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Voici le second des trois chapitres intitulés "l'Ondaine du fer et du charbon". Le précédent traitait de "la conquête industrielle".
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B - Les habitats de la grande période industrielle (19ème et première moitié du 20ème siècle ).


       En cette période, l'essentiel des aménagements urbains reste subordonné aux intérêts de la grande industrie : on ne peut guère parler d'urbanisme au sens actuel du terme.
Ce chapitre s'intéressera aux modalités de production de l'habitat autour des installations industrielles.
Le suivant évoquera les aménagements nécessaires du milieu urbain ainsi créé, et donc la formation de ce que nous appelons aujourd'hui le cadre de vie. 

1. L’habitat ouvrier.


      Les constructions qui ont accompagné pendant plus d’un siècle la croissance démographique peuvent se ramener à quelques grands types, toujours réalisés selon le principe libéral de l’initiative privée (l’époque ignorait les règlementation et les normes, et la loi de 1850 sur l’insalubrité restait bien timide).   


     De bien pauvres maisons...
       A l’exception de quelques rares maisons héritées du passé rural, une part de l’habitat, sans doute la plus médiocre, se réalisa par autoconstruction, parfois avec l’entr’aide du voisinage.
      Sur des parcelles minuscules, dans des hameaux à l'écart des bourgs ou dans des ruelles en marge des artères les plus fréquentées, le modèle était celui des plus pauvres maisons rurales. Le grès houiller, médiocre pierre de taille, vieillissant mal et fixant la suie, leur donnait rapidement une apparence lépreuse. Elles pouvaient avoir deux niveaux, l'un et l'autre bas de plafond : au rez de chaussée, une porte d'entrée et une petite fenêtre éclairaient une cuisine-séjour ; par un escalier sombre, voire par une trappe et une échelle de meunier, parfois par un escalier extérieur, on accédait à la chambre, ou à un grenier qui en tenait lieu.   
        

    Voici par exemple à Unieux une maison dont il ne reste plus beaucoup d'exemplaires après les diverses actions d'urbanisme des dernières décennies du 20ème siècle. Cuisine-séjour bas de plafond au rez de chaussée, chambre à l'étage, accessible par un escalier extérieur ou, à l'intérieur en accédant à une trappe par une échelle de meunier. Le couple de personnes âgées qui l'occupe veille à donner de son logis une image digne. 


       Dans sa description de 1856, Th. Ogier voit surtout des maisons disgracieuses et enfumées, et stigmatise "le peu de goût" que les habitants de la vallée ont pour leur intérieur.
      Emile Zola, venu en 1900 enquêter dans la vallée pour son roman "Travail", note : "Au hasard des terrains, les petites maisons borgnes avaient poussé, plâtras humides, nids à vermine et à épidémies"....Le personnage principal du roman entre dans une maison dont " l’escalier, d’une raideur d’échelle partait du seuil même de la porte, sans vestibule. Les paliers ne sont pas larges. Si l’on tombait, prévient l’habitant, on ferait une rude culbute ! " 
     L’éradication de l’habitat insalubre, dans les opérations d’urbanisme dont il sera question plus loin, a pratiquement fait disparaître cette catégorie d’habitat à partir des années cinquante. Nous en connaissons pourtant qui ont échappé aux démolitions et sont encore habités de nos jours, par exemple autour du bourg d'Unieux.


          Des "bicoques" plus dignes ?  
      Il y avait sans doute des habitats moins sordides au temps de la "Belle époque", si l'on se réfère au témoignage de l'instituteur Gazot dans sa minutieuse monographie sur Fraisses en 1907, document manuscrit conservé par la Société d’Histoire de Firminy.
       On y apprend que grâce aux économies que leur permettent leurs bons salaires, des ouvriers qualifiés de chez Holtzer peuvent construire, seuls ou à plusieurs, une maison avec pour indispensable complément un jardin potager amoureusement soigné. Beaucoup veulent être propriétaires de leur "bicoque", dont "toutes sont, dit-il, construites sur le même modèle" : c’est alors "un logement indépendant à deux pièces, la cuisine et la chambre. Le mobilier est modeste. La propreté est méticuleuse, les cuivres et ferrures astiqués, le sol lavé. L’ouvrier rentrant chez lui laisse à la porte ses sabots." Ainsi se forme spontanément une sorte de ville-jardin ouvrière.
      Chez les artisans, l’atelier faisait souvent partie du logis. On peut encore voir dans la vallée du Cotatay l’exemple d’un logis situé au-dessus de l’ancienne forge (forge Begon), ce qui atténuait pour ses occupants les froidures de l’hiver mais les enfumait au moment de l’allumage des feux.

 

         Des immeubles "de rapport" en ville.     
       A l'initiative de propriétaires fonciers ou de commerçants, se bâtirent des immeubles de rapport, où le profit comptait plus que le confort ouvrier. Un modèle, encore présent çà et là, était le bâtiment de trois ou quatre niveaux, construit au coût minimum, avec aux étages une galerie en plein air sur laquelle s'ouvraient les appartements, par une unique porte donnant accès aux deux pièces, dont celle du fond, qui servait de chambre, n'était quelquefois qu'une alcôve. Pour la nuit, on installait s’il le fallait des lits dans la cuisine.

 


Un type d'habitat ouvrier provisoire qui a disparu
: baraquements de la rue Dorian installés par les aciéries de Firminy (baraquements Verdier) pendant la première guerre pour l'hébergement de la main d'oeuvre temporaire et célibataire,  en grande partie étrangère (il y a eu par exemple des Kabyles, des Chinois, etc), recrutée pour la production d'armements.. Certains de ces baraquements ont perduré au-dela de la deuxième guerre...




2 - Des initiatives d'entreprises pour loger leurs travailleurs.

 
     
      
La plus ancienne de ces initiatives en Ondaine, et l'une des plus anciennes en France : la "caserne"ouvrière des Holtzer à Unieux (au Vigneron) : 1861. Bien bâtie, plusieurs fois rénovée. 32 logements au départ, 24 aujourd'hui. Fresque récente symbolisant les divers métiers de la sidérurgie.



                     La même, façade ouest.
D'autres "casernes du même quartier, de moindre qualité, ont été démolies dans des opérations de rénovation urbaine
    


       Les Holtzer ont acquis quelque réputation dès 1854 pour les constructions qu'ils réalisèrent aux portes de l’usine afin de loger leurs ouvriers venus d’Alsace. Telles furent les "casernes" construites à Unieux dans le quartier du Vigneron. Celle de 1861, bien conservée, a été réhabilitée en 1973 et en 1999. Elle fait désormais partie du patrimoine architectural de la région.

      
      C’est à Roche la Molière qu’en raison de l’isolement géographique la compagnie minière dut initier une politique de construction de logements ouvriers, avec dès 1873 les dix-huit maisons de la cité du Buisson, en 1898 la cité du Pontin, et en 1902-1907 celle de Beaulieu.
       Paternalisme à double visage, avec une incontestable amélioration de l’habitat, mais un meilleur contrôle social en un temps où l’on voyait là un moyen de fixer les familles et de contrer les grèves.


       Dans les villes de l’Ondaine, les initiatives patronales de ce type ne se multiplièrent qu’après la première guerre mondiale. Le tableau joint en annexe récapitule les réalisations des compagnies minières pour la période 1920-58, dictées par l’intensification de l’exploitation charbonnière et le besoin de s’attacher la main-d’oeuvre (les aciéries cherchaient souvent à débaucher les mineurs professionnels ; pour les retenir, les compagnies minières les logeaient). Il s'agit tantôt de pavillons pour une ou plusieurs familles, tantôt de petits immeubles collectifs ; un jardin familial, dispensateur de sains loisirs et de légumes, prolonge le logis.

      
       Le plus vaste ensemble fut, au Chambon-Feugerolles, la Cité Trémollin (1920), qui était clôturée et comportait cinq types de maisons familiales. La plupart des autres sont de petites cités, éparpillées près des multiples lieux de production, aucune n'ayant l'ampleur ni la qualité urbaine de réalisations exemplaires comme celle de Dollfuss, à Mulhouse (1853-1867), ou de Meynier, le chocolatier de Noisiel en banlieue parisienne (1872), encore moins du magistral et utopique phalanstère de Guise (1859-1870). 
    
      Par leur position géographique, il en est qui traduisent la volonté d'isoler leurs habitants, comme pour leur signifier que leur existence ne peut se dérouler qu’entre le travail à la mine, la famille, le jardin et le voisinage ; le cas des Combes (1922 puis 1939-40) est sans doute à cet égard le plus significatif, mais il concernait à l’origine des mineurs polonais, immigrés en principe temporaires dont le gouvernement de Varsovie ne souhaitait pas trop qu’ils devinssent Français.

 

        Des maisons aussi pour les cadres de l'industrie.
Notons aussi l'aide accordée à des contremaîtres par certains patrons, en particulier les Holtzer, pour bâtir de solides maisons en pierre, avec chaînages d’angles et encadrements de fenêtres en pierre taillée ou en briques, comme on peut en observer à Unieux et à Fraisses.

       Dans cette dernière commune, les immeubles de la Cité Holtzer réalisée entre les deux guerres rappellent l’architecture des cités minières des potasses d’Alsace. A côté, proches du château Dorian, les villas destinées aux cadres inscrivent dans le paysage l’ancienne hiérarchie interne de l’usine (l’une de ces villas, datée de 1897, abrite depuis 1955 la Mairie de Fraisses).

       A Unieux, le long de l’Ondaine, la rue Elysée Reclus aligne, tour à tour, un intéressant petit coron et des maisons d’ingénieurs, réalisés avant la fin du siècle dernier pour les métallurgistes de Firminy.
       En face de l’ancienne usine Claudinon, au Chambon-Feugerolles, s’alignent encore les blocs d’habitation de ses ouvriers. 
      
      Ainsi, plusieurs de ces réalisations patronales restent conservées, dans la mesure où elles sont habitables dans des conditions acceptables.

 

        Une dernière phase de réalisations patronales au lendemain de la  deuxième guerre.
       De la profonde crise du logement des années d’après-guerre, datent les dernières initiatives patronales en matière d’habitat ouvrier, avant que le relais ne soit laissé à l’initiative publique. Le tableau en annexe rappelle les localisations des quelques 290 unités construites pour les charbonnages après leur nationalisation.   
       De leur côté, pour retenir et attirer la main-d’oeuvre, les Aciéries de Firminy se virent dans la nécessité de réaliser une soixantaine de logements à la cité de La Fontaine entre 1946 et 1949, avant de s’associer avec l’entreprise Holtzer pour fonder la "Familiale métallurgique", société d’H.L.M. qui livra encore, avant 1952, 182 appartements, essentiellement à Fraisses et à Unieux (aux lieux-dits l’Echo, La Périvaure, La Fontaine) et 122 autres après 1954 (à La France et aux Planches). Tout cela était pourtant loin de répondre aux immenses besoins de l’époque.

      Un autre cas, comme celui de la cité du Bec située sous les cheminées de la centrale thermique, plaçait les résidents dans d’incroyables conditions d’hygiène et d’environnement.

 


3.  De "beaux quartiers" discrets et limités

  
       Parmi les maisons de rapport, certaines étaient destinées à des locataires ayant des revenus substantiels. En centre-ville, quelquefois distingués par leurs balcons, parfois par une porte cochère, certaines destinaient aux commerçants, aux ingénieurs ou aux professions libérales des appartements plus "bourgeois".

       D’apparence bourgeoise aussi, mais rare en Ondaine, le modèle des quartiers de villas antérieures à la vague pavillonnaire des dernières décennies. Bien nommée, une "rue des villas" en est un exemple sur la colline à laquelle s’adosse l’hôpital de Firminy, au sud du centre de Firminy. Mais le nom de "Louis Loucheur" donné au discret  boulevard du quartier rappelle le caractère social de certaines de ces constructions individuelles (la loi Loucheur de 1928 favorisa l’accession à la propriété individuelle, avec des conditions d’aide particulières aux familles). Là comme à la Tardive, à Firminy, s’observent aussi quelques belles villas d’ingénieurs. D’autres villas de l’époque industrielle s’observent encore çà et là, par exemple en marge de Fraisses ou d’Unieux.

 

            
4 - Les maisons de maîtres.


        Plus voyants par leur architecture et la verdure de leurs parcs, les "châteaux" font partie du paysage industriel dont ils constituaient, en somme, les seuls espaces de qualité.  Car un patron, un directeur d’usine, ne pouvaient se permettre de résider loin de l’établissement dont ils avaient la responsabilité.
       Ainsi subistent dans la vallée quelques-unes des maisons de maîtres plus ou moins prestigieuses, qui ont été construites dans les dernières décennies du XIXème siècle par les Claudinon au Chambon-Feugerolles, les Holtzer à Unieux, les Dorian à Fraisses, les "châteaux" destinés aux directeurs de l’aciérie, dans la rue des Cordes à Firminy. Ces demeures s’ajoutent à la petite série des anciennes gentilhommières telles que celles de Paulat (où vient d'être créé en été 2009, après complète rénovation, un pôle culturel dédié aux associations d'enseignement musical) ou des Bruneaux (écomusée géré par la Société d'Histoire).
                                                                  
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       A Fraisses : le château de Pierre Frédéric Dorian, métallurgiste lié à la famille Holtzer  et député républicain.
Construit de 1867 à 1868 par Auguste Leroux.
Réhabilité et loti en appartements de standing après 1995.              
   Gambetta, Victor Hugo, amis de Dorian, y ont été reçus. Emile Zola y a séjourné en 1900 pour son enquête préparatoire au roman "Travail"
.
cf. l'article de ce blog : "Emile Zola à Unieux (février 1900) et la presse locale"
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       Lorsqu’ils ont été préservés, les parcs de ces anciennes demeures patronales, aujourd'hui ouverts au public,  introduisent de plaisants espaces de verdure dans le tissu urbain (à Firminy :  Paulat,  Les Bruneaux ; à Fraisses, le parc Marcel Constant, dont l'ancien "château" a été démoli pour vétusté).
       C’est à d’autres usages que sont voués des sites architecturaux comme le château Dorian (Fraisses), dégradé par des années d’abandon et de vandalisme après la faillite de Creusot-Loire, privé d’une partie de son parc par l’aménagement de terrains de sport, mais sauvé par une réhabilitation résidentielle en 1998, et appartenant désormais à une copropriété.
      La maison Claudinon, au Chambon-Feugerolles, a accueilli un lycée professionnel et offert à ses élèves orientés vers les métiers de l’habillement, un avant-goût des intérieurs parisiens.
        On peut encore mentionner à Firminy, au milieu d'un parc encore clos et peu ouvert au public, le château de la Marronnière construit en 1913 par le banquier Vincent.
      A Unieux, le château Holtzer héberge un couvent et un établissement d’enseignement acquis vers 1980 par les adeptes de Monseigneur Lefevre.
     Un restaurant de qualité valorise le château de Cordes et son parc boisé. Mais la maison des Crozet-Fourneyron, au Chambon, a été sacrifiée pour l’aménagement d’une zone d’activités sur l’ancien site de l’établissement industriel (voir l'article de ce blog sur "Le Chambon-Feugerolles : la halle Crozet-Fourneyron").
        A l'écart du tissu urbain, un lotissement s'est récemment emparé du parc de la villa Claudinon, à Bergognon.

                                                                                          

Annexe : Cités minières construites entre 1920 et 1958

- au Chambon-Feugerolles 
TREMOLLIN : 1920, 150 logements 
LES COMBES : 1922,  54 logements 
LES TROIS PONTS : 1923-28, 76 logements
PONTCHARRA : 1928-29, 48 logements
MAISON OUVRIERE FLOTARD (rue de l'Europe), 16 log.
MALVAL, 1941, 30 logements  (pour réfugiés à cause de la guerre)
MONTRAMBERT, 1947-48 (après nationalisation des houillères),  26 logements  
L'EPINE (idem), 1947-48, 51 logements.
CROZET (idem), 1948-50, 36 logements
LA PAUZIERE (idem), 1954-58, 50 logements

- à La Ricamarie
LA JOMAYERE (en partie sur St Etienne), 1923, 18 log
LA BERAUDIERE (idem), 1924-25, 25 log.
BEL-AIR, 1925-26, 9 log.
BAYON,1939-40, 34 log
LES COMBES, 1939-40, 12 logements complétant la cité des Combes du Chambon-Feugerolles 
LE MAS, 1949-50, 136 log
DE MARSEILLE, 1941, 20 log
DELAYNAUD, 1955-56, 68 log.
LES MAURES, rue Sadi Carnot, 1958, 13 log.

- à Firminy (après nationalisation)

Les RAZES, 1947, 30 logements 

                                          ________________________________ à suivre

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