Dimanche 29 juin 2008

     Quels parcs ? En marge du quartier, il y a l'ancien parc du château des Bruneaux, 11 hectares devenus municipaux à la fin des années soixante, ombragés de beaux et grands arbres de part et d'autre de la crête arrondie qui sépare la cuvette de Firminy et la vallée de Chazeau ; de là s'offrent des points de vue dominants, surplombés eux-mêmes par l'imposante et géométrique présence (pensons : nombre d'or) de l'Unité d'habitation Le Corbusier ; en termes familiers, le Corbu, dit-on familièrement à Firminy.
     Aujourd'hui, il n'y a que la rue de Chanzy à traverser, et le parc se prolonge largement au coeur de l'ensemble de Firminy-Vert. Les habitants y sont dès le seuil des immeubles.
     Il a été conçu en même temps que le quartier : "les arbres, les plantes, les gazons, font partie intégrante de l'architecture et sont traités avec soin" (revue Urbanisme, n°104, 1968). En quelques années, les gazons se sont affirmés, les arbres, fragiles plumeaux au début, ont pris leur place dans l'organisation des volumes.  

 
                                                                                                            
                                                                                                                                                
   
               

 














                                                                                   

          Après trente ans de présence d'un disgrâcieux blockhaus, 
         le chantier abandonné de l'église Saint-Pierre, l'oeuvre sculpturale est devenue depuis 2006 l'ornement magnifique de ce quartier d'habitations sociales. L'ensemble, déjà prix national d'urbanisme depuis 1961, est maintenant classé et protégé comme ZPPAUP (zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager). En attendant la probable inscription des ouvrages de Le Corbusier, qui font partie de Firminy-Vert, au patrimoine mondial de l'UNESCO. 
Un voisinage qui n'intimide pas les joueurs de pétanque sur l'espace public de jeux aménagé entre les deux immeubles hauts.  

 

René Commère

Par René Commère - Publié dans : région de Saint-Etienne - Communauté : patrimoines
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Mardi 24 juin 2008
(Suite des articles sur Firminy-Vert)

Quelques préceptes de la Charte d'Athènes (1933) mis en oeuvre à Firminy par un urbanisme volontariste.
     " Il est de la plus urgente nécessité que chaque ville établisse son programme"
(article 85).
     " Les plans détermineront le structure de chacun des secteurs attribués aux quatre fonctions-clés et ils fixeront leur emplacement respectif dans l'ensemble". (article 78).
     "Le cycle des fonctions quotidiennes (habiter, travailler, se recréer, circuler) sera réglé dans l'économie de temps la plus stricte, l'habitation étant considérée comme le centre même des préoccpations urbanistiques". (art. 79)

     "L'échelle des travaux à entreprendre d'urgence pour l'aménagement des villes, et l'état infiniment morcelé de la propriété foncière, sont deux réalités antagonistes" (art.93).

     "La périlleuse contradiction constatée ici pose l'une des questions les plus périlleuses de notre époque : l'urgence de régler, par le moyen légal, la disposition de tout sol utile pour équilibrer les besoins vitaux de l'individu en pleine harmonie avec les besoins collectifs" (article 94). 
    
     "L'intérêt privé sera subordonné à l'intérêt collectif" (art 95, le dernier).

                                         
Commentaire de la photo aérienne de 1953 :
En traits discontinus verts, le périmètre de Firminy-Vert.
Au centre, entourés d'arbres épais, les tennis, conservés dans le nouveau quartier, de même que les pavillons avec jardinets tout proches.
Petits traits rouges : à gauche, site du grand "H" (voir Firminy-vert (1)).
                               à droite, site de la maison de la culture Le Corbusier (construction : 1962-65)     
Rectangle noir : emplacement approximatif du stade, avec à droite la falaise mal visible d'anciennes carrières.
Carré rouge : site de l'église Le Corbusier(1973-2006)
Les deux immeubles allongés près du site de l'église : cité de mineurs des années 20. 
Voie rectiligne en haut à gauche : la route nationale 88 vers Le Puy, et au milieu d'une zone de jardins, les travaux d'ouverture du boulevard Saint Charles.   
En bas à gauche, le "château" des Bruneaux et son parc                                                                           

L'opportunité foncière.
     Dans le Firminy des années cinquante, un zonage de fait était déjà en place pour la fonction "travailler", les aciéries (7000 emplois) étant essentiellement situées au fond de la vallée, au-delà du chemin de fer (partie non visible ci-dessus). 
     
     A l'ouest et au sud de la ville, une cuvette tournée vers le nord, crevée de carrières abandonnées, percée de galeries de mines anciennes, était à peu près dépourvue d'habitat et d'activités. Des jardins potagers et quelques prairies se partageaient un territoire pourtant assez proche du centre urbain. Sans voierie, sans aménagement significatif, les valeurs foncières étaient faibles. 
     
      C'est donc là que fut décidée la création d'un nouveau quartier, auquel le Maire (M. Claudius-Petit) et les urbanistes (conduits par M. Delfante) voulurent conférer un caractère résolument novateur. Réserver 80 % de la surface aux espaces verts, séparer les circulations, l'automobile ayant le moins possible  le droit de circuler dans un territoire que les enfants des écoles pourraient parcourir en toute sécurité, inventer une architecture inédite dans la vallée de l'Ondaine, la disposer de telle sorte qu'elle ne fasse pas offense au paysage, prévoir les emplacements et le financement des services et équipements publics : tout cela fut étudié et conçu par l'équipe cohérente des architectes et urbanistes.     
      Une valeur démonstrative : non seulement on refusait la rue traditionnelle poussiéreuse, bruyante et accidentogène des villes industrielles ordinaires  classique, mais on tenait la gageure de fixer sur le nouveau territoire des densités d'habitants analogues à celles du tissu dense existant. C'était donc une autre manière de concevoir l'habitation destinée à toutes les catégories de la société. 
      Incognito, à l'invitation de Claudius-Petit, Le Corbusier vint prendre connaissance sur place du projet, et lui donner son assentiment.   


                                                                                                           
Ci-dessus, le prisme rouge signale le site de l'église Saint-Pierre. Les tribunes du stade sont à l'emplacement des cabanes visibles à droite ; au-delà, la falaise sur laquelle est juchée la maison de la culture Le Corbusier. 

Ci-contre : un petit trait rouge à droite de l'image localise le site où j'ai pris la photo des cabanons : reliquat condamné d'un habitat manifestement précaire, de même que le vieux bâtiment en arrière-plan ! Au fond, les immeubles de la corniche étaient déjà construits en 1963. En réponse au besoin de logements, le second plan d'urbanisme prévoyait trois Unités d'Habitation de Le Corbusier, dont la première démarra en 1965 et fut la seule construite.


                                                                 





                 
Couverture de la Maison de la culture Le Corbusier: des dalles légères reposant sur des câbles.
C'est bien de la fumée qu'on voit en arrière-plan : dans l'aciérie, au fond de la vallée, à 1300 mètres de là, le four électrique a été ouvert pour mélanger au métal en fusion les éléments qui compléteront l'alliage. Riches en oxyde de fer, ces fumées étaient souvent rousses. A l'heure actuelle, dans l'aciérie modernisée et toujours active, les émanations sont filtrées et les fumées rousses plus rares. (cliché d'après diapo personnelle)
                                    
A suivre - R.C.                                                
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Mardi 24 juin 2008

     Des H.L.M. dans un parc : un ensemble propice à la promenade architecturale.
     Je retourne souvent à Firminy-Vert, où j'ai habité dès l'été 1961, bien content de pouvoir alors installer ma famille sans attendre, dans un appartement neuf et confortable. 
     Affecté à Firminy après des débuts professionnels en Algérie, j'ai donc été été parmi les premiers habitants d'un quartier que j'aime toujours revisiter : me promenant hier encore au bord de ses larges pelouses bien entretenues et sous les ombrages de ses allées de marronniers, j'y appréciais une fois encore l'application de la Charte d'Athènes : un morceau de ville avec au moins 80 % d'espaces verts, et l'adaptation de l'architecture au site. Car celle-ci, loin de peser sur le paysage, fait alliance avec le relief et les verdures pour en composer les perspectives variées. C'est la "promenade architecturale" au sens corbuséen du terme !
       Le parc public n'est pas en dehors de l'espace habité, ce sont les habitations qui sont réparties dans le parc, et contribuent par leurs volumes et la qualité de leurs façades à son paysage.

    Le Prix national d'urbanisme  
     Ce n'est pourtant pas pour son aspect actuel de parc que le Ministère de la Construction décerna à ses concepteurs et réalisateurs le prix national d'urbanisme pour l'année 1961 : en bien des endroits, l'herbe n'avait pas encore verdi les sols bouleversés par les chantiers ; les arbres, qui ont magnifiquement prospéré depuis, n'étaient au mieux que de minuscules plumeaux ; et plusieurs équipements restaient à terminer : centre commercial, maison de la culture, écoles, etc...
     Il serait ici trop long d'analyser ici les conceptions d'urbanisme et d'architecture qui ont valu  cette distinction à Firminy-Vert. Disons pour simplifier que leurs auteurs et réalisateurs ont pu les déployer sans les entraves ni les impératifs de la Propriété et de la Spéculation foncière, qui poussent habituellement à la densification et ont souvent limité en d'autres lieux la liberté des choix. C'est ce que préconisait effectivement la "charte d'Athènes", dans ses derniers articles : une maîtrise publique absolue du foncier, ce qui ne manquait pas d'avoir (c'était en 1934 !) , face à la Propriété et à la Spéculation, un caractère quelque peu révolutionnaire...
     
     

 Le grand "H" .
      Ainsi se désigne l'un des deux immeubles hauts, dans le bas du quartier, les plus proches de la ville ancienne. Application d'un modèle urbain selon lequel les densités  sont (ou doivent être) décroissantes du centre vers les périphéries.
       En 1962, les abords restent à verdir et aménager. Mais Casino vient d'installer son premier supermarché, avant de le dépacer plus tard vers Chazeau.
        Initialement, les parois des façades étaient en verre sur fond en bois de couleur très claire. Certains pensaient à une appellation "Firminy-verre", pour souligner la clarté et l'éclat de cette innovation architecturale
     Mais cela posait des problèmes d'entretien : depuis 1985, la rénovation des façades dans tout Firminy-Vert les a habillées de plaques diversement colorées en matière plastique. Les fenêtres ont été munies de volets roulants.
     Devant le côté est de l'immeuble s'étend désormais une aire de détente et de jeux, envahie par les pétanqueurs dès qu'il fait beau.  Encore la Charte ! Compléments essentiels du logis,  des lieux de loisir et de détente seront au pied des immeubles.


Façade ouest du Grand H, au printemps 1964.

Préfabrication et architecture : l'exemple des façades.
Dans tout Firminy-Vert, les façades d'origine ont été composées à partir de 8 panneaux-types. Chaque élément était constitué par un cadre et des remplissages. Ces derniers étaient, soit des parties ouvrantes transparentes  (fenêtres), soit des parties fixes : transparentes, translucides ou opaques. 
La peinture donnant la teinte était appliquée sur les panneaux de lin aggloméré situés en arrière des glaces trempées. 
Ce sont toujours des teintes très claires, à la limite de la blancheur, qui ont été choisies, pour faire contraste avec le noircissement historique des murs traditionnels par les fumées industrielles de la vallée. Pour l'entretien de cette clarté , le verre devait avoir un rôle auto-nettoyant. 
Sur la photo ci-contre, les parois captent et renvoient fidèlement les couleurs du soleil couchant.

A suivre...

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Mercredi 18 juin 2008


Un "beau"  monument-témoin aux portes de la ville. 

     Le chevalement de l'ancien puits de mine Du Marais trône depuis l'an 2000 sur un rond-point créé l'année précédente  à la sortie orientale du Chambon-Feugerolles ;  il ouvre confortablement l'accès à la nouvelle zone d'activités de Pigeot-Montrambert, aménagée sur les anciens sites miniers de la commune et de sa voisine, La Ricamarie. La nuit, il est ordinairement illuminé.
     Ce chevalement étant le seul vestige du passé minier du Chambon-Feugerolles, on comprend et approuve que la Municipalité ait saisi une opportunité de le conserver et de le mettre en valeur, à titre de témoin historique. D'autant qu'il a la particularité rare de jumeler deux molettes.
      Heureuse initiative, qui a d'ailleurs mérité en 2002 l'attribution par le Sénat du prix "Territoria", dans la catégorie "Aménagement et urbanisme".
    
           
Deux précisions...

       La première, sur l'appellation de ce puits, contradictoire avec la position relativement perchée du monument. En 1907, on le baptisa du nom d'un membre du Conseil d'administration de la société des Mines de Montrambert-La Béraudière, M. Du Marais. 
       La deuxième, sur son implantation. A cause de son allure monumentale qui pourrait donner l'impression d'un décor de théatre, et du fait que rien autour de lui n'évoque plus l'état ancien,  il est arrivé que des visiteurs me demandent à partir de quel site on l'avait transporté et reconstruit. Alors que, bien entendu, c'est  le rond-point qui a été aménagé autour de lui !

Une valeur plus symbolique que documentaire.

     Isolé au milieu de pelouses, et même fleuri, ce décor munumental est en effet loin de représenter la réalité d'une ancienne installation minière, avec salles des machines, rails et wagonnets, réserve à bois, stockage de charbon, lavabos, crassier, etc....Le visiteur pouvait donc à bon droit se poser la question qui vient d'être évoquée.
     Notons d'ailleurs qu'en région stéphanoise, aucune installation minière n'a été conservée dans son intégrité. Après chaque fermeture, la politique des Houillères devait être de rendre les terrains disponibles le plus rapidement possible pour d'autres usages, de préférence générateurs d'emplois. C'est donc essentiellement sur des plans ou des photos que peut s'appuyer une archéologie minière.
     Une exception : celle du puits Couriot, à Saint-Etienne, réaménagé en musée. Pendant quelques années, le voisinage d'un marchand de charbon entretenait une certaine idée d'authenticité, renforcée par les puissants crassiers surplombants.   
       Néanmoins, le puits Du Marais reste intéressant, en particulier son originalité architecturale : outre la double molette, construction soignée en style 1900, toit à quatre pans ornés de festons, association de la pierre, de la brique et du métal. 

                                          
 

Un peu d'histoire.

     Le puits a été foncé en 1903 par la Société des Mines de Montrambert-La Béraudière, et plusieurs fois approfondi au cours du siècle, jusqu'à 840 mètres en 1950 (soit 320 sous le niveau zéro).
     On accédait au fond par deux cages, actionnées à partir des deux salles de machines autrefois situées e de part et d'autre du chevalement. Au milieu, des rails fixés sur des poutres métalliques guidaient le mouvement des cages : la séparation permettait la circulation indépendante de l'une et de l'autre. 
     A partir de 1957, du fait de la concentration de l'extraction au puits Pigeot de La Ricamarie, le puits Du Marais ne servit plus qu'au remblayage, à l'aération et au secours, jusqu'à la cessation de toute exploitation en 1983.
     Les salles des machines ont été détruites en 1987. 
     En 1998, l'emplacement a incité la Municipalité à valoriser ce qu'il restait comme monument, au lieu de le détruire pour laisser place à un carrefour routier à l'entrée du parc d'activités Pigeot-Montrambert. 

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Vendredi 13 juin 2008

      Petit certes, mais riche de documents et de souvenirs.
      Un peu confidentiel, car il est géré par un syndicat de retraités mineurs qui l'ouvre au public aux horaires de ses permanences, le mercredi après-midi, ou sur rendez-vous (04 77 80 15 84). En plus des objets et documents exposés, vous aurez peut-être la chance d'une conversation avec un de ces des anciens qui entretiennent avec ferveur la mémoire vivante de leur histoire. En attendant, voyons quelques échantillons de ce qu'on peut y trouver.                                                                                        
                                                                                                                         
                                                                                             
Il faut d'abord accéder au sous-sol de l'école communale.
      C'est au fond d'un couloir obscur ouvrant sur la cour de récréation que l'on parvient au musée. Nous sommes sous le beau groupe scolaire communal érigé en 1929 à côté de l'Hôtel de Ville : la rigoureuse symétrie des deux écoles (garçons et filles), de part et d'autre d'une partie médiane monumentale ornée d'un arc, de pilastres et d'un fronton.
      Par leur architecture soignée, les écoles publiques de cette époque expriment l'attention portée par les Municipalités à la dignité et à la qualité de l'enseignement laïc. Par contraste avec la médiocrité de l'environnement bâti ordinaire dans cette ville, elles ont représenté de rares exemples publics de qualité architecturale.  Mais il faut peut-être rappeler que dès 1872, tous les enfants de la commune étaient scolarisés, y compris les plus pauvres, aux bons soins d'établissements religieux aidés, s'il le fallait, par la Compagnie des Mines et la Municipalité. C'est seulement à la fin du 19ème siècle qu'une école publique fut installée au rez-de-chaussée de la Mairie. 


Sainte Barbe.

     
      Dès l'entrée, la protectrice des mineurs (mais aussi des canonniers, des pompiers  et des carriers) accueille le visiteur. Elle a été remontée du fond d'une mine où, placée dans une niche spécialement aménagée, elle rappelait aux mineurs sa bienveillante
présence. On continue à  la fêter le 4 décembre dans toute la vallée.







Un mini-grévin.


    
      Les épouses ne descendaient pas au fond. Celle-ci apporte au mineur sa soupe dans un "bichou".
      Derrière, notez que c'est un enfant qui pousse le wagonnet rempli de charbon : histoire de ne pas oublier, et de raconter aux élèves des écoles visitant habituellement le musée, que des enfants étaient souvent employés pour cette tâche, en surface comme au fond.



Les pompes d'exhaure.
      Sans ces machines, les mines auraient été rapidement noyées. Elles le sont maintenant, depuis que l'exploitation a cessé. L'exhaure était donc une absolue nécessité. Au début, dans de petites exploitations peu profondes, les pompes à bras pouvaient suffire. Dans les sites plus profonds, il fallait disposer de machines plus puissantes fonctionnant en permanence. A cause des étincelles pouvant déclencher des explosions de grisou, impossible d'employer des moteurs électriques : des pompes comme celle-ci étaient actionnées par des turbines hydrauliques entraînées par des circuits d'eau sous pression.


Un vélorail.   

      Ce véhicule à pédales à quatre roues permettait de se déplacer rapidement dans les galeries équipées pour la circulation des wagonnets qui amenaient le charbon vers les puits d'extraction. Un passager pouvait se tenir debout à l'arrière. Qui utilisait ce type d'engins ? Essentiellement les ingénieurs ou cadres, ou ceux qui avaient mission d'intervenir rapidement en cas d'accident. On s'en servait aussi pour transporter au moindre risque les explosifs servant à abattre les fronts de taille. Les anciens mineurs consultés n'ont pas d'autre terme que "le vélo" pour désigner ce véhicule.

Le puits Saint Dominique.



   
       Un exemple des multiples documents exposés : cette carte postale représente un lieu totalement métamorphosé, puisque c'est à cet emplacement que se situent le Géant Casino et ses parkings : un bout de territoire dont les jeunes générations ignorent l'identité historique, comme j'ai pu m'en rendre compte il y a quelques année en montrant une diapositive actuelle à un auditoire d'adolescents du centre social pour lequel on m'avait demandé d'évoquer les traces du passé industriel du Val d'Ondaine. Il est vrai que, topographiquement, on ne voit plus que l'horizontalité de l'implantation commerciale et la raideur des pentes artificielles de l'ancien crassier. 
   
      Mais il y a tant à voir : photos, coupures de presse, plans, une lettre manuscrite de Zola à Michel Rondet, une photo de Séverine, etc.....
       
R.C. (avec mes remerciements aux responsables du musée Michel Rondet).    

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Mardi 10 juin 2008

    

     Voici une photo publiée dans l'hebdomadaire Marianne, numéro 576 (3 mai 2008). Au loin, le bourg d'Unieux dans son environnement de collines verdoyantes, un patrimoine paysager appréciable, souligné par la scène bien agreste du premier plan. Image banale....
     Sinon qu'elle illustrait un reportage de deux pages sur des trafics illicites qui  seraient en train de gangrener la France profonde, jusque dans ses campagnes et ses villages. La preuve ? Il y a quelques semaines, on y a saisi des produits peu recommandables, dans le cadre d'une opération qui s'est déroulée dans plusieurs communes du département et de l'agglomération stéphanoise. Aux marges de celle-ci, Unieux, village de la France profonde ? Sous un certain regard, on pourrait l'imaginer, avec le renfort d'un providentiel bourricot.....   

Un paysage instrumentalisé...

    L'auteur a donc mis en scène le patrimoine paysager de la commune et accessoirement celui la commune limitrophe (Fraisses) sur laquelle broute l'âne du premier plan, pour raconter l'intrusion d'une économie souterraine crapuleuse dans une petite bourgade paisible et verte. 
     C'est depuis un chemin peu fréquenté de la commune voisine que la vue a été prise. J'ai dû chercher pour retrouver cet endroit, à l'écart des voies les plus fréquentées, mais sans y voir l'animal de la photo.

La part escamotée de l'environnement réel.  
      Pourtant, nous sommes sur des territoires qui ont été métamorphosés depuis plus d'un siècle par de puissantes industries métallurgiques et sur lesquels s'est constituée une société principalement ouvrière. Et malgré les disparitions d'activités  amorcées dès les années 70 par le déclin et la faillite de Creusot-Loire, on est loin d'en avoir fini avec l'industrie, dont se sont perpétuées et adaptées les productions les plus performantes.
   Le reportage aurait été plus véridique s'il avait représenté le lieu réel de la saisie. Mais cela aurait peut-être été trop banal pour donner un décor à cet article sur le thème d'une gangrène généralisée du territoire national.
     Je ne ferai pas au journaliste l'injure de croire qu'il n'a pas osé aller sur les lieux : un tranquille et banal petit ensemble d'habitat social dont la silhouette se profile au fond d'un vallon, au milieu de la photo. 
     
Encore une fois, l'imaginaire contre le réel...
     C'est habituel dans cette région industrielle, où Emile Zola lui-même est venu en 1900 chercher des images pour son dernier roman ("Travail"). D'autres reporters sont venus avec leurs préjugés, et se sont ingéniés à ne chercher que ce qui pourrait les illustrer ou confirmer sur le terrain ce qu'on leur avait peut-être demandé d'y retrouver.
     Pendant les dernières décennies, c'est le "pays noir" du Val d'Ondaine qu'il fallait rapporter dans la boîte à images, avec si possible ses fumées, ses usines, ses murs noircis et ses taudis. Une centrale thermique (aujourd'hui disparue), un puits de mine, des cheminées, des murs couleur charbon, une rue sombre, c'est ce qu'on voyait avant tout. Ce devait être "la rue sans joie", héritière infortunée d'une industrialisation inhumaine, celle dont des élus entreprenants tels que Claudius-Petit à Firminy voulurent éradiquer les stigmates.  Les exemples de tels reportages, avec photos ou films, ont été nombreux, et mériteraient presque qu'on essaye d'en reconstituer une anthologie. 
     Mais avec les transformations urbaines et paysagères qui ont fait suite aux reconversions industrielles, il se révèle de plus en plus difficile de remplir ainsi la boîte à images.
    
      Il me paraît donc intéressant de souligner que, dans ce reportage de 2008, ce soit l'environnement vert du val d'Ondaine qui ait été mis en vedette !
     Au point de le rattacher à un "France profonde" à laquelle les habitants n'ont certainement pas conscience d'appartenir. 

     De récents ouvrages suscités par l'achèvement à Firminy de l'oeuvre de Le Corbusier (voir www.sitelecorbusier.com), commencent à donner, dans les publications de dimension nationale et internationale, des images plus véridiques du territoire. Je suggère par exemple l'ouvrage récemment publié par l'Université de Saint-Etienne : "Firminy, Le Corbusier en héritage".
     

R. Commère

photo du bourg prise depuis le même point que celle de l'article, mais avec zoom. Clocher, mairie-école, cimetière, forêt : image bien villageoise ! Seul indice pour en douter : les terrasses modernes du premier plan. Pour en savoir plus, voyez sur le même site l'article "bref historique d'Unieux".

          

Par René Commère - Publié dans : région de Saint-Etienne
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Jeudi 5 juin 2008

  



       A Firminy, on a finalement construit en ce 21ème siècle naissant un "monument historique" !
      Autre paradoxe, celui d'un monument classé avant d'être pleinement réalisé. 
      Je vous en livre quelques impressions....rétrospectives.

     Depuis l'achèvement et l'inauguration en novembre 2006 de ce chef-d'oeuvre d'architecture sculpturale, l'église Saint Pierre de Firminy-Vert, c'est un béton joyeux et serein qui dresse vers le ciel ses lignes obliques et ses courbes parfaites.  

      Il était dramatiquement triste lorsque l'ouvrage abandonné dans son état d'inachèvement s'exposait à ciel ouvert, la seule consolation étant peut-être le reflet rythmé du ciel dans les flaques des gradins inutiles. 

     Aujourd'hui, ce sont les éclairages plus mesurés des canons de lumière et de la constellation, étincelante au grand jour derrière le maître autel, qui font entrer le ciel dans la vaste coupole de l'édifice, tandis que pénètrent à leur rencontre par les lucarnes colorées périphériques, les lueurs réfléchies du sol extérieur.

     Je retourne souvent sur les lieux, dont j'ai maintes fois guidé bénévolement la visite pendant une dizaine d'année. Et l'émotion reste la même, pour moi comme pour ceux qui ont eu à connaître l'état antérieur, car nous gardons en mémoire les images de ce que, parfois, de jeunes visiteurs prenaient pour des ruines archéologiques dont ils ne comprenaient pas la raison, auxquelles on accédait par une minuscule porte blindée ouvrant sur de caverneuses et énigmatiques profondeurs.

     Voici donc, pour ceux-là, mais aussi pour les visiteurs présents et futurs, ces images de 1983, prises un peu par hasard au début de cette année cruciale où, face à un projet municipal néfaste, annonciateur d'une probable démolition, allaient surgir les refus : local, national et international, qui conduiraient, sur demande du Président de la République, à l'inscription protectrice au titre des monuments historiques. Sauf la première, ces images ne représentent que la partie aujourd'hui sous coupole, la nef du sanctuaire corbuséen. 

     Après elles, l'attente incertaine allait encore durer plus de quinze ans ; visites tarifées conduites par les bénévoles du syndicat d'initiative, visites gratuites lors des journées patrimoine, ont donné des moments de vie au vide architectural de ce chantier abandonné, qu'il fallut murer pour qu'il cessât d'être un dangereux terrain de jeu des enfants du quartier, sinon le repaire de trafics illicites. Ce fut le temps de ce blockhaus dont on se demandait ce qu'il faisait là, si loin du "mur de l'Atlantique" érigé par les occupants pendant la guerre.

      A ces guides, dont parfois les prouesses d'évocation dans ce béton triste, émaillé de flaques d'eau, couvert de mousse dans les endroits sans soleil, maculé de coulures, hérissé de ferrailles rougissant de rouille, accidenté de dangereuses chausse-trapes, arrivaient quand même à susciter chez les visiteurs quelque émotion, il était souvent demandé s'ils pensaient que l'ouvrage se terminerait un jour. Que répondre, sinon par une boutade du genre : "croyez-vous que si l'on n'y croyait pas un peu, seulement un petit peu, on serait ici au lieu d'aller pêcher à la ligne" ? Et voià le peu dont vivait l'édifice énigmatique et pourtant prometteur. 

     Hommage soit rendu à tous les acteurs, bénévoles, architectes, artistes, politiques de tous rangs, administrateurs, qui ont joué la scène compliquée et majestueuse du dernier mouvement de ce qui aurait pu rester une symphonie inachevée....Bravo pour la finale !

René Commère, ancien président du syndicat d'initiative de Firminy-Ondaine-gorges de la Loire.

  

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Jeudi 5 juin 2008

         



Dernier né du bassin stéphanois, c'est avec les crédits du plan Marshall qu'il a été construit en 1951, sur un site où le charbon a été repéré et sommairement exploité depuis 1935.
Situé à l'écart de la ville dans un écrin de verdure, ce chevalement n'est guère représentatif des images minières traditionnelles : pas de cité d'habitation au voisinage, les mineurs étant acheminés en car (mais plus tard un petit lotissement sans rapport avec la mine a été réalisé à proximité) ; pas de criblage ni d'infrastructure ferroviaire, ni de crassier (ou terril), puisqu'on lavait et triait le charbon dans les installations modernes du puits Pigeot (abattu en 1989), vers lequel le transférait un convoyeur à bande.
L'exploitation a atteint 469 mètres de profondeur et obtenu pendant une dizaine d'années les plus forts rendements de la région, avec 1000 à 1200 tonnes par jour.
Puis la concentration de l'extraction au puits Pigeot ne lui laissa qu'une fonction d'exhaure (pompage de l'eau) et de service ; le convoyeur a été démoli en 1973.
L'activité a cessé en 1983, et le site pourrait faire l'objet d'une valorisation comme lieu de culture et de mémoire : la municipalité a obtenu en 2003 son inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.
L'architecture, d'une grande simplicité de lignes, est entièrement en béton, dans une forme à la fois pure et fonctionnelle.
R.C.  

Par René Commère - Publié dans : région de Saint-Etienne - Communauté : patrimoines
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Mercredi 4 juin 2008

 

                                                   

     Le retentissement national de ce tragique incident, dont Zola s'est inspiré dans Germinal, contribua à l'évolution libérale de la dernière année du Second Empire.
     Les mineurs étaient en grève (alors illégale) pour de meilleurs salaires, la réduction de la durée du travail, et la cessation du contrôle exclusif des Compagnies minières sur les fonds de secours.
     Au milieu de l'après-midi du 16 juin, sixième jour de la grève, la troupe chargée de faire respecter la liberté du travail arrêta au puits de Montrambert au Chambon-Feugerolles) une quarantaine de grévistes. Elle les conduisait sous escorte vers la prison de Saint-Etienne.
     Solidaires des grévistes, leurs compagnons, leurs femmes et enfants, les attendaient sans armes au "Brûlé", où le chemin passait dans une tranchée surmontée d'une passerelle. Ils demandèrent au capitaine de les libérer, ce qu'il refusa. Des pierres atteignent les soldats. Se croyant pris en embuscade, ils ouvrirent le feu sans sommation. On releva de nombreux blessés, mais il y avait quatorze morts, dont une femme de 49 ans et une fillette de 16 mois. Le commissaire de police ne trouva personne pour faire enlever les corps, qui restèrent jusqu'au lendemain là où ils étaient tombés.
      Aujourd'hui conservée par le petit musée de la mine de La Ricamarie, la plaque rendant hommage aux victimes était apposée sur un modeste lavoir situé sur le lieu du drame, jusqu'à son remplacement par une sculpture moderne en 1989.

Le monument moderne (1989).

    Il se situe sur les lieux du drame, dont la configuration a totalement changé depuis. Le nom du "Brûlé" rappelle que jadis, juqu'à la fin du 19ème siècle, des couches de charbon spontanément inflammables au contact de l'oxygène de l'atmosphère, étaient en combustion lente et continue. Plusieurs documents à partir du 15ème siècle décrivent ce phénomène, accompagné d'émission de fumées malodorantes.   
   
Au-dessus d'une table d'offrande évoquant la notions de sacrifice, s'élèvent quatorze étoiles portées par des tiges ayant des longueurs et des déroulements différents, symbolisant les destins variés des victimes. Au-dessous de celles-ci, un enfant endormi représente l'espoir et l'avenir des humains.
   Les noms des victimes sont gravés sur l'habillage de bronze qui ceinture la table.
   La table et le socle sont en béton teinté, la sculpture est en bronze.
   Le créateur du monument est Victor Caniato, qui a réalisé plusieurs oeuvres dans l'agglomération de Lyon.

Par René Commère - Publié dans : région de Saint-Etienne - Communauté : patrimoines
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Mercredi 4 juin 2008

Statue de Michel Rondet.

     Commandée en 1909 par la Fédération C.G.T. des mineurs, et payée par souscription de 4800 F. auprès des mineurs, cette statue fut l'oeuvre du sculpteur Joseph Lamberton. .
     D'abord refusée par la Municipalité (sous contrôle de la Compagnie des Mines), elle fut installée discrètement en 1913 à l'écart du centre, dans une zone insalubre. Elle ne prit sa place actuelle devant la Mairie qu'avec son inauguration officielle en 1923.
     Lorsqu'en 1942 l'occupant allemand projeta de l'abattre pour récupérer le bronze, le Maire la sauva en faisant habilement comprendre sa forte valeur symbolique pour les mineurs, alors que le gouvernement de Vichy les pressait de participer à l'effort productif.  La déboulonner, se serait donc compromettre localement la politique de collaboration.  
     Michel Rondet est représenté en mineur de fond, la lampe accrochée à la ceinture. Né en 1841, ce fut son métier dès l'âge de douze ans. Militant pour la dignité de sa corporation et pour qu'elle prenne part au contrôle de la prévention des accidents miniers, il a été en 1868 l'un des fondateurs de la Caisse Fraternelle des Mineurs (les syndicats étant alors interdits). L'année suivante, il participe à la grève déclenchée pour obtenir l'indépendance de cette Caisse vis-à-vis de la Compagnie.
     Le drame du Brûlé (voir la fiche n°2) lui conféra un retentissement national.
     Condamné, il bénéficia de l'amnistie décrétée par Napoléon III pour le centenaire de la naissance de Napoléon Ier. Mais sa participation à la Commune de Saint-Etienne lui valut une nouvelle condamnation. A la fin de sa peine, en 1877, ses camarades lui confièrent la responsabilité du Syndicat de Mineurs récemment créé dans la Loire.
     En 1883, il organisa à Saint-Etienne le congrès fondateur de la Fédération Nationale des Syndicats de Mineurs, dont il resta responsable.
     Reçu en 1893 par le Président du Conseil Casimir Périer, consulté en 1895 par une commission parlementaire consacrée au Travail, il contribua à l'évolution de la législation, particulièrement sur les questions de sécurité des mineurs, des caisses de secours et de retraites.
     En 1895, il fut écarté de son syndicat et du Parti ouvrier de Saint-Etienne en raison de son état d'esprit plus réformiste que révolutionnaire, ce qui lui valut d'être suspecté de collusion avec le patronat. Il termina ses jours en Haute-Loire comme directeur au barrage de La Valette qui alimente Saint-Etienne en eau. Il mourut de silicose en 1908.

Par René Commère - Publié dans : région de Saint-Etienne - Communauté : patrimoines
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