomètres, 473 de longueur. Son point initial à Saint-Etienne était Pont de l'Ane, à l'est de la ville, près de la route royale de Lyon à Toulouse, et au centre de nombreuses mines. Elle suivait la vallée du Furan et, par les Mottetières, le Bois-Monzil, Curnieux, le Moulin-Saint-Paul et le Moulin-Thibaud, se terminait près de la Loire à Andrézieux. La dépense totale s'éleva à 1 783 195 Francs, soit 87 Fr par mètre. La ligne n'avait qu'une voie. L'écartement ders rails était de 1m.45, comme aujourd'hui.

        Le 30 juin 1827, les premiers convois circulèrent. La traction choisie fut la traction animale. On divisa la ligne en relais. D'un relais à l'autre, un cheval traînait quatre chariots contenant chacun, à la descente, 1.920 kilos de houille.... Il devait arriver quotidiennement à la Loire 128 chariots, ou 3072 hectolitres de houille (un hectolitre étant compté pour 80 kilos). A la remonte, les transports étaient évalués à environ un tiers de ceux prévus à la descente.

 

 

Et les voyageurs ?

        Cinq ans plus tard, le 1er mars 1832, la faveur de circuler sur la voie fut accordée aux voyageurs. Il convient d'en rappeler les conditions, grâce aux détails donnés en leur temps par le MERCURE SEGUSIEN :

        "Les voyageurs partent du bureau de l'entrepreneur, place de l'Hôtel de Ville. La voiture les conduit avec ses roues vulgaires jusqu'au lieu de La Terrasse. Là, au moyen d'une grue, la voiture est soulevée, son train se détachant aisément pour être remplacé par un autre, adapté aux rails. Cette opération se fait en cinq minutes et sans secousse, sans ébranlement pour les voyageurs qui n'ont pas à mettre pied à terre. Arrivée sur les bords de la Loire, le voiture retrouve là des roues propres à cheminer sur la grande route pour les conduire à Montbrison".

 

       Ce nouveau mode de transport eut un très vif succès.  Le chemin de fer, écrivait Jules Janin dans la "Revue de Paris", est une des merveilles du monde....Il ne s'agit que de deux bandes de fer placées à quelques pieds l'une de l'autre et se prolongeant sur une chaussée pratiquée pour les recevoir : mais ces deux lignes de fer parcourent avec la rapidité de l'éclair quarante lieues de poste....

        Et Jules Janin ajoutait : "ces deux lignes de fer réuniront le Rhône et la Loire, les plus beaux chemins qui marchent, et feront de Saint-Etienne un entrepôt universel".

 

stephloco 002

La Stephenson-Seguin de 1829,

reconstituée pour la foire de Saint-Etienne, en 2002. photo R.Commère.

 

Un projet qui en nourrit un autre : le Saint-Etienne-Lyon.

        Le célèbre publiciste stéphanois faisait allusion à la ligne Saint-Etienne-Lyon. Les frères Seguin, d'Annonay, avaient en effet sollicité en 1829 le droit de construire entre les deux villes un chemin de fer "qui serait le moyen le plus sûr et le plus praticable de réaliser le grand bienfait si longtemps désiré de la jonction de la Loire et du Rhône"

        L'entreprise fut mise en adjudication, et cette dernière fut prononcée au profit de MM. Seguin, P. Biot et Compagnie, au prix de 0fr.098 par tonne de maerchandise et par kilomètre.....

 

Encore des innovations !

        Marc Seguin s'occupa spécialement de résoudre la question du matériel de traction. C'est ainsi qu'il imagina la chaudière tubulaire, réalisant un progrès considérable pour la machine à vapeur et permettant ainsi à Stephenson de sortir vainqueur du concours de locomotives ouvert en 1829 par le chemin de fer de Liverpool à Manchester.

         La construction de la nouvelle ligne fut vivement poussée. La section de Rive de Gier à Givors fut achevée en 1830 et mise aussitôt en exploitation ; on employa pour la traction des locomotives concurremment avec des chevaux et au début, on ne transporta que de la houille ; dans le sens de Rive de Gier à Givors, des trains de voitures à voyageurs descendaient grâce à la pente, sans chevaux ni machines.

       Le 15 décembre 1832, les travaux de voie étaient terminés. Deux progrès importants avaient été réalisés : le remplacement des rails en fonte employés en Angleterre par des rails en fer, et la substitution des traverses en bois aux dés de pierre sur lesquels reposaient les rails.

        En 1838, le service des voyageurs entre Rive de Gier et Lyon put être assuré par des locomotives. En 1839, la traction mécanique fut prolongée jusqu'à Saint-Chamond, puis jusqu'à Terrenoire.

       

Plus besoin de chevaux à partir de 1844.

         Le 1er août 1844, les chevaux furent définitivement supprimés aussi bien sur la ligne Lyon-Saint-Etienne que sur la ligne d'Andrézieux. Le trafic, dès lors, ne cessa d'augmenter.

 

       La ville de St-Etienne a été le centre des premiers chemins de fer français. Quand on pense au développement formidable pris par notre réseau ferroviaire, on comprend que la grande cité industrielle s'attache à fêter par d'éclatantes cérémonies le centenaire de la création des "routes de fer".

_____________________________________________

Reste maintenant à prévoir ce que pourrait être le bicentenaire en 2027!

R.C.

stephloco 004

                                                              cliché R. Commère

Repost 0
22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 11:28

      Le CILAC  est une association nationale dont l'intitulé définit l'objet :

COMITE D'INFORMATION ET DE LIAISON POUR L'ARCHEOLOGIE, L'ETUDE ET LA MISE EN VALEUR DU PATRIMOINE INDUSTRIEL.

    Il publie "ARCHEOLOGIE INDUSTRIELLE",  belle revue semestrielle diffusée par abonnements, ou sur commande à son secrétariat : BP 251, 56007 Vannes Cedex - (non vendue en kiosques) ; il distribue à ses adhérents des lettres d'information.

      On peut accéder à son site internet à l'adresse  : www.cilac.com.

                                             --------------------------------------------

       Les 19 et 20 juin 2010, le voyage annuel du CILAC s'est intéressé à l'agglomération stéphanoise : le samedi, visites dans la vallée du Gier et au musée de la mine de Saint-Etienne ; le dimanche matin, découverte de la cité du Design et du Val d'Ondaine, avant de visiter l'après-midi le musée d'art et d'industrie.

      Ayant eu l'honneur de guider dans le val d'ONDAINE le groupe d'une quarantaine de personnes  venues de plusieurs régions, je propose de rappeler à leur intention, mais aussi pour tout public susceptible de s'intéresser à ce territoire, l'itinéraire de cette visite en bus, un peu rapide à mon gré car elle devait s'effectuer en deux heures trente.

                                         ----------------------------------------------

      1 - De Saint-Etienne, rue Agricol Perdiguier nous amène à l'entrée est de La Ricamarie : ancien territoire minier entièrement transformé après la fin de l'exploitatin charbonnière.

     Dès le rond-point, on observe au passage les deux sites miniers reconvertis dès la fin des années 70 :

     -  à droite, la zone d'activités du Crêt de Mars ( petites entreprises, commerces, hôtel),  

    -  un peu plus bas à gauche, le site de Bel Air-La Béraudière occupé depuis 1975 par une grande surface commerciale et ses parkings, opportunément installés sur les vastes surfaces et les crassiers horizontaux des puits Dièvre et Saint Dominique.

 

      2 - Route de Caintin : on longe des terrains voués au sport, puis à des entrepôts légers : minés par l'exploitation charbonnière, les sols n'auraient pu supporter sans risques des installations urbaines lourdes.

 

    3 - Un arrêt s'impose au monument du Brûlé, de l'artiste lyonnais Victor Caniato, érigé 1989 pour le 120 ème anniversaire du drame de 1869. (cf. dans ce blog l'article du 4 juin 2008 : "patrimoines miniers de La Ricamarie / le drame du Brulé").  

 

    4 - On longe ensuite le grand crassier Saint Pierre, masqué par les arbres. Rapide lecture de paysage à partir du giratoire Saint Pierre  ; disposant de plus de temps, les visiteurs auraient eu la possibilité de voir auparavant sur un grand panneau le plan d'aménagement de la zone Pigeot-Montrambert. Le puissant puits Pigeot a été démoli en 1989-90. De 1980 à 1990, la zone a été exploitée profonde découverte, remblayée (en partie avec les déblais de démolition des installations minières), puis après le temps nécessaire à la stabilisation du terrain, aménagée en zone d'activité en 1999-2000. Des entreprises ont commencé dès lors à s'installer. 

      Au loin, repérage du château d'eau de La Silardière....

 

     5 - Continuer vers le giratoire suivant dit "de Marseille" et de là vers la cité des Combes : cet itinéraire permet de mieux observer en arrivant le site de son implantation. On est dans la commune du Chambon-Feugerolles.

       Un court parcours à pied suffit pour découvrir l'organisation originale cette cité, réalisée par la Compagnie des mines au début des années 20 pour accueillir des mineurs de Pologne. Leur gouvernement considérait leur exil comme temporaire et a voulu qu'on les installe à l'écart de la population locale.  La cité se présente comme un petit village d'une quarantaine de pavillon individuels séparés, disposés en ovale autour d'un espace ouvert de jardins privatifs et de circulation piétonne.

 (voir dans ce blog les articles du 30 mai 2008 ( sur les friches industrielles reconverties à La Ricamarie et au Chambon-Feugerolles - et des 4 et 18 juin 2008 sur les patrimoines miniers de La Ricamarie)sur les patrimoines miniers de La Ricamarie)

       Continuant pour revenir au giratoire  Saint Pierre, on signale au passage les extensions de la cité des Combes vers les vallons voisins, où cette fois les pavillons s'alignent en une seule file. Un wagonnet de mine est exposé à l'entrée de leur impasse.

 

    6 - Du giratoire St Pierre, par la rue Jean Pierre, aller prendre en tournant deux fois à droite la rue Rémi Moïse qui descend à travers le lotissement industriel incomplètemet occupé ; Le soin apporté à son apparence paysagère  (bordures de voierie jardinées avec arbustes d'ornement) doit inverser l'image de "pays noir". On passe exactement à l'emplacement de l'ancien puits Pigeot, énorme masse de béton totalement  démolie en 1989-90 sans laisser la moindre trace.

    Prenant à gauche la rue Michel Rondet, on arrive vers d'anciens bâtiments d'administration minière et de l'école de la cité de Pontcharra (deux immeubles collectifs de 4 étages). Dans l'un des bâtiments fraîchement repeint, la mosquée du quartier(sans minaret). 

 

    7 - Le chevalement à deux molettes du Puits du Marais, conservé et mis en valeur monumentale sur un giratoire. cf dans ce blog les deux articles sur ce site.

 

     8 - lotissement industriel de la Silardière, auquel on accède en prenant à droite après le passage sous la voie ferrée. Aménagé après la disparition :

    - de la cokerie (1976) dont il ne reste que le château d'eau (conservé grâce aux bureaux installés à l'intérieur et à l'hôtel construit à côté de l'autoroute),

    - du puits Flottard (1983).

    Lotissement rempli en 1987, sans aménagement paysager ; le principal problème était le raccordement à l'autoroute...

 

     9 - Halle Crozet-Fourneyron : arriver rue Crozet frères ; après le pont sur l'autoroute, puis prendre tout de suite à droite puis à gauche (rue Clarholz). 

  (sur cette halle de 1912, aux très grands vitrages, cf. l'article de Luc Rojas dans Archéologie industrielle n° 57, décembre 2007 ; voir aussi l'article du 11 juillet 2007 dans ce blog.)

 

    10 - Pour gagner à la sortie ouest du Chambon-Feugerolles le site des usines métallurgiques Claudinon (créées en 1852, fermées en 1966), revenir prendre à gauche la rue Victor Hugo ; au rond point, à droite pour franchir d'autoroute ; aller prendre en face de la gare l'avenue Ch. De Gaulle, la suivre jusqu'aux berges de l'Ondaine qu'on longera vers la gauche : on longe le  tout nouveau lycée Testud 'de la mode et de l'habillemement", inauguré fin 2009 ; il était primitivement installé dans l'ancienne villa Claudinon, belle maison de maître que l'on verra conservée à côté du lycée  et dont la réutilisation n'est pas encore définie. 

      Site Claudinon : occupait le côté nord de la rue de la République ; après les bâtiments restants  utilisés par une entreprises de verrerie, "la Forge" est un atelier (belle charpente)réaménagé en salle des fêtes (voir panneau sur le parking devant la Forge) ; en face, côté sud : alignement d'habitations collectives destinée aux ouvriers de Claudinon. 

       Arrêt facile sur le parking de La Forge, d'où l'on peut voir de l'autre côté de l'Ondaine l'ancien mur de clôture de l'aciérie, qui s'était agrandie au-dessus de la rivière couverte d'une épaisse voûte. De récents travaux ont remis l'Ondaine à l'air libre.

 

     11 - Zone d'activités du Bec. 

     Continuer vers Firminy et prendre à gauche la rue de Bergognon jusqu'au rond-point (orné d'un palan venant de Crozet-Fourneyron). Tourner à droite  rue Lavoisier (traversée de la coulée verte) et finalement encore à droite la rue André Citroën (bordures gazonnées et fleuries).

     Intérêt : à la place de l'ancienne centrale thermique du Bec, créer un nouvel espace de travail dans un environnement paysager qui soit l'un de ses "faire-valoir". Une coulée verte au milieu d'usines de belle  apparence architecturale, tenues de verdir leur terrain et de n'exposer du côté rue aucun élément inesthétique (déchets, cuves, matériaux, stocks et même parkings). 

cf dans ce blog : La Ricamarie et le Chambon-Feugerolles : friches reconverties (30 mai 2008).

  

     12  - ancien bureau des mines de Monterrad. Reprendre vers Firminy la rue de la Malafolie. Au n° 68, les extrémités des tirants en fonte  qui consolident l'ancien bureau représentent les outils du mineur. 

 

     13 - Avant d'aller vers les aciéries de Firminy ( ancienne usine Verdié), un détour vers le site du patrimoine Le Corbusier pour voir au minimum la forme sculpturale de l'église Saint- Pierre, oeuvre posthume commencée en 1973 et terminée seulement en 2006 après un très long abandon du chantier. (cf plusieurs articles et pages dans ce blog en particulier la série sur "les détours d'une reconnaissance patrimoniale") .

 

        14 - Sites d'ex-Creusot-Loire (faillite en 1983). 

    A son sujet, cf par René Commère :"inventaire archéologique de l'ancienne usine de l'Ondaine" dans Archéologie industrielle n° 46, juin 2005.

 

     a / dans les anciennes aciéries de Firminy. Le meilleur point d'observation pour commenter le site (à travers les fenêtres du bus si nécessaire) est dans la rue du Colonel Riez ; à droite (côté est), la zone dans laquelle a subsisté l'activité industrielle : forges d'Aubert et Duval, Clextral, laminoir à foid d'Arcelor-Mittal ; à gauche, la zone entièrement reconvertie depuis la fin des années 90, dans laquelle subsiste, inoccupé, l'imposante halle de ce qui fut la "moyenne forge". 

       En avançant devant le "centre urbain" de Cote Quart, on peut voir de plus près la tour de trempe, accolée à l'atelier de trempe d'Aubert et Duval (cf dans ce blog les articles à son sujet).  

     Un demi-tour est possible au rond-point dans la rue Jean Jaurès. Prendre au retour la rue Elisée Reclus qui longe l'Ondaine.  

 

       b / ancien site Holtzer. Au bout de la rue E. Reclus, prendre au rond-point la rue Charles de Gaulle, voie récente qui traverse l'ancien site des usines Holtzer. On arrive devant la première maison des Holtzer (1833 : voir le linteau).

      Autres éléments du site : la caserne ouvrière de 1861, bien visible depuis la place du Vigneron (rue Boussingault) ; du château Holtzer, masqué par les arbres, on ne voit au bord de la ue Holtzer que le pavillon de la conciergerie. Les Holtzer avaient en fait réalisé autour de l'usine une sorte de "company-town" assez exemplaire.

 

   cf. pour plus d'informations mon ouvrage : "Mémoires d'acier en Ondaine" (2000, publications de l'Université de Saint-Etienne. 

 

    Retour à St-Etienne par Roche la Molière avec des apercus sur les habitats hérités de l'époque minière, leurs seuls vestiges après la disparition des puits d'extraction dont le plus massif et imposant était le puits Charles (à côté de la cité du Pontin).

 

           _____________________________________________________________

 

Bien entendu, chaque site pourrait mériter une visite moins superficielle. Pour le guide, le temps disponible des visiteurs est toujours trop bref ! Et je remercie leur diligence, grâce à laquelle le programme a pu être accompli pour le mieux.

 

     René Commère.

 

Repost 0
7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 15:49

        En ce premier trimestre 2010,  la ville du Chambon-Feugerolles, hier cité de mines et de métallurgie, a inauguré  les nouveaux bâtiments de son lycée des métiers de la mode et de l'habillement. Un bel et lumineux édifice édifié au bord d'un Ondaine dont les berges, défigurées depuis plus d'un siècle par des usines sans grâce, sont redevenues en quelques années un atout paysager.

DSC01043

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        La journée "portes ouvertes" du 13 mars a permis aux visiteurs comme aux actuels et futurs parents d'élèves de découvrir l'édifice à la fois beau et fonctionnel dont la Région Rhône-Alpes a été maître d'oeuvre.DSC01031                                                   

 DSC01030

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             Au-dessus d'un spacieux hall d'entrée, des expositions pourront prendre place dans la mezzanine.

            Sur l'image de droite, un des ateliers où les élèves pourront préparer et présenter leurs travaux.DSC01041     

 

 

Ici, un des ateliers de couture, équipés de machines les plus modernes, dont celles qui permettent la conception assistée par ordinateur (par exemple pour dessiner les patrons).

 

 

 

DSC01029

 

 

 

 

 

               Avec un tel matériel, l'art du repassage devrait devenir un plaisir

 

 DSC01027          Ajoutons un pressing ultra-moderne, accessible au public à certaines heures de la semaine, pour les travaux pratiques des élèves.

                                                              DSC01032   

DSC01037

 

     La "passerelle", avec ces vitrages décorés derrière lesquels on devine, au-delà du parking, le paysage recomposé des berges de l'Ondaine.

 

 

              Reste à souhaiter l'éclosion de belles et talentueuses promotions d'élèves, aptes à faire rayonner bien au-delà des limites locales les savoir-faire manuels et artistiques acquis au bord de l'Ondaine. Que les défilés de mode, déjà très suivis depuis plusieurs printemps,  soient de plus en plus appréciés par leur public.  

                                 Longue vie au lycée professionnel Adrien Testud !

R.C.

 

        

 

 

 

Repost 0
4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 17:23

        Il faut tordre le cou à l'image de pays noir quand on évoque les villes jadis minières et métallurgiques de l'Ondaine. Des articles et pages de ce blog ont esquissé l'inventaire des vestiges d'un passé industrieux dont beaucoup de traces ont disparu en cinquante ans, et raconté en plusieurs chapitres les métamorphoses paysagères des cinquante dernières années : prenez un moment pour en faire la connaissance....Voici dans ce sens une nouvelle contribution.  

         Le présent article  vient à la suite de celui de juin 2009 sur les sculptures du Louvre dont s'orne le centre de la ville du Chambon-Feugerolles. Il en reste d'autres à découvrir,  dans le vaste écrin de verdure du Parc de l'Europe, situé au-delà du quartier de La Romière et à côté de l'hopital Claudinon. Bravant le froid hivernal, nous l'avons revisité en ce début de février 2010. europarc9



         On entre dans le parc au bas d'une pente douce qui s'élève peu à peu vers le sud, en direction du quartier du Bouchet.


                      


    europarc7                                                                          
   europarc6

       Premier groupe associant la virilité vêtue d'un Dieu et la gracieuse nudité d'une nymphe.

     (en arrière-plan, l'hopital Claudinon)











           un peu plus loin, ce bel ensemble : Les jeunes aveugles,
oeuvre d'Hippolyte Lefèvre, 1902.
europarc4
europarc3europarc5

















Continuons....le site s'élargit, une oeuvre mutilée l'habite....
                                                                                                    
                                                                                                                      europarc2
                       europarc1
          D'autres découvertes nous attendent dans l'enceinte de l'hopital 
(image de droite) et devant l'école, sur la place centrale de La Romière. 
                                                                                                                                                                                                                 
ecromiere1eurparc1

   Mutilée comme d'autres dans le monde,
cette Vénus courtisée par un aigle (Jupiter ?)
n'en est pas moins gracieuse.








  



Pour finir, un coup d'oeil sur le groupe scolaire Louis Pasteur,  remis à neuf en 2009. 
                                   ecromiere(Je suis preneur de toute information sur ces sculptures, dont plusieurs ne sont pas visiblement signées.  Sitôt reçues, elles apparaîtront dans cet article si mes informateurs le souhaitent. Merci d'avance....)

A bientôt.
René Commère.

Repost 0
9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 22:21

moyforge7 

Nous étions sur le site de ce qui fut, au temps de la CAFL (1953-70) et de Creusot-Loire (1970-83) l'Usine de l'Ondaine ; auparavant, c'étaient les Aciéries de Firminy , fondées en 1854 par Félix Verdié. Encore debout en 2009, la halle de la moyenne forge ne semblait être, rue de Colonel Riez, qu'un décor sans vie. C'était un très vaste bâtiment, comme échoué au bord de l'Ondaine après la débâcle de la métallurgie locale. Sa face sud était marquée des stigmates de l'abandon : vitres brisées, peintures effacées Si l'on pouvait accéder à la face ouest, on avait peine à distinguer au-dessus du portail d'entrée l'inscription "moyenne forge", presque effacée par le temps.                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

                                                                                   
moyforge8moyforge14
Le côté sud, tel que vu de la rue                     la façade ouest, principale entrée

          L'héritage restait-il digne d'intérêt, c'est-à-dire, comme c'est souvent nécessaire en matière de patrimoine industriel, susceptible d'être valorisé à la fois par une nouvelle utilisation et comme témoin d'une histoire séculaire  ?

 La construction datait des lendemains de l'exposition universelle de 1889 puisque c'est lors de son démontage que les Aciéries de Firminy avaient acquis la charpente métallique : celle-ci était donc contemporaine de la tour Eiffel. Elle a seulement été surélevée en 1913 pour permettre d'installer le chemin de roulement d’un pont de 40 tonnes.                                          
moyforge4     
    Charpente en provenance de l'exposition universelle de 1889, surélevée en 1913.  
 
        On sait qu'avant 1907, la halle abritait un atelier de finition des rails de chemin de fer. Elle est devenue ensuite est un atelier d’ajustage, de chaudronnerie et d’usinage.

En 1953, la CAFL (Compagnie des ateliers et forges de la Loire) y installa une forge équipée d’une presse de 1200 tonnes, que Creusot-Loire remplaça en 1971-72 par une presse de 2000 tonnes, en vue de conforter l'une des spécialisations de l’Usine de l’Ondaine dans le forgeage libre des produits longs en aciers inoxydables et alliés, à partir de lingots étirés à la presse. Un ministre vint à l'époque présider l'inauguration d'un outil hautement moderne et performant. La presse était desservie par un manipulateur intégré sur rails ; un four-tunnel de réchauffage de deux mètres de long placé à l'opposé du manipulateur permettait de maintenir à température nécessaire les parties de la pièce en attente.

C'est là que furent refaits en 1976 et 1982 les arbres du Foch et du Clémenceau, longs de 22 mètres pour un diamètre de 350 millimètres.

 

Le bâtiment et la forge ont cessé de fonctionner après la mise en service en 1992 d’une nouvelle presse de 4500 tonnes dans un autre atelier du même établissement (c'était alors C3F, ou Compagnie française des forges et fonderies, filiale d’USINOR). En principe, la presse de 2000 tonnes et ses équipements annexes étaient “mis en couveuse”, ce qui selon les ingénieurs de l'époque signifiait qu'on les maintenait en état de fonctionner en cas de besoin.

Mais après la fin de C3F, et la reprise majoritaire du site par Aubert et Duval en 1994, il semble que la halle et l'outillage de la moyenne forge aient été abandonnés, exposée aux vols et au vandalisme (j'ai vu en 2000 des appareils et des fils électriques systématiquement arrachés, et les pupitres du poste de commande gravement vandalisés).

Le dernier avatar, en 2005, a été le démontage de la presse et son expédition vers la Chine : outil vendu d'occasion, ou ferraille destinée à être refondue ? Au seuil de de la halle, on a pu voir pendant plusieurs semaines son socle en attente d'expédition.                                                                

moyforge12       
         Restait donc une sorte d'immense chapiteau : un cirque y aurait été à l'aise, ou peut-être une collection de gros objets tels que des véhicules ou des engins de chantier. A Lyon, on a sauvé en son temps la halle Tony Garnier en lui inventant une nouvelle utilité qui valorise son originalité archiecturale. Mais malgré son rôle dans l'histoire de la métallurgie locale, la moyenne forge n'a pas eu la même chance. Les démolisseurs et les bulldozers ont fait place nette d'avril à juin 2013..

René Commère.

Sur l'évolution gobale du site  jusqu'en l'an 2000, je renvoie à mon ouvrage  "Memoires d'acier en Ondaine" édité en 2000 par le service des publications de l'Université de Saint-Etienne.  
On peut aussi consulter dans la revue semestrielle "archéologie industrielle, n°46, de juin 2005, l'article de seize pages illustrées : "Inventaire archéologique de l'usine de l'Ondaine" . Ed : le CILAC, BP 251, 56007 Vannes Cedex
courriel : cilac@wanadoo.fr
moyforge17
En 1999, la presse de 2000 tonnes et son poste de commande.
  moyforge11
   C3F, de 1983 à 1993.  On lit aussi à droite : "Usine de l'Ondaine"                                             

Repost 0
6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 18:39

    (  VOIR EN FIN DE CET ARTICLE LA NOTE AJOUTEE LE 11 AVRIL 2010 )

 

 

      Pour un descriptif commenté du moulin de la fenderie,veuillez vous reporter dans ce blog à l'article du 3 juin 2008 intitulé :
 " Unieux, le moulin de la Fenderie.
       En particulier, vous y trouverez une réponse à la question, souvent posée par des visiteurs,  sur les conditions et la possibilité de remise en marche de l'installation : il s'agit du point de vue de M. Dupuy-Couturier, propiétaire et exploitant du moulin de l'Etrat, sur le Furan, au nord de Saint-Etienne. Il nous a donné en direct précisions sur le fonctionnement extêmement sophistiqué des minoteries les plus modernes d'aujourd'hui et leur incompatibilités avec l'utilisation de l'énergie hydraulique .

                                                                                                

Après une douzaine d'annnées d'ouverture au public, le moulin n'aurait pas été visité en 2009 s'il n'y avait eu un groupe d'amis des moulins venu de Haute-Loire le dimanche des journées patrimoine (20 septembre) et que j'ai eu le plaisir de guider, à la demande du SMAGL.
     C'est donc un intéressant élément du patrimoine du Val d'Ondaine qui a été quelque peu délaissé. Ni le SMAGL, son propriétaire, ni l'Office communautaire de tourisme (TOTEM), ni la municipalité, ne se sont souciés de sa promotion. A la différence de 2008, la commune d'Unieux n'y a pas annoncé ni organisé de visite lors des journées Patrimoine.
 
     L'image ci-dessus rappelle les éléments du site :  

1 - la route du Pertuiset à Roche la Molière, qui longe un côté du vieux moulin et conduit au bourg d'Unieux.
 
2 - L'ancien moulin, à farine, probablement du 17ème siècle pour sa partie la plus ancienne, délaissé à partir de 1910, c'est-à-dire après la construction d'une minoterie plus moderne. Notons bien que la toiture de ce bâtiment, dont la poutre maîtresse s'était effondrée en 2005, a été entièrement refaite à neuf en novembre 2007. En effet, un projet du SMAGL et de la municipalité était d'y organiser un lieu d'accueil des visiteurs, et un écomusée sur le thème des moulins et minoteries. On pourra voir dans les autres articles rappelés ci-dessus en quoi ce projet pouvait être intéressant. Les perspectives de dissolution du SMAGL (envisagée par le Conseil Général) et le peu de motivation de la nouvelle municipalité d'Unieux en 2008 ont compromis ce projet. Que faire désormais sous ce toit remis à neuf ?

3 - La minoterie du 20ème siècle, qui a fonctionné de 1910 à 1991, actionnée par une turbine. C'est ce bâtiment dont on peut visiter, sur quatre niveaux  la machinerie bien conservée depuis la cessation d'activité de l'établissement. Il s'agit d'un système de machines à cylindres et de blutage par plansichters, le tout actionné à partir d'une turbine dont le mouvement se trasmettait aux différentes machines par des poulies et des courroies. 

4 - Habitations du minotier et de sa famille. Une partie des locaux se situe dans d'anciens silos reconvertis en logements.

5 - Les murs du rez de chaussée de cette villa portent les traces d'une installation industrielle ancienne : la FENDERIE, qui a donné son nom au quartier. A l'aide de laminoirs et de tranchants datant du 17è ou 18ème siècle, actionnés par la force de l'eau, on y "fendait" des plaques de fer pour obtenir des verges à partir desquelles, dans les fermes des environs, on fabriquait des clous. Les murs gardent les traces de ces installations, qui se révèlent conformes au modèle de fenderies représenté dans la célèbre Encyclopédie de Diderot et D'Alembert (18ème siècle). Mais cette partie est privée et ne se visite pas. La fenderie a cessé son activité à la Révolution.

6 - anciennes écuries du 17ème siècle, en belles pierres de taille.







Ci-contre, le panneau qui était encore en place en 1997














Un groupe d'écoliers en visite (an 2000).
A l'initiative du SMAGL, portes et fenêtres de cet ancien moulin ont été ornées en 1999 de fresques rappelant l'ancienne activité.



  Des collégiens en visite, en 1999.
Au premier plan à droite, un toboggan pour trier les graines indésirables éliminées lors du "nettoyage" du blé, mais pouvant servir à l'alimentation animale ; en particulier, séparer les nielles, graines nocives pour le système nerveux des animaux et des humains, mais utiles jadis pour fabriquer de la colle.  



René Commère, guide bénévole de 1996 à 2009....et ancien président de l'Office de tourisme de Firminy.

Note ajoutée le 11 avril 2010 au lendemain d'une visite du moulin par les congressistes de la Fédération des moulins de France. 

Avant de se rendre au moulin de Vignal, à Apinac, les congressistes ont fait une halte rapide au moulin de la Fenderie, où ils ont été accueillis par deux représentantes de TOTEM (office de tourisme de Saint-Etienne Métropole) et moi-même. C'est un bâtiment parfaitement remis en état par l'équipe verte du SMAGL (syndicat mixte d'aménagement des gorges de la Loire) qu'ils ont eu le plaisir de visiter.

Je ne peux m'empêcher de transmettre ici leur commentaire, d'autant plus significatif qu'il vient de personnes très compétentes en la matière. 

"Bien sûr il est regrettable que l'installation ne soit plus en état de fonctionner, que le bief et le bassin d'alimentation en eau soient comblés,  mais c'est un ensemble démonstratif et muséal de qualité et de caractère exceptionnels, qui mériterait une mise en valeur pédagogique et touristique, à défaut de pouvoir remettre les machines en mouvement".

 

Repost 0
7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 12:17
 

BOUSSINGAULT, 1802-1887
       
Un important personnage du patrimoine local..
     
       Unieux n'est certes pas la seule ville de France qui ait honoré du nom d'une rue le célèbre savant biologiste, géologue et agronome du 19ème siècle. Dans la plupart des cas, cet hommage était déjà ancien, souvent séculaire. 
       Mais à Unieux, c'est à l'extrême fin du 20ème siècle que la Municipalité a choisi de donner son nom à une rue nouvellement ouverte dans le quartier rénové du Vigneron.  
           
      Plus récemment, c'est par le don d'un buste en bronze de Boussingault qu'a pu être réveillé le souvenir de l'illustre savant. On inaugurait le 25 septembre 2009 au château des Bruneaux de Firminy une belle exposition de peintres amateurs d'Unieux. 
     Ce fut en même temps pour le président de la Société d'histoire de Firminy l'occasion de remercier le maire d'Unieux du don qu'il venait de lui faire  : le  buste en bronze de J.B. Boussingault, précédemment installé dans l'escalier  de l'Hôtel de ville d'Unieux.

      Par ce don, expliqua le Président, Boussingault venait rejoindre, dans un  salon récemment rénové du château, les différents souvenirs et portraits se rapportant à la famille Holtzer, fondatrice de l'aciérie qui fut pendant plus d'un siècle renommée par ses innovations en métallurgie.
 
Mais ce n'est pas un enfant du pays...
        
       Contrairement à ce que l'on a pu entendre dans l'un des discours prononcés à cette occasion, l'hommage ainsi rendu à Jean-Baptiste Boussingault ne signifie nullement qu'il soit natif d'Unieux. Ce qui doit être remis en mémoire, c'est son rôle important dans le développement de la métallurgie locale, sans oublier d'ailleurs sa renommée de savant, à la fois chimiste, biologiste et agronome. 
      
        Né à Paris en 1802, c'est seulement lorsque sa fille Berthe épousa en 1861 Jules-Gustave Holtzer, que Boussingault se trouva allié à la famille Holtzer.
       La même année, Jules-Gustave Holtzer et son beau-frère Frédéric Dorian recevaient de Jacob Holtzer la direction de l'usine, déjà forte de cinq cents ouvriers, qu'il avait créée trente ans plus tôt et dont les aciers corroyés et les aciers fondus au creuset avaient déjà une réputation internationale. 
      Or Boussingault s'était toujours intéressé à la transformation des métaux, particulièrement pendant une partie de sa carrière en Amérique du Sud, où il avait mis en évidence le rôle de la silice et d'autres composés tels que le chrome dans les propriétés de l'acier. Aussi conseilla-t-il à son gendre de créer dans l'usine un laboratoire de recherches, pour se dégager des méthodes empiriques de la métallurgie de l'époque.  Pour l'époque, installer un laboratoire de chimie dans une usine de métallurgie était une réelle innovation.

      Pendant plus d'un siècle, ce laboratoire ne cessa d'être à l'avant-garde de la recherche et de l'expérimentaion métallurgiques, non seulement jusqu'à l'absorption de l'entreprose Holtzer dans laC.A.F.L. en 1953, mais encore après 1970 dans le cadre de Creusot-Loire. Il ne disparut qu'en 1994.
        
         Telle fut l'origine de la mise au point des aciers spéciaux, au chrome, au nickel, au tungstène, dont le laboratoire étudia les propriétés, et qui firent prospérer l'usine dans les décennies suivantes. Dans le roman "Travail" d'Emile Zola, qui visita l'usine Holzer en 1900 et s'en inspira pour imaginer un établissement exemplaire sur le plan social, on peut lire ceci (livre 3, chapitre 5) : "Dans les laboratoires, ouverts largement aux recherches, il ne se passait pas une semaine sans qu'on fît des découvertes merveilleuses".

     Sur ces développements, on peut se reférer à l'ouvrage de René Commère édité en l'an 2000 par les publications de l'Université de Saint-Etienne : "Mémoires d'acier en Ondaine".

Une brève biographie de J-B. Boussingault.
- Naissance à Paris en 1802 : fils d'un modeste épicier, le jeune Boussingault se passionne très tôt pour les minéraux, dont il constitue une collection. Adolescent, s'ennuyant au lycée, il préfère suivre le plus possible des cours publics qui s'offraient dans la capitale : collège de France, muséum.
- 1815 - Reçu à l'Ecole polytechnique....mais cette promotion est licenciée par la Restauration, par rejet de l'héritage napoléonien...
- 1818 - Bien qu'il n'ait aucun diplôme universitaire, il est admis après un contrôle de ses connaissances (dont le jury fut étonné !) à la toute nouvelle Ecole des Mineurs de Saint-Etienne, qui n'avait à ce moment que six élèves.
- 1819-20 - séjour et études à Saint-Etienne ; passionné de chimie, dont il avait étudié tous les manuels disponibles à l'époque, il devient très vite préparateur au laboratoire de l'école. Il révèle une curiosité insatiable qui le conduit, par exemple, à  démontrer que la fonte et l'acier peuvent contenir de la silice susceptible de modifier leurs propriétés.  Il réussit la fusion du platine (comme il faut atteindre 1750 degré, ce qui était très difficile à l'époque, il provoque involontairement un incendie...)
        Il découvre aussi la capacité du platine pâteux d'absorber de la silice.
        Il se lie d'amitié avec Fourneyron, son camarade d'école, futur inventeur de la turbine hydraulique, qui devait faire la renommée du Chambon-Feugrerolles. Sa fille aînée épousera Crozet, le neveu de Fourneyron.
 Nombreuses excursions (volcans d'Auvergne, Pilat, gorges de la Loire) où il précise les connaissances géologiques sur la région.
- 1820-21 - se lie d'amitié à Paris avec Gay-Lssac qui lui fait rencontrer Arago et Alexandre de Humboldt. Ceux-ci l'aideront et le conseilleront pour son départ en Amérique du Sud
- 1821-32 - Directeur d'une mine pour le compte d'une compagnie anglaise  en Amérique du sud, puis Ingénieur des Mines en Colombie,  d'où il envoie de nombreux rapports à l'Académie des sciences et à De Humboldt sur la géologie, l'agriculture, le climat. Travaillant aux côtés de Bolivar en Colombie, il est chargé par lui de fonder à Bogota une école d'ingénieurs. Il quitte la Colombie après l'échec de la politique de Bolivar et l'éclatement du pays (1830). Rentre en France après avoir visité plus complètement l'Amérique du Sud...
- 1832-37 - Professeur de chimie puis doyen à la Faculté des sciences de Lyon
- 1835 - Epouse à Péchelbronn (Alsace) une amie d'enfance, et commence à participer à l'exploitation du domaine agricole dont elle hérite. Crée un laboratoire pour étudier la biologie végétale et animale avec l'objectif d'améliorer scientifiquement les rendements de l'agriculture. Partant du principe de Lavoisier que "rien ne se perd, rien ne se crée", il analyse finement les processus de nutrition des plantes et des animaux. Ainsi par exemple, il découvre l'absorption de l'azote par les plantes.
Il en sortira des ouvrages réputés sur l'économie agricole (1843)  
- 1837 : professeur de chimie à la faculté des sciences de Paris
- 1839 - Entre à l'Académie des sciences
- 1841 - Titulaire d'une chaire d'économie rurale nouvellement créée pour lui au Conservatoire national des arts et métiers.
- 1848-49 - député du Bas-Rhin ( Seconde République)
- 1857 - Commandeur de la Légion d'Honneur
- 1866-67 : création du laboratoire de chimie dans l'aciérie Holtzer.
- 1871 : très affecté par la perte de l'Alsace-Lorraine, il partage son temps entre Pechelbronn, Paris ( où il est hébergé au domicile de Madame Holtzer) et Unieux
- 1875 - Mise au point des premiers aciers au chrome...en fait, dans le cadre d'une recherche stratégique sur les blindages et les projectiles capables de les percer.
- 1876 - Grand Officier de la Légion d'honneur.

                                                                                                                                




Monument érigé en 1895 à Paris à côté du CNAM. Commandé à Dalou par les amis, disciples et admirateurs de Boussingault.
Juché sur une colonne de marbre, le buste
est accompagné de deux personnages :
- une figure féminine symbolisant la science (avec ses ustensiles : cornue, mortier, de même que le livre tenu dans la main gauche
- un paysan

La première semble dire au second :" je peux tout pour toi, fais-moi confiance" ; ou bien : "sans moi, tu ne peux rien". 

Toutes les statues sont en bronze



Depuis la rénovation du musée des arts et métiers, ce groupe a été déplacé.








Il est aujourd'hui installé dans le parc des  réserves du musée du CNAM, plaine saint-Denis.

On notera la disparition de l'écusson sur lequel étaient gravés le nom et les dates de naissance et de décès de Boussingault

Il semble que le buste transféré d'Unieux à Firminy soit une copie du buste de 1895.

Reste à savoir quand et comment ce buste est arrivé à Unieux.

Enfin, en 1913, la famille et les amis de Boussingault ont fait don d'un buste en marbre aux Anciens élèves de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne. Des discours ont été prononcés à cette occasion, dont une longue biographie du savant, en vérité trop rapide sur la période finale de sa carrière (on trouvera facilement sur le web la relation de cette cérémonie).

René Commère
Repost 0
18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 18:12
Un précédent article de juin 2008 intitulé : "Puits du Marais, quelques images pour remonter le temps",  vous a présenté ce chevalement, qui trône aujourd'hui sur un rond-point routier à la sortie de Chambon-Feugerolles.
Voici, sur une photo prise d'avion en 1981, un petit document complémentaire sur cette mutation paysagère. A côté de l'image brute, la même photo avec l'indication des aménagements de voierie réalisés autour de ce qui est devenu un monument témoin de l'histoire minière.                                                                           









La flèche jaune indique l'entrée de la nouvelle voie d'accès à la zone d'activités de Pigeot-Montrambert.
    Sur la gauche, la zone de jardins ouvriers a laissé place aux terrains viabilisés er préparés pour accueillir de nouvelles activités. 

  De part et d'autre du chevalement, les bâtiments d'exploitation et des machines ont disparu du paysage.
  On peut aussi repérer en bas à gauche de la photo l'emplacement sur lequel a été installé en 2008 le système de traitement des eaux rouges issues d'anciennes mines noyées (voir l'article du 20 mars 2009 : "Ondaine plus pure : le traitement des eaux rouges")

Rendez-vous après les vacances pour d'autres articles.
R.C. - 18 juillet 09..
Repost 0
5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 11:54

     C'est comme une vue d'avion sur le bourg d'Unieux que l'on peut aller chercher au Dorier.

     Situé dans les collines du bassin houiller d'âge primaire, le bourg est niché à 450 mètres d'altitude au bas du versant sud de la puissante masse granitique qui le domine de plus de 150 mètres et lui procure un abri climatique contre les froidures du nord.

      Plusieurs itinéraires  pour accéder au site de ce belvédère où fut installé en 1965 le relais de télévision, sur un terrain acquis l'année précédente par la Municipalité.   

       Les amateurs de sentiers pittoresques monteront à partir du bourg en empruntant  la piste forestière qui conduit de la rue Jules Verne vers les gorges de la Loire. Goudronnée au départ, elle est bientôt fermée à la circulation des véhicules.




    On est vers 550 m. d'altitude lorsque se dévoile le panorama (ci-contre) sur Le Pertuiset et les gorges. Il faut alors pendre sur la droite le sentier ardu mais bien tracé qui conduit au Dorier. Pour le reconnaître, on l'aborde par les marches d'un escalier mis à mal par l'érosion des eaux courantes et par le piétinement des promeneurs.
    On chemine dans une lande parsemée d'arbres, par endroits défrichée en prairie.
  
   Au sommet, le sol de ce qui fut un pré est aujourd'hui mis à nu à force de servir de piste de jeu à des apprentis conducteurs de deux et quatre roues.         
     Pour la vue sur Unieux et le panorama qui s'étend jusqu'au Pilat, rendez-vous sur l'étroit cheminement qui contourne le relais de télévision.


     Libre à chacun de faire sa propre lecture du paysage.
     Ainsi, à droite du bourg (cf la première photo ci-dessus), une cascade d'habitats (barres de HLM, lotissements de pavillons) le raccorde à la plaine d'Unieux. 













     

      La plaine se partage entre terrains de sports et zone d'activités. A noter que l'ancien site métallurgique des usines Holtzer est trop éloigné pour apparaître sur cette photo.
      Au fond à droite, une rangée d'arbres ombrage le cours de l'Ondaine qui suit avec la voie ferrée (non visible sur la photo...mais on entend passer les trains !) le pied du versant ouest.
     En arrière-plan, les pentes occidentales du territoire de Fraisses, encore en partie rurales mais grignotées par la conquête pavillonnaire (un lotissement de moins de dix ans d'âge est visible au milieu de l'image).
    Tout au fond, les versants  marquant le rebord du plateau vellave, du côté de Saint Ferréol d'Auroure ( en Haute Loire) dont on devine à gauche, sur une crête, un lotissement résidentiel.
 __________________________________________
Pour les rebelles à la marche, des accès sont possibles en voiture : l'un, par l'étroit et très raide chemin goudronné qui commence devant le cimetière. En cas de rencontre avec une voiture, la montée exige une parfaite maîtrise du démarrage en côte ! 
                                                                                                                                                 

Mais où arrivons-nous, par cet itinéraire ? Peu avant le hameau du Dorier, voici qu'un panneau nous annonce de façon inattendue l'entrée dans  Saint-Etienne. Explication : dans les années soixante, la ville a annexé la commune de Saint-Victor, jadis limitrophe d'Unieux en ces lieux.

    C'est donc sur le territoire municipal de Saint-Etienne que l'on traversera le hameau et passera, un peu plus loin, devant l'entrée d'un camp de le fédération française de naturisme, soigneusement soustrait aux regard indiscrets, mais remarquablement situé sur l'un des plus beaux panoramas des gorges de la Loire.

     Continuons cette route étroite, autre élément d'un itinéraire pour accéder au Dorier, en faisant un détour par la Croix de Marlet. Les vues vers le sud constituent un vrai balcon sur Firminy et le val d'Ondaine ; avec de bonnes jumelles, on pourra détailler par temps clair les éléments de ce panorama. Bien mieux, parvenu au point le plus haut de la montée, il arrive que l'on distingue très loin à l'est, si l'air est limpide, le massif du Mont Blanc (il est à 205 kilomètres).   
      Puis on arrive au hameau de Trémas, dont se détache au sud la Tour Philippe, qui fut jadis un rendez-vous de chasse...      
      Un site privé, certes, et récemment restauré : iI faut laisser la voiture au bord de la route si l'on souhaite s'approcher pour compléter la moisson de vue panoramiques offertes par les abords du Dorier.                   Voilà donc les ingrédients d'un grand bol d'air.....Ajoutons que les descriptions qui précèdent n'épuisent pas la diversité des paysages offerts à la vue depuis ces point hauts, perchés jusqu'à 700 mètres sur ce vigoureux massif granitique dans lequel la Loire a creusé sa gorge.
     
Pour compléter cet article, voyez dans ce blog les divers articles sur la vallée de l'Ondaine, les gorges de la Loire, Unieux et Le Pertuiset, faciles à trouver en consultant la liste complète des pages et articles.

Bonnes promenades.
R.C.
Repost 0

Présentation

  • : Patrimoines en Région stéphanoise
  • Patrimoines en Région stéphanoise
  • : Blog dédié à des articles et informations sur les patrimoines de Saint-Etienne et environs (Loire), particulièrement le val d'Ondaine autour de Firminy.
  • Contact

Recherche

Liens