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Pour introduire ce chapitre, une image (symbolique ?) des premières constructions sociales réalisées après la 2ème guerre  au Chambon-Feugerolles, dans le quartier de La Romière. voici deux des sept petits immeubles à trois niveaux livrés en 1949, réalisés avec élégance par le plus ancien office municipal de HLM de la vallée (fondé en 1929).
 Cliché de septembre 2009.



UN NOUVEL URBANISME SOCIAL EN VAL D'ONDAINE    

       A partir de 1954, la construction démarre dans la vallée à un rythme jamais vu auparavant dans la vallée.

     
      Est-ce le fait de maires nouvellement élus ?
     Quand il gagne en 1953 la mairie de Firminy, avec un programme prioritaire de construction de logements, Eugène Claudius-Petit arrive du ministère de la reconstruction, où il a été l’initiateur de l’aménagement du territoire, une politique visant à revitaliser la province par la rénovation du tissu industriel et le rattrapage des retards en matière d’habitat.
      Quant à Pétrus Faure, au Chambon-Feugerolles, les grandes opérations qu'il va lancer sont en continuité avec les actions qu'il avait engagées dès les années trente et poursuivies à partir de 1949.

      Ces deux personnalités, mûes par de solides principes théoriques sur l’urbanisme, sont décidées à utiliser à fond les nouvelles possibilités ouvertes par les décisions gouvernementales. En grave pénurie, et peut-être parce que l’appel de l’Abbé Pierre en faveur des mal logés a remué l’opinion en 1954, les logements furent prioritaires dans le deuxième plan national de développement économique et social. De nouvelles sources de financement ont été instituées : prêts de la Caisse des dépôts aux collectivités locales, 1% patronal, diverses formes d’aides publiques, etc... Avec la loi de 1953, l’expropriation pour les programmes immobiliers à finalité sociale ou économique peut désormais être reconnue d’utilité publique.

       Le contexte social et urbain de l’Ondaine attirant peu la promotion privée, ce sont surtout des programmes sociaux de logements collectifs qui ont été réalisés, dans le cadre d’opérations,  différentes d’une commune à l’autre par leur ampleur et leurs caractères, mais répondant simultanément à la nécessité de loger décemment la population ouvrière, de lui procurer les équipements publics (scolaires, culturels, sportifs, sanitaires)  conçus comme les prolongements indispensables de l’habitation, et de faire disparaître progressivement l’héritage insalubre.

      Avec le recensement de 1975, on put chiffrer un premier bilan des vingt-cinq premières années du demi-siècle  : à cette date, près de la moitié des 26 000 logements recensés dans la vallée avaient été construits après 1948, soit un taux supérieur de six points à la moyenne nationale. En moyenne, ce sont donc près de mille nouveaux logements qui étaient sortis de terre chaque année.


Cités-jardins et rénovation au Chambon-Feugerolles.


      Petrus Faure avait déjà été maire entre 1925 et 1940 : il rappelait qu'avant 1939, "le Chambon-Feugerolles était une des rares cités où l’on construisait des habitations, des écoles, ....où on installait parc et terrains de sports". En effet, dès 1929, année de fondation de l'Office muncipal HLM, il avait réalisé les 145 appartements H.B.M. qui ont constitué le premier noyau de la La Romière, et que l'on peut voir à proximité de la belle école Louis Pasteur commencée en 1938.
       Réélu en 1947, il allait amplifier son action, dans une succession d'opérations menées au coup par coup.  Dix ans plus tard, l’office municipal d’H.L.M. ne gérait déjà pas moins de 1200 logements, puis 2300 en 1969, et 2700 en 1976. Dans les années soixante, le Chambon était devenu une sorte de phénomène national, avec la plus forte proportion de logements sociaux par rapport à la population. Ayant devancé les communes voisines, l’office enregistrait une forte demande venant de toute la vallée, et y répondait année après année par de nouveaux programmes.

      Ceux-ci se succédèrent sur les versants méridionaux, enveloppant le noyau initial de La Romière et s’étendant autour du nouveau parc municipal du Bouchet.      
      Ainsi se réalisèrent  ces "grands ensembles" de La Romière et du Bouchet, sans oublier les autres nouveaux quartiers de La Colombière, de Gaffard, de Cotatay, de l’Epine, de la Nionnière.
     Plusieurs architectes y contribuèrent, avec des styles et des modes de construction différents, mais assez traditionnels selon les préceptes de la municipalité, qui voulait des immeubles moyens, orientés selon les courbes de niveau, d’une hauteur excluant l’usage et donc les charges de l’ascenseur, avec une couverture classique en tuiles sur charpente ; les cuisines devaient être spacieuses, en rapport avec les habitudes locales. Les appartements livrés avant 1958 étaient chauffés par un générateur individuel au charbon, en raison de la dotation gratuite octroyée aux mineurs (un chauffage individuel au gaz le remplaça en 1976-77).       
      Disposant d’espace, on put soigner le cadre de vie, en gardant autour des immeubles un environnement d’arbres et de verdure. Des lotissements pavillonnaires, enfin, complétaient le tout.

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vue aérienne des années 70 sur les ensembles La Romière et Le Bouchet. 
A : école Pasteur, incluse en 1938 dans le quartier de La Romière dont la réalisation avait débuté dès les années 30 : à droite de l'école, les premiers immeubles de cette époque. A gauche, un groupe de petits immeubles à trois niveaux date de 1949, et les barres qui font suite à gauche sont de 1951. En haut et à gauche, extensions de la Romière (début des années 50) puis en allant vers la droite, les barres du Bouchet (fin des années 50). 
B : quelques-unes des barres démolies vers 1989, dont par exemple les barres Domino (le B du milieu) et Pommereau ( le B de gauche).
C : emplacement du centre commercial du Bouchet, disparu après 1990.
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      Formellement, La Romière et Le Bouchet, avec leurs immeubles disséminés dans  un vaste cadre de verdure, formaient une cité-jardin sans doute assez exemplaire...
      Ce qui ne l'empêcha pas d'être assez vite le théatre de difficultés sociales, avec la crise de l’emploi, la présence croissante de communautés étrangères engendrant des problèmes de cohabitation, et l’aggravation de la délinquance.
      Ainsi, dès 1968, une enquête du C.R.E.S.A.L. (centre de recherches en sociologie appliquée du département de la Loire) révéla que de nombreux habitants de ces  H.L.M. aspiraient à les quitter : non seulement parce qu'on les trouvait trop éloignés du centre mais surtout parce que la vie sociale y devenait difficile.
       A cela s’ajoutèrent les effets du renversement de la tendance démographique, avec une perte de deux mille habitants dans la commune entre 1968 et 1975. Peu à peu s’accrut le nombre de logements vacants, qui étaient plus de 500 au début des années 80, et conduisirent finalement à la démolition de plusieurs barres : un total de 762 logements furent détruits dans la commune entre 1987 et 1989) ; les emplacements de ces barres, reconquis par la végétation, parfois par des jardinets, restent repérables.
  Exposé à trop de vandalisme et de délinquance, le petit centre commercial conçu par les urbanistes pour desservir cette partie assez périphérique de la cité finit aussi par disparaître pendant les années 90 (voir photos ci-dessous). 
     
      En même temps, la rénovation du centre ville allait aussi bon train, offrant d’autres choix à des résidents plus solvables, dans des immeubles généralement plaisants, au voisinage des transports en commun, des commerces et des des commodités communales, du nouvel hôtel des postes, du nouveau tribunal de grande instance, d’une grande et élégante piscine intercommunale, des espaces verts, qui renouvelaient l’aspect et les fonctions du centre.

      
      Cela ne pouvait qu’accentuer l’impression d'appauvrissement relatif des cités H.L.M., où l'on remplaça beaucoup de partants par des actifs peu qualifiés et des gens sans travail, parmi lesquels une forte proportion d’étrangers.
       A la "fracture sociale" s’ajouta dans ces cités l’impression d’une relégation géographique, rendue encore plus sensible par la double coupure qu’introduisaient entre elles et le reste de la ville la voie ferrée et l’autoroute (on verra que le grand ensemble de Firminy-vert bénéficiait d’une meilleure intégration avec le reste de la ville : au lieu d'opérations successives ajoutées les unes aux autres au fil des ans, c'est globalement qu'a été conçu au départ le développement urbain de Firminy).
 
            Il est aisé de percevoir cette différence, si l'on se donne la peine de  comparer les cheminements et itinéraires conduisant, dans chacune des deux villes, des nouveaux quartiers vers les centres. 

  DOCUMENTS                                                                                                                                                                          

Le centre commercial
du Bouchet






















Ci-dessous, ce que l'on voit aujourd'hui à la place du centre commercial 
                 
Extraits d'un reportage du 2 janvier 1993 dans l'édition Rhône-Alpes du journal LE MONDE après l'arrestation pour meurtre d'un habitant du Bouchet. Titre : "La crise sociale de la Romière et du Bouchet au Chambon-Feugerolles".

...."Choqués, par les agissements d'une minorité, les habitants les plus âgés du quartier ont très mal vécu ce nouvel acte de violence...
...Coupés du coeur du Chambon-Feugerolles par une autoroute et une voie ferrée, la Romière et le Bouchet ne présentent pas l'image rebutante et grise d'un ghetto...L'environnement est plutôt verdoyant, aéré. Aucune muraille de béton ne barre l'horizon. Sur ces pentes, les immeubles n'ont pas plus de cinq étages....Engagée depuis 1991, l'opération DSQ a permis de réhabiliter une grande partie du bâti, de restructurer les espaces verts, d'aménager ici un terrain de foot, là des jardins familiaux." 
Le journaliste écoute un jeune maghrébin qui réside dans le quartier depuis 1963 et a repris depuis six mois la gestion d'une supérette. "Avant, le quartier, c'était le paradis ; mais depuis 1977, c'est devenu un ghetto : je n'ai que cinq clients européens. Neuf clients sur dix sont d'origine étrangère....On devient racistes entre nous...Les jeunes ne trouvent pas d'emplois ; même titulaires d'un baccalauréat, ils sont refusés par les employeurs parce qu'ils habitent à La Romière-Le Bouchet. Alors, ils traînent toute la journée leur ennui dans le vase clos du quartier marginalisé"....  

A suivre. Prochaine page : sur Firminy.
R. Commère.                            

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