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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 09:19
                                                              

Nous sommes en présence d'un des plus anciens sites industriels de la vallée de l'Ondaine, à l'endroit où celle-ci, quittant les roches peu résistantes du bassin houiller stéphanois, s'enfonce en gorge dans le socle granitique pour aller confluer avec la Loire. A cet endroit, on a pu exploiter au mieux la force de la rivière.

A/ la fenderie.

Au début du XVIIème s., le baron de Cornillon autorisa l'aménagement d'un bief amenant une partie des eaux de l'Ondaine, captées à deux kilomètres en amont, pour actionner une fenderie, établissement industriel exigeant beaucoup plus de force qu'un simple moulin car il fallait à la fois aplatir des barres de fer, les découper pour produire des verges destinées aux nombreux cloutiers de la région, et actionner les soufflets attisant les foyers des fours. Des documents attestent qu'au milieu du XVIIème s., l'affaire était entre les mains de marchands lyonnais, qui concédaient la production à un gérant local.

Un examen attentif des traces conservées au bas de l'actuelle maison d'habitation montre que l'agencement de ces installations et leurs dimensions correspondent à ceux du modèle décrit et illustré au 18ème siècle dans la célèbre Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

      A quelques mètres plus haut que le lit de la rivière, un bassin de retenue stockait l'eau amenée par le bief : deux grosses roues pouvaient tourner sous la force de la chute. De tout cela, il ne reste guère de traces ; le bief a été comblé en 1995, le bassin converti en une prairie dans le parc attenant à la grosse maison grise visible sur le site. On pourrait voir dans les murs du rez-de-chaussée de cette maison des traces des installations de l'ancienne fenderie (ne se visite pas), remplacée par un moulinage de soie au début du XIXème s. et plus tard par une scierie.

 B/ Le moulin.

La fenderie a cessé de fonctionner à l'époque de la Révolution.
      Ce qui nous importe, c'est qu'il y avait assez d'énergie disponible pour actionner aussi un moulin à farine, dans un bâtiment dont on ignore à quelle date il a été construit puis agrandi.

Mais cet ancien bâtiment n'est plus utilisé depuis la construction en 1910 de la petite minoterie qui a été active jusqu'en 1992 : il a servi au meunier et à sa famille comme débarras, réserve de pièces de rechange et d'outils, entreposage de sacs de grain ou de farine. Depuis quelques années, des fresques décorent ses ouvertures. Deux d'entre elles représentent M. Garonnaire, le dernier meunier, et son épouse. La toiture a été entièrement reconstruite en automne 2007, ce qui devrait rendre réalisable le projet d'y installer un local d'accueil pour les visiteurs et peut-être un écomusée sur les moulins et minoteries. Une étude en ce sens a déjà été réalisée en 2006.

 En face du moulin, le totem mis en place par le SMAGL (syndicat mixte d'aménagement des gorges de la Loire) affiche une image de 1910, où l'on peut voir que l'Ondaine coulait tout près du bâtiment, avant les aménagements routiers qui l'ont plusieurs fois repoussée vers l'ouest. Le totem donne aussi des explications sur la grande roue qui orne le rond-point depuis l'an 2000, et n'a rien à voir avec le moulin, mais évoque le passé sidérurgique d'Unieux.

 C/ La minoterie de 1910 apportait par rapport à l'ancien moulin deux innovations majeures :

1 – le broyage du grain par des machines à cylindres, au lieu des meules traditionnelles. Cette innovation d'origine hongroise s'est répandue en Europe et dans les pays producteurs de blé pendant le dernier quart du XIXème siècle. Il s'agit d'une machinerie plus compliquée, qui permettait d'obtenir un plus fort pourcentage de farine très pure qu'avec les méthodes traditionnelles, et que nous allons essayer d'expliquer au cours de la visite.

Cette machinerie exigeait la superposition de machines sur au moins quatre niveaux, ce qui explique la hauteur du bâtiment. Elle exigeait aussi une source d'énergie assez puissante pour actionner les multiples machines que nous allons voir.

2 – d'où l'importance de la deuxième innovation : utiliser comme moteur une turbine hydraulique qui, à hauteurs de chute et débits égaux, a un rendement bien supérieur à celui des roues classiques.

C'est l'occasion de rappeler que l'invention de la turbine hydraulique est dûe à un inventeur stéphanois, Benoît Fourneyron, l'un des premiers ingénieurs sortis de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne crée en 1816. Sa première turbine fut expérimentée en 1827 et le modèle connut un succès rapide. Par exemple, Fourneyron fut récompensé en 1846 par un diplôme de l'Université de Boston qu'il n'avait nullement sollicité. Il créa en 1850 au Chambon-Feugerolles sa propre usine de fabrication de turbines, dont il vendit des exemplaires dans le monde entier. Mais c'est une autre histoire....

Le moulin a donc fonctionné de façon très écologique avec sa turbine jusqu'à 1992, date de la fermeture du moulin lorsque M. Garonnaire, le dernier minotier, a pris sa retraite.

 D/ Depuis 1992 ?

C'est assez exceptionnel qu'après sa fermeture une minoterie conserve aussi durablement sa machinerie à peu près intacte, alors qu'il ne manque pas d'anciens moulins ruraux assez bien conservés et offerts aux visites touristiques (ici, le plus proche est celui d'Apinac).

D'autre part, il est rare en France de pouvoir visiter un minoterie avec machines à cylindres pour comprendre comment est produite la farine de notre pain quotidien, car :

  • soit la minoterie est un établissement industriel en activité : ce n'est pas un espace aisément accessible aux visites, en raison de la densité d'implantation des machines, de leur bruit et des risques liés à leur fonctionnement

  • soit elle démolie après cessation d'activité

  • soit elle est reconvertie pour d'autres usages : en raison des vibrations des machines, ce sont généralement des bâtiments assez robustes pour être réutilisés.

  • Exemple spectaculaire : la reconversion à usage universitaire des Grands Moulins de Paris (inauguration au printemps 2007), tout près de la grande bibliothèque François Mitterrand. Toute la machinerie a été enlevée, en dépit d'un projet initial qui prévoyait d'en conserver une partie à titre de mémoire et de démonstration, mais n'a pas été réalisé pour des raison de financement. De sorte qu'il pourrait être suggéré aux Parisiens eux-mêmes de venir visiter Unieux pour découvrir et comprendre le fonctionnement d'une minoterie du XXème siècle...

  •  

  • Or la modeste minoterie d'Unieux a conservé assez d'éléments pour que cette démonstration puisse se faire. En effet, ses propriétaires et leur famille ont accepté en 1999 de céder le bâtiment et ses machines au SMAGL pour que soient conservés le caractère historique du quartier et le souvenir de leur histoire familiale.

  • Le projet d'aménagement muséal mentionné plus haut ne dépend plus que d'un problème de financement et donc de volonté à la fois publique et éventuellement privée.

Pour les groupes, des visites guidées peuvent être organisées sur rendezvous  : s'adresser à l'Office de tourisme de Saint-Etienne Métropole, tel.04 77 49 39 00, fax : 04 77 49 39 05 ; ou au bureaud'accueil de Firminy : 04 77 56 30 22.
                                                                                                                                   
  
 
Nous ajoutons quelques réponses aux questions soulevées lors des visites guidées des journées "Patrimoine" de septembre 2008.

1 - Beaucoup de visiteurs regrettent que l'on ne puisse voir ni entendre fonctionner les machines, ou du moins une partie d'entre elles à titre de démonstration.
     Cela paraît difficile, à moins de trouver les moyens d'un investissement considérable. En effet :
     - l'eau n'arrive plus, le bief qui alimentait la turbine ayant été comblé : faute d'entretien, et parce que des riverains avaient tendance à le considérer comme un égout, son voisinage devenait un défi à l'hygiène ; rappelons d'ailleurs qu'avant la réalisation (années 90) du collecteur des eaux usées de la vallée de l'Ondaine, la rivière elle-même était une sorte d'égout malodorant à ciel ouvert ;
     - n'ayant pas été entretenues, toutes les machines sont irrémédiablement grippées, et de plus, aucune des multiples courroies du système ne résisterait à une remise en marche ;
     - Un fonctionnement partiel ? Les explications données aux visiteurs démontrent bien que l'ensemble des machines constitue un système dont aucune partie ne pourrait fonctionner séparément.  Ainsi en est-il, par exemple, de la complémentarité des machines à cylindres, dont chacune a une fonction particulière dans le processus de mouture ; il en va de même pour la complémentarité entre elles et le système de blutage ;
     - enfin, à supposer qu'elles puissent être remises en mouvement, il ne serait pas possible de faire tourner les machines à vide ! Car elles s'emballeraient, si on ne les alimentait pas en reconstituant le processus intégral de production de farine. Il faudrait donc les alimenter et donc restaurer le processus  complet de production...

 2 - Parmi les visiteurs, nous avons été honorés de la présence du directeur d'une grande minoterie de la région.
    S'étant fait connaître à l'issue de la visite, il a bien précisé que notre moulin n'a plus la moindre ressemblance avec les minoteries du 21ème siècle, hautement automatisées,  pilotées par l'informatique, et organisées pour pouvoir produire une grande variété de sortes de farines. Bien que voisine d'une puissant rivière, sa minoterie a dû renoncer à la force hydraulique car elle n'est plus compatible avec les exigences de régularité et de précision des machines.
     Cette brève et brillante mise au point a bien confirmé que le site de la Fenderie est un objet d'archéologie, une pièce de musée d'intérêt patrimonial, comme le sont d'ailleurs les multiples moulins à meules qu'on peut découvrir dans les campagnes françaises, et qui ont peut-être l'avantage, au niveau archéologique, d'être moins difficiles à restaurer et à remettre partiellement en marche. 

3 - Il faut redire que la conservation à titre patrimonial et touristique d'une installation comme celle d'Unieux est finalement un phénomène RARE.
     Ainsi, contrairement à un projet initial, la conversion des grands moulins de Paris en bâtiments universitaires (tout près de la Bibliothèque Nationale François Mitterrand) n'a pas permis de conserver sur place le moindre vestige des machineries mises au rebut.
     Il en est de même de beaucoup de minoteries plus modestes, dont les installations techniquement périmées disparaissent rapidement dès qu'elles sont arrêtées.

4 - reste à savoir ce qu'il adviendra de la Fenderie, sachant par ailleurs que la charpente et la toiture de l'ancien moulin (bâtiment du 17ème siècle) accolé à la minoterie ont été refaites à neuf (financements obtenus par le SMAGL, syndicat mixte d'aménagement des gorges de la Loire) en novembre 2007. Est-ce la première étape de réalisation d'un projet muséal étudié par un bureau spécialisé dans les dernières années, visant à valoriser le patrimoine industriel local ou évoquer une histoire plus générale  de la meunerie ? 
    Sous ce nouveau toit, que saura-t-on, que voudra-t-on faire ?
    L'afflux inattendu d'un si nombreux public d'origine principalement locale montre en tout cas que la question n'est pas indifférente. C'est gratifiant pour ceux et celles (personnels du SMAGL, bénévoles de l'Office de tourisme de Firminy-Ondaine, ancienne et nouvelle équipe municipale) qui, d'une manière ou d'une autre ont oeuvré depuis plus de quinze ans. pour que ce patrimoine ne sombre pas dans la ruine et l'oubli....  

     Qu'en sera-t-il dans dix ans ? 

René Commère

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