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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 10:11
 

Etiré sur une dizaine de kilomètres, le couloir urbanisé du val d'Ondaine, partagé entre les municipalités de La Ricamarie, du Chambon-Feugerolles, de Firminy, Fraisses et Unieux, constitue l'aile occidentale de l'agglomération stéphanoise.

Depuis deux siècles, l'effet conjugué de l'industrialisation et des dynamiques urbaines n'a cessé de métamorphoser ses paysages. A côté d'une foule d'ateliers artisanaux disséminés jadis dans le tissu urbain, celui-ci a été marqué par de puissantes installations minières et métallurgiques, sans oublier les centrales thermiques et l'imposante et odorante cokerie du Chambon-Feugerolles. De tout cela, une bonne partie a disparu au cours des dernières décennies, conséquence compréhensible de politiques consistant à faire place nette pour permettre l'installation de nouvelles entreprises et le maintien de l'emploi. Pour les générations nées après 1970, ce dont il ne reste plus de trace n'a pas existé, et il faut bien reconnaître qu'au moment des changements de décor, la plupart des anciens n'ont guère exprimé de regrets ou de nostalgie.

 Cela dit, quels témoignages de son histoire industrielle peut-on encore repérer dans l'espace urbain du val d'Ondaine ?

 PATRIMOINE MINIER

 Seuls deux chevalements peuvent témoigner de l'ancienne exploitation charbonnière, qui en a compté près d'une vingtaine. La masse de béton du plus majestueux et qui fut le plus moderne du bassin, le puits Pigeot, a disparu au début des années 90.

 Le Chambon-Feugerolles a conservé, comme juché sur un rond-point, le puits du Marais. En 1998, son emplacement sur un futur site de carrefour incita la Municipalité à le valoriser comme monument, au seuil du parc d'activités Pigeot-Montrambert aménagé sur d'anciens sites d'extraction. Cela valut à la commune l'attribution par le Sénat, en 2002, du prix "Territoria" dans la catégorie "Aménagement et urbanisme". Seul rescapé du passé minier de la commune, ce chevalement peut intéresser par sa structure métallique de style 1900, et l'originalité de son toit à quatre pans bordés de festons. Ainsi est conservé ce spécimen d'archéologie minière, unique en son genre avec ses deux molettes desservant chacune un puits au milieu duquel des rails fixés sur des poutres métalliques guidaient le mouvement des cages : séparation permettant la circulation de deux fois deux cages, actionnées à partir de deux salles de machines autrefois situées de part et d'autre du chevalement, mais démolies en 1987. Bien assis sur sa butte gazonnée, entouré de quelques témoins de l'outillage du mineur, l'édifice désormais solitaire peut faire penser à un insolite décor théatral, devant lequel il faut un effort d'imagination pour se représenter la réalité de l'ancien environnement minier : un puits foncé à partir de 1903 par la Société des Mines de Montrambert-La Béraudière, et plusieurs fois approfondi au cours du siècle, jusqu'à 840 mètres de profondeur en 1950 (320 m sous le niveau de la mer). Après 1957, du fait de la concentration de l'extraction au puits Pigeot de La Ricamarie, le puits Du Marais ne sert plus qu'au remblayage, à l'aération et au secours, jusqu'à la fermeture en 1983. Pour l'anecdote, le résultat est tel que des pesonnes nouvelles venues dans la vallée ont cru que l'édifice avait été transféré à partir d'un autre site !

 A La Ricamarie, le puits Combes est désormais inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Situé à l'écart de la ville dans un écrin de verdure, ce chevalement n'est guère représentatif des images minières traditionnelles. Dernier né du bassin stéphanois, c'est avec les crédits du plan Marshall qu'il fut construit en béton en 1951, sur un site où le charbon a été repéré et sommairement exploité depuis 1935. Comme les mineurs étaient amenés par car, il n'y a pas de cité d'habitation à proximité. L'exploitation a atteint 469 mètres de profondeur et obtenu pendant une dizaine d'années les plus forts rendements de la région, avec 1000 à 1200 tonnes par jour, acheminées vers le criblage du puits Pigeot par un convoyeur à bande. Puis la concentration de l'extraction au puits Pigeot ne lui laissa qu'une fonction d'exhaure et de service ; le convoyeur est démoli en 1973. L'activité a cessé en 1983.

 Restent aussi comme éléments visibles du patrimoine minier plusieurs cités d'habitation. Parmi elles, la petite Cité des Combes, partagée entre La Ricamarie et le Chambon-Feugerolles, mérite une particulière attention. Comme on le sait, l'exploitation charbonnière traditionnelle exigeait que l'habitat ouvrier fût situé au plus près des puits. D'où la dispersion des nombreuses cités héritées du passé minier.

Mais il faut expliquer l'isolement géographique volontaire de la cité des Combes, construite au début des années vingt près des mines mais à l'écart de la ville, comme reléguée au pied d'un versant. Destinée initialement à des mineurs polonais, son site résulte du contrat passé entre leur gouvernement et la Compagnie, stipulant qu'ils devaient être tenus à l'écart de la population locale, de manière à garder leur langue, leur culture, en vue d'un retour assuré au pays. Lorsque l'ouvrier polonais arrivait de son pays avec une épouse, il pouvait l'installer dans une petite maison du nouveau village. Des documents racontent le bonheur de trouver, à la place de la terre battue de la ferme d'origine, des salles dallées, l'eau courante, et la disposition d'un jardinet. Avec le temps, cette mise à l'écart n'a pas empêché l'intégration, résultat de la solidarité ouvrière, de l'éducation des enfants, de la participation à la Résistance pendant la deuxième guerre. En fait, de nos jours, la composante polonaise exclusive n'est plus qu'un souvenir. Reste à voir l'originalité de ce village, fait de maisonnettes disposées en ovale autour d'un espace vert communautaire sans rue carrossable, la circulation restant périphérique ; quatre modèles de maisons devaient éviter la monotonie et la raideur habituelle des corons.

En 2001, la première chaîne de télévision polonaise a retenu ce site pour un reportage sur les lieux de travail et d'habitat de ces immigrés...mais la première personne rencontée les détrompa sur son origine, leur disant qu'elle était espagnole...

 Autre élément du paysage, les crassiers, appelés terrils dans d'autres régions. Dominant La Ricamarie, on ne peut manquer de repérer le grand crassier Saint Pierre, encore capable d'émettre après la pluie des nuages de vapeur, parce qu'à l'intérieur subsistent des déchets de charbon en combustion lente. Le Géant Casino qui déploie ses surfaces de vente et ses parkings entre La Ricamarie et Saint-Etienne valorise autrement l'immense crassier horizontal de deux anciens sièges d'extraction, opportunément situé non loin d'un important échangeur de voie rapides.

Non loin, le complexe sportif de la commune valorise des terrains que leur sous-sol, miné par l'exploitation charbonnière, rendait peu aptes à recevoir des constructions lourdes. Ainsi, même disparue, la mine commnade-t-elle encore indirectement l'organisation de l'espace urbain. On en trouve un autre exemple à Firminy, où le jardin public occupe depuis les années vingt un ancien site minier inconstructible.

 Il faut enfin mentionner deux monuments fortement symboliques de La Ricamarie : d'une part le monument commémorant la fusillade du Brûlé (1869), réalisé en 1989 sur le lieu du drame qui eut alors un retentissement national et inspira une partie du Germinal de Zola : se croyant prise en embuscade, l'escorte militaire d'un convoi de mineurs grévistes arrêtés et conduits vers la prison de Saint-Etienne ouvrit le feu sur les compagnons, femmes et enfants des grévistes qui réclamaient au leur libération : quatorze tués dont les noms gravés dans le métal rappellent que parmi eux, il y eut une femme et un bébé.

L'autre monument, devant la Mairie, est la statue de Michel Rondet, qui milita dès le Second Empire pour la dignité des mineurs, participa à la Commune de Saint-Etienne, et organisa la fédération nationale des syndicats de mineurs.

 

PATRIMOINE METALLURGIQUE.

 La profonde vallée du Cotatay, affluent méridional de l'Ondaine, a été l'un des berceaux du travail du fer en région stéphanoise : en 1860, une trentaine d'établissements captaient encore l'énergie hydraulique pour battre, aplatir, aiguiser le métal. Au débouché dans le val d'Ondaine, les vestiges de l'usine Jourjon et de ses habitations ouvrières deux fois séculaires ; un peu plus en amont, le site où vinrent d'abord s'installer -avant 1830 – les Holtzer avant de fonder à Unieux de qui allait devenir une prestigieuse aciérie. Bassins de rétention (appelés écluses), vannes, canaux, jalonnaient les berges du torrent. Un passé industriel qui n'a pas disparu sans laisser de traces, telles ces digues retenant jadis l'eau, et ces bassins souvent reconvertis en jardins, sans oublier quelques demeures héritées de ces temps révolus.

A Unieux et Fraisses, les Holtzer sont présents, non seulement dans les quelques bâtiments industriels encore utilisés, mais aussi avec leur première maison, à la fois demeure et siège administratif, dont le linteau rappelle la date : 1833. Non loin, se font presque face  la  caserne ouvrière datée de 1861 (donc contemporaine du familistère de Guise), remarquablememnt conservée, et la maison de maître, appelée "Château Holtzer", de la même période, nichée sur le versant dominant l'usine et à l'orée de son parc. Gendre de Holtzer et député républicain de la Loire, le métallurgiste Dorian a édifié à Fraisses sous le Second Empire un autre château témoignant de sa propre réussite industrielle ; le château Dorian a eu d'illustres visiteurs, en particulier Emile Zola en 1900. Et dans cette commune, autour de l'actuelle mairie, la cité Hotzer réalisée après la Grande Guerre dans une architecture rappelant des cités ouvrières alsaciennes est un autre jalon de l'histoire ouvrière de la vallée.

De l'ancienne usine Holtzer, et de ses agrandissements au cours du 20ème siècle, il reste quelques éléments, après la démolition de ce qui fut jusqu'aux années 70-80 le coeur de l'établissement métallurgique (fonderies, forges, laminoirs etc...). A Fraisses, il faut voir dans le  parc de la Gampille l'élégante bâtisse du laboratoire de recherches métallurgiques, construit au début des années 30 et qui perpétua jusqu'à la dernière décennie du 20ème siècle la tradition locale de l''invention et de l'innovations en matière d'aciers alliés. Plusieurs PME de services et de haute technologie se le partagent aujourd'hui.

Dernier vestige de l'ancien laminoir à chaud, les 36 tonnes de fonte d'un massif volant d'inertie, juchées depuis l'an 2000 sur un socle de béton, ornent à Unieux le rond-point du Pertuiset, près des gorges de la Loire..

 L'essentiel des bâtiments conservés des anciennes aciéries Firminy se rassemble autour de la tour de trempe, sur un site partagé entre plusieurs établissement et entreprises : Aubert et Duval (sidérurgie : aciérie électrique, forge et usinage de grosses pièces longues) ; Clextral (machines à extruder et pompes industrielles à hautes performances) ; Imphy-alloys (laminoir à froid, filiale de Mittal Arcelor). Un établissement d'enseignement supérieur occupe les anciens bureaux de direction de l'usine de l'Ondaine, construits en 1953. Les locaux de l'ancien Comité d'Entreprise réalisés au temps de la CAFL (1953-70) et de Creusot-Loire (1970-83) : pharmacie mutualiste, cabinet médical, bibliothèque, restaurant d'entreprise etc.., sont réemployés par divers services intercommunaux regroupés dans une Maison de l'Ondaine.

 Au Chambon-Feugerolles se dresse encore la grande halle aux immenses verrières de l'ancienne entreprise Crozet-Fourneyron, qui fut au 19ème siècle l'inventeur de la turbine hydraulique et en produisit pour le monde entier.

De l'ancienne usine Claudinon, autre sidérurgiste ayant marqué l'histoire de la ville (fermeture en 1953), la municipalité a aménagé en salle de fête et de réunions une ancienne halle d'usinage rebaptisée La Forge.

 Bien entendu, d'autres sites pourraient encore retenir l'attention, notamment en matière d'habitat : les cités ouvrières à elles seules justifieront un prochain article..

Il faut aussi mentionner à Firminy, à l'Ecomusée des Bruneaux, l'intéressant musée de la mine réalisé dans les dépendances et le sous-sol d'une demeure bourgeoise du 18ème siècle. Si l'emplacement n'est nullement authentique, le matériel mis en place pour reconstituer en grandeur réelle des galeries de différentes époques a été extrait des mines au moment de leur fermeture, et installé bénévolement après 1970 par d'authentiques mineurs.

René Commère

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