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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 10:18

Découvrir Unieux, ville de rencontre avec la nature.

 "Unieux, vous voyez ? - Ah ! cette rue interminable entre Firminy et les gorges de la Loire ! - Mais encore ? - Vous savez, quand on y passe, c'est qu'on est pressé de quitter la ville, d'aller se mettre au vert. Et au retour, rien à voir, rien à y faire. En plus, depuis quelques années, avec la nouvelle déviation, on passe encore plus vite..."

Imaginaire, un tel dialogue ? Pas si sûr. En traversant Unieux, beaucoup n'y voient qu'une banlieue tentaculaire de Firminy. Et arrivé au bord de la Loire, on a l'impression d'avoir laissé Unieux derrière soi, alors qu'on y est encore, côté "nature".

Présenter Unieux, c'est donc s'intéresser aux deux visages de son territoire, le vert et l'urbain.

 1 - Unieux côté nature : les gorges de la Loire et leurs abords.

Au sortir des villes de l'agglomération stéphanoise, c'est presque sans transition qu'on découvre l'environnement des gorges de la Loire. Brusquement, les vigoureuses pentes boisées encadrent les perspectives ouvertes par le fleuve. Mieux, on entre dans un site classé, et bientôt dans la réserve naturelle volontaire qui s'étend jusqu'au barrage de Grangent, où  l'impact humain est limité et contrôlé. L'étroit goulet par lequel l'Ondaine va confluer avec la Loire isole la curieuse "presqu'île" des Echandes, dont l'ancien hameau aménagé en auberge de jeunesse héberge visiteurs et touristes.

Dominé par le haut pylône du pont suspendu reconstruit en 1989 (le "pont du bicentenaire", annoncé en son temps comme un avant-modèle du pont de Normandie), le site du Pertuiset vous accueille, avec sa charge d'histoire. Jadis s'échelonnaient en effet le long de l'Ondaine des ateliers utilisant la force de la rivière : fenderie, moulins, moulinage, scierie. Passé le confluent, le port de la Noirie (noyé depuis 1957 par la retenue du barrage de Grangent ) servit à l'embarquement du charbon sur les célèbres Rambertes, avant l'avènement du chemin de fer. Après le percement du tunnel conduisant au premier pont suspendu lancé sur la Loire en 1842 (l'un des tout premiers en France, que dessina Jules Verne), l'attrait des rives du fleuve, accessibles par la nouvelle route, plus tard par le train (la ligne arriva en 1866) et finalement par le tramway (électrifié en 1906), engendra une floraison de cafés-restaurants et d'hôtels, dont la clientèle stéphanoise ne fut pas la moindre.

Si les berges noyées du fleuve n'ont plus l'attrait d'antan, les cafés et restaurants sont toujours là, près du viaduc jadis emprunté par les trains reliant Firminy à Saint-Just sur Loire, avant que la ligne disparaisse dans le lac.

Non loin, le "moulin de la Fenderie" est le dernier témoin des industries passées. Dans cette modeste minoterie, entraînée par une turbine jusqu'à la fermeture en 1991, la machinerie du 20ème siècle reste intacte : une curiosité pédagogique et touristique pour les visiteurs peu au courant de la mouture industrielle pratiquée depuis la fin du 19ème siècle avec des machines à cylindres, au lieu des meules traditionnelles des moulins ruraux.

Au sortir du bourg d'Unieux, il faut aussi découvrir la piste forestière piétonne du Dorier, aménagée en 1992 pour prévenir des incendies de broussailles tels que celui de 1984. Encadrés par leurs maîtres et par des forestiers, les enfants des écoles y ont plusieurs fois planté des arbres, pour reconstituer des morceaux de forêt. En balcon sur le lac de Grangent, cette confortable et magnifique promenade peut se prolonger sur plusieurs kilomètres, jusqu'à Saint Victor. D'où une réputation qui dépasse le cadre local, puisqu'elle attire souvent de lointains clubs de randonneurs. De là, d'amples vues panoramiques sont à découvrir si l'on gravit le sommet du Dorier (650-680 mètres). C'est plus difficilement qu'on accède plus à l'est, au profond ravin de l'Egotay, un morceau peu connu et à peine fréquenté de nature quasi sauvage.

On trouvera plus facilement, lové dans un vallon évasé, le dynamique centre équestre d'Unieux, synthèse de l'environnement rural et du loisir urbain. 

 2 - Unieux, côté ville.

C'est le cadre de vie des 8500 Unieutaires.
Si l'on en croit les conclusions d'un diagnostic social réalisé en 2004, résumé dans le bulletin municipal de janvier 2005, la plupart semblent apprécier l'environnement de leur commune, ses équipements, ses services publics et les commerces de proximité. L'impression globale est qu'on se sent bien à Unieux. Mais d'un quartier à l'autre, les avis apparaissent plus nuancés, et cela peut se comprendre si l'on s'intéresse quelque peu à leur histoire.

 - Le bourg est l'ancien centre, le village qui donna son nom à la commune lorsqu'elle a été créée en 1794 pour ses 786 habitants. Village don les fondateurs avaient bien choisi le site : sur une colline à portée de marche de la plaine de l'Ondaine, loin des risques d'inondations, et en bordure du plateau agricole et vallonné qui s'abaisse peu à peu depuis Roche la Molière. Surtout, à 475 mètres, exposé au sud et à l'abri du massif du Dorier, il jouissait d'un microclimat (toujours apprécié) qui a valu à cette partie d'Unieux le qualificatif de "perle de l'Ondaine" ou de "petit Nice", avec son ciel souvent lumineux capable de faire fructifier des vignes !

Las de payer pour restaurer l'église de Firminy, leur ancienne paroisse, les villageois décidèrent en 1828 d'en construire une. Suivirent les écoles, dont la mairie-école en 1852 (le bâtiment reconverti en habitations existe toujours).

Malgré sa position à l'écart des itinéraires qui se sont perfectionnés au fil du siècle dans la vallée, le bourg demeura le chef-lieu des multiples hameaux dispersés dans les collines, nommés sur la célèbre carte de Cassini de la fin du 18ème siècle : la Ronzière, l'Hôpital (du nom de l'ancien domaine des hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, lieu d'accueil des pélerins vers Le Puy et Saint Jean de Compostelle), Triolière, Les Planches etc...

Mais sa centralité se trouva confrontée dès le 19ème siècle à l'éclosion de nouveaux quartiers autour des usines métallurgiques. Ainsi, en 1886,  le local dans lequel les propriétaires de l'aciérie Holtzer installèrent le premier bureau de poste de la commune était à côté de l'usine, non de la mairie. 

- Loin du bourg, de nouveaux quartiers industriels.

Sur le plan urbain, l'industrialisation est à l'origine de la déroutante structure multipolaire du territoire communal, un héritage encore sensible dans la mesure où bien souvent les quartiers se connaissent mal les uns les autres, comme l'ont observé les enquêteurs du diagnostic évoqué plus haut..

Autour de l'aciérie Holtzer.
Venu d'Alsace, Jacob Holtzer installe en 1829 son première établissement métallurgique sur un bief de l'Ondaine. Un site bien repérable, puisque l'immeuble originel d'habitation et de bureaux est toujours là, avec sa belle et sobre architecture datée de 1833 par une inscription gravée sur le linteau de la porte d'entrée. Très vite renommée pour ses aciers à outils, l'usine prospère et recrute des ouvriers, parfois jusqu'en Alsace pour les plus qualifiés. Ainsi se développe le quartier du Vigneron
, à distance de marche à pied du lieu de travail. On peut encore lire dans le paysage la hiérarchie sociale de cette époque : en haut, dans son parc dominant la plaine, symbole du pouvoir et de la réussite, le "château" achevé en 1864 ; à l'écart, dans leurs jardins le long de l'Ondaine, des demeures d'ingénieurs ou de contremaîtres ; aux portes de l'usine, les "casernes" ouvrières, dont celle de 1861 (date gravée sur le porche d'entrée), la mieux conçue, a échappé aux démolitions et reste toujours habitée après avoir mérité plusieurs restaurations. N'oublions pas qu'il eut aussi au voisinage les tristes taudis observés par Emile Zola en 1900 enquêtant pour son roman "Travail".

Au 20ème siècle, la rue principale du quartier, jalonnée de commerces et desservie par le tramway (Firminy-Le Pertuiset), a été un axe d'extension urbaine linéaire en direction du bourg.

Près des aciéries de Firminy
D'autres quartiers, Sampicot, Côte-Quart, Combe Blanche
, se sont constitués aux limites sud du territoire municipal, en rapport avec les Aciéries de Firminy créées en 1853 par Félix Verdié. Relativement séparés du reste de la commune, ces lieux d'habitations ouvrières pauvrement bâties (voir encore Zola !) ont eu leur vie propre, leurs commerces, leurs multiples cafés, une école en 1888, un lavoir municipal en 1922, l'église paroissiale en 1950. La Municipalité y a développé à partir de 1961 le "Centre urbain" culturel et sportif de Côte Quart, autant destiné à l'épanouissement de la vie locale qu'à servir à tous les Unieutaires, comme cela a été le cas des tennis couverts inaugurés en 2004.

Isolé au nord-est du territoire, la Croix de Marlet est un autre quartier à tendance centrifuge, développé en rapport avec les mines de Roche la Molière toutes proches. Situé sur la ligne d'autobus reliant Firminy à Roche la Molière, aucun transport en commun ne le joint au reste de la commune.

- Les nouvelles extensions urbaines au cours du dernier demi-siècle.
C'est le temps des HLM et des extensions pavillonnaires. De classiques barres
de logements HLM accompagnent la croissance démographique de l'après-guerre et contribuent à remplacer de trop nombreuses habitations insalubres. Mais on sut éviter à Unieux de trop concentrer ces nouvelles constructions, la municipalité veillant à ce qu'elles soient réparties au plus près des quartiers et des équipements scolaires existants .

Une exception, le Val Ronzière, un quartier de 271 logements HLM créé de toutes pièces entre 1965 et 1971 à l'écart du bourg et des vieux sites industriels, avec ses écoles, son centre social, sans pour autant réussir à fixer des commerces de proximité.

Enfin, à partir des années 80 enfin, l'accélération des emprises pavillonnaires, déferlant d'abord sur les versants tournés vers la vallée avant de déborder de façon plus sporadique sur les plateaux, a contribué à garnir des intervalles vacants entre les quartiers.

Bilan
Pour donner la mesure du renouvellement immobilier, notons qu'au recensement de 1999, 75 % des 3600 logements étaient postérieurs à 1945 (département : 62 %). A parcourir les collines où se poursuit la conquête pavillonnaire, on imagine que ce pourcentage est aujourd'hui dépassé. Notons aussi qu'Unieux est l'une des rares communes de l'agglomération stéphanoise qui ait enregistré une augmentation de sa population au recensement de 1999.
 

.Afin de donner plus de cohérence urbaine à un ensemble encore désarticulé, le plan d'urbanisme des années 60 préconisait la réalisation d'un continuum bâti, tout en préservant sur les plateaux et collines de la partie orientale du territoire une bonne part d'espaces ruraux. C'est à peu près ce qui s'est fait au fil des ans, de Sampicot au Pertuiset en passant par le bourg et le Val Ronzière, sans toutefois empêcher ailleurs l'amorce d'un certain "mitage" résidentiel.

La quête d'un centre : en 1964, un nouveau site pour un Hôtel de ville moderne.
Le choix municipal se porta sur un lieu mieux situé que l'ancien bourg, tenant compte de la configuration urbaine envisagée et du futur centre de gravité du peuplement. La meilleure accessibilité joua donc en faveur d'un emplacement sur la principale artère de la circulation communale (Vigneron-Le Pertuiset).

C'est donc un hôtel de ville d'architecture résolument moderne qui a été réalisé, ce qui lui a valu d'être inscrit 2004 au titre du patrimoine du 20ème siècle. Autour de ce symbole quelque peu futuriste dans son allure corbuséenne, on souhaitait que se cristallise au fil du temps un nouveau centre ville, groupant les fonctions administratives essentielles, les principaux services, et des commerces. Vocation confortée avec les réalisations de l'Hôtel des postes (1966), du collège d'enseignement secondaire (1969), du gymnase Anatole France (1973), de la bibliothèque municipale et du CLAJ (animation jeunesse,1982). Il faut reconnaître qu'à ce jour, les services publics contribuent plus à la nouvelle centralité que les commerces, mais cela se comprend en raison des difficultés du commerce de détail. En outre, on sait que certaines évolutions urbaines demandent du temps.

Enfin, la question de la centralité a changé d'échelle avec le traitement urbain d'une désindustrialisation qui n'était pas prévue à l'origine.

 3 - La récupération urbaine des friches industrielles.

Le désengagement de Creusot-Loire, repreneur final des anciennes aciéries, a débuté en 1977 avec la vente du château Holtzer à une communauté religieuse, au grand dam de la municipalité trop impécunieuse pour l'acquérir, et dépitée de ne pas pouvoir transformer le parc en promenade publique. En 1990-91, les bulldozers rasent l'essentiel du site métallurgique Holtzer, à l'exception de quelques ateliers et de la zone des bureaux aménagée pour l'accueil d'activités tertiaires. Une nouvelle voie rapide départementale a pu être ouverte à travers les friches à la fin des années 90, soulageant l'artère centrale d'une circulation qui devenait insupportable après l'ouverture du nouveau pont du Pertuiset aux poids lourds. De part et d'autre, de nouveaux espaces ont été lotis à des établissements commerciaux (une petite partie reste encore en friche).

Surtout, la Municipalité a disposé d'espaces pour de nouveaux immeubles d'habitation, et pour créer la belle place du Vigneron, qui semble inspirée de celle de Sienne. Une naissance de Vénus, du sculpteur Albert Louis Chanut, en acier inoxydable offert par Ugine-Inox (établissement unieutaire situé dans les anciennes Aciéries de Firminy, aujourd'hui détenu par Arcelor-Mittal) orne symboliquement la fontaine de Guy Lartigue. De plus, à deux pas du "centre ville", un vaste espace de loisirs et de verdure est venu compléter le stade Buffard. Enfin, depuis 2007, une nouvelle et belle médiathèque a été construite sur une rue ouverte entre la voie rapide et l'ancienne rue principale. Tout cet ensemble paraît donc conçu pour faire désormais partie du "centre ville" initialement imaginé, mais encore assez confusément perçu, tant par les Unieutaires que par ceux qui transitent par l'ancienne route ou la voie rapide.

 

 4 - Environnement, culture et patrimoine.

Une nouvelle urbanité ne se conçoit guère sans un contexte environnemental, culturel et, si possible, patrimonial. -

L'Ondaine retrouvée

Dépassant les capacités d'initiative communale, la pollution de l'Ondaine était un grave problème, et source constante d'odeurs nauséabondes. La station d'épuration du Pertuiset (1974-77) a d'abord été destinée à traiter les eaux avant leur rejet dans le lac de Grangent. Pour qu'elle ne déshonore pas le site et ne rebute pas les promeneurs, les bâtiments techniques ont été conçus dans le style des constructions régionales, et un strict avec un cahier de charges a imposé l'élimination absolue des odeurs. Au passage le long de la station, des panneaux illustrés renseignent sur son fonctionnement.

Mais il a fallu attendre la mise en service d'un collecteur dans toute la vallée, en 1994, pour que l'Ondaine cesse d'être un malodorant égout à ciel ouvert. Dès lors, les truites absentes depuis belle lurette sont de retour.. 

 

L'animation culturelle.
Impossible de détailler ici les initiatives culturelles et sportives Unieutaires, sous l'impulsion de la Municipalité et de nombreuses associations. Le fait le plus marquant par son prestige est le festival des lauréats de la Fondation Cziffra, lancé en 1994, qui renouvelle à chaque printemps des prestations musicales exceptionnelles. Mais il faudrait aussi évoquer, dans des locaux accueillants, des expositions très appréciées comme clles des artistes locaux, Enfin le cinéma de Côte Quart (le Quarto) projette confortablement les films à la mode et propose occasionnellement un florilège de spectacles.
 

 

Et le patrimoine ?
Le classement de l'Hôtel de ville a ravivé la question du patrimoine, d'autant que tout près se situe l'ensemble Le Corbusier de Firminy, promis à un classement par l'UNESCO dans le patrimoine de l'humanité, et dont l'église, depuis son inauguration en 2006, est devenue un pôle important d'attraction culturelle et touristique.

Il serait faux de penser qu'en dehors de l'Hôtel de ville, il n'existe rien à Unieux. On peut considérer les témoins de la brillante histoire métallurgique initiée par Holtzer, dont les aciers eurent dès 1870 une réputation internationale. Dans le paysage, il en reste ce qui a été mentionné à propos du quartier du Vigneron (voir ci-dessus), particulièrement le château Holtzer, du second empire, contemporain de la caserne ouvrière, un des plus anciens spécimens d'intervention du paternalisme patronal en matière d'habitat. Il faudrait y rattacher ce qui existe à Fraisses (château Dorian, cité Holtzer, laboratoire de 1931).
Si les ateliers décrits par Zola ont disparu, et s'il est trop tard pour regretter que le laminoir arrêté en 1989 n'ait pas pu être conservé comme témoin technique et inspirateur d'une page littéraire, du moins a-t-on su valoriser son volant d'inertie, trop massif pour être évacué par les bulldozers de la démolition, en l'installant au centre du rond-point situé devant le moulin de la Fenderie. Des images de l'ancienne usine ornent son support. Un panneau rappelle le passé métallurgique révolu.

Conservé aussi, par un heureux concours de circonstances, le moulin de la Fenderie, dont on s'aperçoit qu'il constitue un des très rares témoins en France de la minoterie du 20ème siècle. L'expérience touristique nous a appris que les visiteurs, à condition de franchir le seuil et de se donner quelques minutes pour suivre le guide, vont de découverte en découverte à mesure qu'ils montent les étages et se font expliquer le fonctionnement de l'installation. Sait-on qu'aux Grands Moulins de Paris (proches de la Bibliothèque François Mitterrand), en cours de reconversion pour l'Université de Paris VII, on va renoncer par manque de moyens à conserver en état de marche une colonne de machines qui aurait pu être destinée à des visites techniques et touristiques ? On pourrait donc venir à Unieux pour voir une minoterie. D'autant plus qu'une toiture toute neuve a recouvert en 2007 la  partie la plus ancienne du site, celle du moulin antérieur au 20èmes siècle.

Deux mots sur les murs peints consacrés à des souvenirs d'histoire industrielle. A Sampicot, c'est un atelier d'usinage photographié en 1918 chez Holtzer. Au Vigneron, sur le pignon nord de la "caserne", ce sont des évocations stylisées de machines sidérurgiques.

Reste ce grand édifice incrusté dans le paysage au sud d'Unieux, à la limite de Firminy : la tour de trempe construite dans les années trente par les aciéries de Firminy. C'est une construction d'un type unique en Europe, et peut-être dans le monde, ce qui justifierait son adoption comme élément de patrimoine, sans compter la forte signification identitaire qu'il peut avoir localement. Car le patrimoine, tel qu'on le comprend dans le cadre des "journées patrimoine", ce sont des biens reconnus et appropriés par la collectivité pour leur valeur historique, esthétique ou culturelle. Or on sait que les peuples sans mémoire n'ont pas d'avenir.

 Alors, si vous passez par Unieux, ne pensez-vous pas que cette ville, moins banale qu'il ne semble, mériterait un peu plus d'attention ?

 René Commère.

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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 10:07
 

Note de René Commmère sur la tour de trempe
située dans l'usine Aubert et Duval (anciennement : Tecphy, et avant 1983 : Creusot-Loire)
Communes de Firminy et Unieux

Un élément de la mémoire industrielle.

Ce sombre et vertical édifice, ancré dans le paysage des habitants de la vallée de l'Ondaine, peut sembler insolite aux nouveaux arrivants et aux visiteurs qui peuvent le découvrir depuis la passerelle de la gare SNCF de Firminy. Il ne s'offre à la vue qu'à distance, puisqu'il se dresse au coeur d'un ensemble de bâtiments industriels plus ou moins anciens. Si beaucoup savent sans doute qu'il n'est plus utilisé actuellement, il n'est pas sûr que chacun comprenne au juste quelle a été son utilité dans le processus industriel. Il n'en est pas moins un témoin unique en son genre, spectaculaire et quelque peu mystérieux, d'une longue histoire métallurgique (cf. mon ouvrage : "Mémoires d'acier en Ondaine, publié en 2000 par les éditions de l'Université de Saint-Etienne).

 Pourquoi fut-elle édifiée ?

Sa construction remonte au début des années trente (achèvement en 1935). Situées loin des frontières menacées, riches d'un savoir-faire industriel séculaire dans le travail du fer, les aciéries de Firminy, fondées en 1854 par Felix Verdié, ont le soutien de la Défense Nationale pour se doter d'un équipement permettant la trempe des pièces de grande longueur forgées en acier dans l'usine, essentiellement des canons de marine et les arbres de marine exigeant une élaboration de grande précision. Il est donc nécessaire d'éviter les déformations en cours de traitement, d'où le choix d'un processus de trempe verticale, en plaçant côte à côte un four de chauffe par résistances électriques et une fosse de trempe, profonds chacun de 31 mètres, avec un diamètre d'environ 5 mètres. Pour dresser les pièces, et les déplacer du four à la fosse, un treuil de 150 tonnes et un pont roulant sont perchés au sommet de la "tour" (en fait, une halle verticale), haute de 53 mètres. Au sol, une surface allongée de 24,4 mètres sur 10 est nécessaire pour les manipulations.

Tant par sa forme que par les fabrications qui l'ont impliqué, cet ensemble a donc constitué l'une des originalités fortes de l'usine de l'Ondaine. Il a représenté un dispositif jamais égalé dans la région stéphanoise, et d'une dimension rarement atteinte  dans le monde. Il semble du moins qu'elle n'ait pas d'équivalent en Europe.

 

Architecture.

La tour est accolée à la halle des traitements thermiques, édifiée en 1913, longue de 170 mètres sur 24 m. de large, dont elle constitue l'extrémité occidentale et sur laquelle elle est largement ouverte.

La réalisation a été confiée à "Constructions métalliques et entreprises" (C.M.E.), ancien établissement Dérobert, Lyon.

C'est une prouesse de construction métallique. L'ossature métallique est faite d'un assemblage de poutrelles de fer riveté, avec une base renforcée par des moellons cimentés. Le sommet doit pouvoir supporter pour les manipulations une charge de 150 tonnes, non compris le poids propre du treuil et du pont roulant. Les façades se répartissent entre :

- des moellons

- un habillage en tôles ondulées d'acier de construction (norme AFNOR XC 38), à 0,8% de cuivre devant ajouter de la souplesse.

- de grandes baies vitrées aux niveaux inférieur, moyen et supérieur.

 

Productions les plus notables

 - canons de marine : pour les cuirassés "Dunkerque"(1935), "Strasbourg", le "Jean Bart, le "Richelieu", des "tubes" de canon de 330 à 380 mm. de diamètre, atteignant jusqu'à 22 m. de long et pouvant tirer des obus d'une tonne jusqu'à 25 kilomètres. Ces tubes étaient monoblocs, entièrement réalisés par l'aciérie, depuis la fusion de l'acier (fours Martin ou fours électriques à arc) jusqu'à l'usinage. A noter que l'usine fabriqua aussi les obus, que l'on numérotait car il fallait les tirer dans un ordre donné, pour tenir compte de l'usure du "tube" à chaque coup....

- arbres de marine ou "arbres de ligne". Dans les bateaux, c'était la pièce la plus longue, allant des machines jusqu'à l'hélice. Sur un bateau de 200 m., l'arbre mesurait 100 m. On le faisait par éléments de 20-25 m. Sont ainsi sortis de Firminy les arbres du "Foch", du "Clémenceau" (refaits à Firminy en 1976 et en 1982) , de la "Glissonnière", du porte-hélicoptère "Jeanne d'Arc". Un arbre de marine mesure 400 mm. de diamètre. Il est foré à l'intérieur. Il exige des caractéristiques mécaniques bien précises, et surtout de ne pas être exposé au risque de déformation.

 Le fonctionnement

Le four vertical était divisé en 14 zones de chauffage électrique, dont 12 seulement étaient équipées. Le chauffage absorbait une puissance d'environ 1500 kvh.

Les pièces à tremper étaient forgées à partir de lingots étirés à la presse. De plus, en cours d'usinage, plusieurs trempes pouvaient être nécessaires pour "adoucir" le métal : c'était le "recuit", ou le "revenu" précédant la finition.

La pièce arrivait sur des wagons. Depuis le pont, on l'amarrait et on la soulevait pour la mettre en position verticale. Avec des étriers et des cales, on la suspendait, puis on la descendait dans le four qui avait été préchauffé pendant 5 à 6 heures. L'étrier supportait tout le poids de la pièce pendant qu'elle s'échauffait. La montée en température durait environ 6 heures, suivies d'un maintien en température de 2-3 à 4-5 heures suivant l'épaisseur de la pièce, pour être sûr d'avoir une température égale sur toute la pièce.

A la sortie du four, pour aller vers la trempe, il fallait faire le plus vite possible, sauf pour déplacer la pièce, car on devait éviter l'effet de balancier. Ensuite, la descente dans le bain de trempe devait être rapide. Il faut s'imaginer l'effet de geyser quand la pièce chauffée à environ 875 degrés, surtout si elle était creuse, entrait en contact avec le liquide froid !

A noter que le four et la fosse de 31 m. n'avaient pas été fabriqués pour fonctionner en permanence. Ils servaient à traiter des pièces très spéciales pour lesquelles les autres aciéristes n'étaient pas équipés. Donc ils ne servaient que quand on en avait besoin, tandis que les autres fours de traitement thermique (un vertical de 11 m et une dizaine d'horizontaux), étaient utilisés de façon plus continue.

Faute de document précis sur l'arrêt de ce fonctionnement, des témoignages oraux le situent vers la fin des années 70. Pour des raisons de coût et de sécurité, l'évolution s'est faite vers la généralisation des opérations en position horizontale, avec pour corollaire l'allongement des bâches de trempe, et l'installation d'une "presse à arcade mobile" destinée à "dresser" c'est-à-dire à rectifier et à uniformiser les épaisseurs. A noter aussi que le marché évolue : les bateaux modernes (exemple le Queen Mary II) n'ont plus le système traditionnel de motorisation, avec leurs moteurs proches des hélices (elle-mêmes orientables).

Mais l'installation demeure...Actuellement, les puits servent à l'entraînement des pompiers ...et les pigeons s'en servent comme colombier. Aux dires d'un ingénieur de l'entreprise, sa remise en service pourrait être envisagée si l'entreprise devait satisfaire une commnade importante répondant à des critères ès spécifiques d'élaboration, exigeant une trempe en position verticale. En quelques mois de travaux, la remise enmarche intégrale serait possible.

Conclusion

Cet édifice suscite depuis quelques années une attention et un intérêt nouveaux. Même si sa valeur symbolique prend plus de poids que son intérêt esthétique, il entre de façon originale et unique dans le catalogue des formes et dimensions architecturales qui ont caractérisé l'équipement industriel du 20ème siècle. S'ajoutera-t-il un jour à la liste des monuments historiques du bassin de Firminy ?

 * Quelques informations sur l'architecture et le fonctionnement sont empruntées au mémoire non publié de M. Mathieu BLANCHARDON (DESS gestion et valorisation du patrimoine industriel), Université Condorcet, Le Creusot, année universitaire 2001-2002. Il s'appuie lui-même sur des entretiens avec M. Léon Glénat, ancien chef du service de contrôle de l'usine de l'Ondaine (1950-1980) et avec M. Pierre Laurençon, ancien chef du service de pyrométrie dans la même usine (1952-1979).

- dans un autre "blog", à paraîttre bientôt, vous pourrez trouver copie intégrale d'un document technique inédit datant de 1935 dont un exemplaire dormait dans un tiroir de la Mairie d'Unieux, et fut heureusement sauvé par une secrétaire lorsqu'elle vida son bureau au moment de partir à la retraite.

- Que ce soit aussi l'occasion de remercier à nouveau la Direction locale d'Aubert et Duval pour avoir autorisé et accompagné en mai 2007 une visite de l'édifice par les stagiaires en formation du CILAC (association qui édite notamment le périodique semestriel :"Archéologie industrielle").

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 10:11
 

Etiré sur une dizaine de kilomètres, le couloir urbanisé du val d'Ondaine, partagé entre les municipalités de La Ricamarie, du Chambon-Feugerolles, de Firminy, Fraisses et Unieux, constitue l'aile occidentale de l'agglomération stéphanoise.

Depuis deux siècles, l'effet conjugué de l'industrialisation et des dynamiques urbaines n'a cessé de métamorphoser ses paysages. A côté d'une foule d'ateliers artisanaux disséminés jadis dans le tissu urbain, celui-ci a été marqué par de puissantes installations minières et métallurgiques, sans oublier les centrales thermiques et l'imposante et odorante cokerie du Chambon-Feugerolles. De tout cela, une bonne partie a disparu au cours des dernières décennies, conséquence compréhensible de politiques consistant à faire place nette pour permettre l'installation de nouvelles entreprises et le maintien de l'emploi. Pour les générations nées après 1970, ce dont il ne reste plus de trace n'a pas existé, et il faut bien reconnaître qu'au moment des changements de décor, la plupart des anciens n'ont guère exprimé de regrets ou de nostalgie.

 Cela dit, quels témoignages de son histoire industrielle peut-on encore repérer dans l'espace urbain du val d'Ondaine ?

 PATRIMOINE MINIER

 Seuls deux chevalements peuvent témoigner de l'ancienne exploitation charbonnière, qui en a compté près d'une vingtaine. La masse de béton du plus majestueux et qui fut le plus moderne du bassin, le puits Pigeot, a disparu au début des années 90.

 Le Chambon-Feugerolles a conservé, comme juché sur un rond-point, le puits du Marais. En 1998, son emplacement sur un futur site de carrefour incita la Municipalité à le valoriser comme monument, au seuil du parc d'activités Pigeot-Montrambert aménagé sur d'anciens sites d'extraction. Cela valut à la commune l'attribution par le Sénat, en 2002, du prix "Territoria" dans la catégorie "Aménagement et urbanisme". Seul rescapé du passé minier de la commune, ce chevalement peut intéresser par sa structure métallique de style 1900, et l'originalité de son toit à quatre pans bordés de festons. Ainsi est conservé ce spécimen d'archéologie minière, unique en son genre avec ses deux molettes desservant chacune un puits au milieu duquel des rails fixés sur des poutres métalliques guidaient le mouvement des cages : séparation permettant la circulation de deux fois deux cages, actionnées à partir de deux salles de machines autrefois situées de part et d'autre du chevalement, mais démolies en 1987. Bien assis sur sa butte gazonnée, entouré de quelques témoins de l'outillage du mineur, l'édifice désormais solitaire peut faire penser à un insolite décor théatral, devant lequel il faut un effort d'imagination pour se représenter la réalité de l'ancien environnement minier : un puits foncé à partir de 1903 par la Société des Mines de Montrambert-La Béraudière, et plusieurs fois approfondi au cours du siècle, jusqu'à 840 mètres de profondeur en 1950 (320 m sous le niveau de la mer). Après 1957, du fait de la concentration de l'extraction au puits Pigeot de La Ricamarie, le puits Du Marais ne sert plus qu'au remblayage, à l'aération et au secours, jusqu'à la fermeture en 1983. Pour l'anecdote, le résultat est tel que des pesonnes nouvelles venues dans la vallée ont cru que l'édifice avait été transféré à partir d'un autre site !

 A La Ricamarie, le puits Combes est désormais inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Situé à l'écart de la ville dans un écrin de verdure, ce chevalement n'est guère représentatif des images minières traditionnelles. Dernier né du bassin stéphanois, c'est avec les crédits du plan Marshall qu'il fut construit en béton en 1951, sur un site où le charbon a été repéré et sommairement exploité depuis 1935. Comme les mineurs étaient amenés par car, il n'y a pas de cité d'habitation à proximité. L'exploitation a atteint 469 mètres de profondeur et obtenu pendant une dizaine d'années les plus forts rendements de la région, avec 1000 à 1200 tonnes par jour, acheminées vers le criblage du puits Pigeot par un convoyeur à bande. Puis la concentration de l'extraction au puits Pigeot ne lui laissa qu'une fonction d'exhaure et de service ; le convoyeur est démoli en 1973. L'activité a cessé en 1983.

 Restent aussi comme éléments visibles du patrimoine minier plusieurs cités d'habitation. Parmi elles, la petite Cité des Combes, partagée entre La Ricamarie et le Chambon-Feugerolles, mérite une particulière attention. Comme on le sait, l'exploitation charbonnière traditionnelle exigeait que l'habitat ouvrier fût situé au plus près des puits. D'où la dispersion des nombreuses cités héritées du passé minier.

Mais il faut expliquer l'isolement géographique volontaire de la cité des Combes, construite au début des années vingt près des mines mais à l'écart de la ville, comme reléguée au pied d'un versant. Destinée initialement à des mineurs polonais, son site résulte du contrat passé entre leur gouvernement et la Compagnie, stipulant qu'ils devaient être tenus à l'écart de la population locale, de manière à garder leur langue, leur culture, en vue d'un retour assuré au pays. Lorsque l'ouvrier polonais arrivait de son pays avec une épouse, il pouvait l'installer dans une petite maison du nouveau village. Des documents racontent le bonheur de trouver, à la place de la terre battue de la ferme d'origine, des salles dallées, l'eau courante, et la disposition d'un jardinet. Avec le temps, cette mise à l'écart n'a pas empêché l'intégration, résultat de la solidarité ouvrière, de l'éducation des enfants, de la participation à la Résistance pendant la deuxième guerre. En fait, de nos jours, la composante polonaise exclusive n'est plus qu'un souvenir. Reste à voir l'originalité de ce village, fait de maisonnettes disposées en ovale autour d'un espace vert communautaire sans rue carrossable, la circulation restant périphérique ; quatre modèles de maisons devaient éviter la monotonie et la raideur habituelle des corons.

En 2001, la première chaîne de télévision polonaise a retenu ce site pour un reportage sur les lieux de travail et d'habitat de ces immigrés...mais la première personne rencontée les détrompa sur son origine, leur disant qu'elle était espagnole...

 Autre élément du paysage, les crassiers, appelés terrils dans d'autres régions. Dominant La Ricamarie, on ne peut manquer de repérer le grand crassier Saint Pierre, encore capable d'émettre après la pluie des nuages de vapeur, parce qu'à l'intérieur subsistent des déchets de charbon en combustion lente. Le Géant Casino qui déploie ses surfaces de vente et ses parkings entre La Ricamarie et Saint-Etienne valorise autrement l'immense crassier horizontal de deux anciens sièges d'extraction, opportunément situé non loin d'un important échangeur de voie rapides.

Non loin, le complexe sportif de la commune valorise des terrains que leur sous-sol, miné par l'exploitation charbonnière, rendait peu aptes à recevoir des constructions lourdes. Ainsi, même disparue, la mine commnade-t-elle encore indirectement l'organisation de l'espace urbain. On en trouve un autre exemple à Firminy, où le jardin public occupe depuis les années vingt un ancien site minier inconstructible.

 Il faut enfin mentionner deux monuments fortement symboliques de La Ricamarie : d'une part le monument commémorant la fusillade du Brûlé (1869), réalisé en 1989 sur le lieu du drame qui eut alors un retentissement national et inspira une partie du Germinal de Zola : se croyant prise en embuscade, l'escorte militaire d'un convoi de mineurs grévistes arrêtés et conduits vers la prison de Saint-Etienne ouvrit le feu sur les compagnons, femmes et enfants des grévistes qui réclamaient au leur libération : quatorze tués dont les noms gravés dans le métal rappellent que parmi eux, il y eut une femme et un bébé.

L'autre monument, devant la Mairie, est la statue de Michel Rondet, qui milita dès le Second Empire pour la dignité des mineurs, participa à la Commune de Saint-Etienne, et organisa la fédération nationale des syndicats de mineurs.

 

PATRIMOINE METALLURGIQUE.

 La profonde vallée du Cotatay, affluent méridional de l'Ondaine, a été l'un des berceaux du travail du fer en région stéphanoise : en 1860, une trentaine d'établissements captaient encore l'énergie hydraulique pour battre, aplatir, aiguiser le métal. Au débouché dans le val d'Ondaine, les vestiges de l'usine Jourjon et de ses habitations ouvrières deux fois séculaires ; un peu plus en amont, le site où vinrent d'abord s'installer -avant 1830 – les Holtzer avant de fonder à Unieux de qui allait devenir une prestigieuse aciérie. Bassins de rétention (appelés écluses), vannes, canaux, jalonnaient les berges du torrent. Un passé industriel qui n'a pas disparu sans laisser de traces, telles ces digues retenant jadis l'eau, et ces bassins souvent reconvertis en jardins, sans oublier quelques demeures héritées de ces temps révolus.

A Unieux et Fraisses, les Holtzer sont présents, non seulement dans les quelques bâtiments industriels encore utilisés, mais aussi avec leur première maison, à la fois demeure et siège administratif, dont le linteau rappelle la date : 1833. Non loin, se font presque face  la  caserne ouvrière datée de 1861 (donc contemporaine du familistère de Guise), remarquablememnt conservée, et la maison de maître, appelée "Château Holtzer", de la même période, nichée sur le versant dominant l'usine et à l'orée de son parc. Gendre de Holtzer et député républicain de la Loire, le métallurgiste Dorian a édifié à Fraisses sous le Second Empire un autre château témoignant de sa propre réussite industrielle ; le château Dorian a eu d'illustres visiteurs, en particulier Emile Zola en 1900. Et dans cette commune, autour de l'actuelle mairie, la cité Hotzer réalisée après la Grande Guerre dans une architecture rappelant des cités ouvrières alsaciennes est un autre jalon de l'histoire ouvrière de la vallée.

De l'ancienne usine Holtzer, et de ses agrandissements au cours du 20ème siècle, il reste quelques éléments, après la démolition de ce qui fut jusqu'aux années 70-80 le coeur de l'établissement métallurgique (fonderies, forges, laminoirs etc...). A Fraisses, il faut voir dans le  parc de la Gampille l'élégante bâtisse du laboratoire de recherches métallurgiques, construit au début des années 30 et qui perpétua jusqu'à la dernière décennie du 20ème siècle la tradition locale de l''invention et de l'innovations en matière d'aciers alliés. Plusieurs PME de services et de haute technologie se le partagent aujourd'hui.

Dernier vestige de l'ancien laminoir à chaud, les 36 tonnes de fonte d'un massif volant d'inertie, juchées depuis l'an 2000 sur un socle de béton, ornent à Unieux le rond-point du Pertuiset, près des gorges de la Loire..

 L'essentiel des bâtiments conservés des anciennes aciéries Firminy se rassemble autour de la tour de trempe, sur un site partagé entre plusieurs établissement et entreprises : Aubert et Duval (sidérurgie : aciérie électrique, forge et usinage de grosses pièces longues) ; Clextral (machines à extruder et pompes industrielles à hautes performances) ; Imphy-alloys (laminoir à froid, filiale de Mittal Arcelor). Un établissement d'enseignement supérieur occupe les anciens bureaux de direction de l'usine de l'Ondaine, construits en 1953. Les locaux de l'ancien Comité d'Entreprise réalisés au temps de la CAFL (1953-70) et de Creusot-Loire (1970-83) : pharmacie mutualiste, cabinet médical, bibliothèque, restaurant d'entreprise etc.., sont réemployés par divers services intercommunaux regroupés dans une Maison de l'Ondaine.

 Au Chambon-Feugerolles se dresse encore la grande halle aux immenses verrières de l'ancienne entreprise Crozet-Fourneyron, qui fut au 19ème siècle l'inventeur de la turbine hydraulique et en produisit pour le monde entier.

De l'ancienne usine Claudinon, autre sidérurgiste ayant marqué l'histoire de la ville (fermeture en 1953), la municipalité a aménagé en salle de fête et de réunions une ancienne halle d'usinage rebaptisée La Forge.

 Bien entendu, d'autres sites pourraient encore retenir l'attention, notamment en matière d'habitat : les cités ouvrières à elles seules justifieront un prochain article..

Il faut aussi mentionner à Firminy, à l'Ecomusée des Bruneaux, l'intéressant musée de la mine réalisé dans les dépendances et le sous-sol d'une demeure bourgeoise du 18ème siècle. Si l'emplacement n'est nullement authentique, le matériel mis en place pour reconstituer en grandeur réelle des galeries de différentes époques a été extrait des mines au moment de leur fermeture, et installé bénévolement après 1970 par d'authentiques mineurs.

René Commère

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 10:28

par René Commère.

      A la demande d'un adhérent du CILAC travaillant sur les manuscrits de Zola déposés à la Bibliothèque nationale, j'ai recherché aux  Archives départementales de la Loire si le séjour d'Emile Zola au château Dorian de Fraisses et ses visites aux ateliers de l'usine Holtzer d'Unieux, du 1er au 3 février 1900, avaient eu un écho dans la presse locale. 
     
Pourquoi cette visite ?
     Je rappelle au préalable que cette visite avait été sollicitée par l'écrivain auprès de famille Ménard-Dorian pour se documenter en vue de son roman "TRAVAIL", paru en mai 1901 ( réédité en 1993 par L'Harmattan dans la collection : "les Introuvables").  Ce roman était le second des trois ouvrages de la série "Les trois Evangiles" qu'il avait entrepris pendant qu'il s'était exilé en Angleterre  pour échapper à sa condamnation à la suite du "J'accuse" paru dans l'Aurore  le 14 janvier 1898.

La grande notoriété de Zola en 1900
     Ajoutée à sa réputation déjà faite d'écrivain, cette implication dans l'affaire Dreyfus et son récent retour d'exil après qu'ait été cassé le jugement contre l'officier ne pouvaient manquer de lui conférer une certaine célébrité dans les "médias" de l'époque.
     En conséquence, on peut s'attendre à ce que la presse stéphanoise, à la fois écho de la vie locale et riche en informations de niveau national, n'ait pas laissé passer un "scoop" tel qu'une visite de l'écrivain doublement célèbre, parce que  scandaleusement immoral pour les uns, mais pour les autres un peintre remaquable des réalités sociales et devenu, avec l'affaire Dreyfus, le courageux défenseur d'un bagnard injustement condamné.

Le silence de la presse locale
     Vérification faite en consultant les journaux de la dernière semaine de janvier et de la première quinzaine de février 1900 : il n'en a rien été. Aucun écho. Je n'ai certes consulté attentivement que "Le Mémorial", quotidien de droite et résolument anti-Dreyfysard, et la "Loire Républicaine", son opposé, ainsi que l'hebdomadaire "L'Echo des quartiers", constatant assez rapidement que les journaux s'informant les uns les autres, je pense que si l'un d'eux avait eu connaissance de la visite, elle aurait fait au moins l'objet d'un entrefilet auquel d'autres auraient fait écho.
     Aucune trace, donc, du séjour de Zola. Et pourtant les chroniques locales (comptes-rendus d'accidents même mineurs dans les industries ou  sur les chaussées, commentaires de conférences, ou de larcins etc...) sont assez détaillées et couvrent les différents arrondissements du département.

Elle a pourtant publié des articles sur Zola quelques jours avant   
Par contre, les numéros des 24 et 25 janvier et du 1er février du Mémorial exposent assez largement dans les colonnes d'informations générales l'affaire Judet-Zola ; dans les premiers, il est rendu compte des résultats de l'enquête publiée dans l'Aurore par Zola sur son père, outrageusement calomnié par M. Judet pendant l'affaire Dreyfus, et du fait que l'auteur y annonce son intention de consacrer un livre à François Zola. ; le n° du 1er février rend compte des conclusions du procès correctionnel, en principe  favorables à Zola (les dénonciations sont "calomnieuses"), tout de même condamné à verser à M. Judet des dommages-intérêts, sur quoi Zola fera appel.
La Loire Républicaine du 21 janvier rend aussi compte des attaques de Judet contre Zola et son père dans Le Petit Journal, et conclut :" Toute cette guerre d'insinuations et de petits papiers est bien écoeurante".

Donc, si ces journaux avaient été informés de la visite de Zola, après en avoir parlé deux fois les semaines précédentes, je pense qu'ils n'auraient pas laissé passer la nouvelle. Il est probable que Zola a voulu venir et ses hôtes le recevoir  incognito.

Quelques repères chronologiques :

14 janvier 1898 : " J'accuse", dans l'Aurore.
23 février 1898 : Zola condamné pour diffamation
2 avril 1898 : condamnation annulée pour vice de forme
9 juillet : nouvelle condamnation (15 jours de prison avec sursis et amende)
1er août : Zola s'installe en Angleterre
3 juin 1899 : la Cour de cassation annule le jugement de 1894 contre Dreyfus
5 juin 1899 : retour de Zola en France
19 septembre 1899 : Dreyfus grâcié
5 octobre 1902 : funérailles de Zola. Discours d'Anatole France : "Envions-le, sa destinée et son coeur lui firent le sort le plus grand ; il fut un moment de la conscience humaine"
12 juillet 1906 : la Cour de cassation annule tous les jugements sur Dreyfus et reconnaît que ses condamnations ont été prononcées à tort
13 juillet 1906 : Dreyfus est réintégré dans l'armée
21 juillet 1906 : Dreyfus chevalier de la Légion d'Honneur

4 juin 1908  : les cendres de Zola sont transférées au Panthéon. Mais les passions ne sont pas éteintes : le journaliste Grégori tire deux balles sur Alfred Dreyfyus, qui est blessé au bras.

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 18:00

      Nouveau venu sur ce blog, je m'appelle René Commère.
     J'ai été pendant dix ans, de 1997 à 2007, président de l'Office de Tourisme de Firminy-Ondaine-Gorges de la Loire, activité bénévole au service des patrimoines de ce territoire, de leur connaissance et de leur valorisation.
      Si l'une des grandes passions liées à cette activité s'est portée sur le site Le Corbusier de Firminy, il était et reste tout aussi utile, nécessaire et intéressant d'inventorier et de valoriser au mieux la multiplicité des richesses et témoignages patrimoniaux à travers lesquels se raconte l'histoire de la vallée. En particulier, pour ma part, j'ai maintes fois fait apparaître l'importance de tout ce qui constitue le patrimoine industriel, dont la rapide désindutrialisation de la vallée à la fin du siècle dernier a gommé quantité d'éléments, aujourd'hui disparus du paysage, avec pour conséquence un risque déjà perceptible d'amnésie collective qui ne pourra que s'accentuer à la prochaine génération. 
      Bien sûr, avec les adhérents actifs de l'Office de Tourisme (anciennement "syndicat d'initiative"), nous n'avons pas été seuls à cultiver cette mémoire, sans laquelle la vallée ne serait plus qu'un banal territoire urbain comme le sont tant de banlieues.
     C'est dans un esprit de coopération , voire de partenariat, que nous avons eu et gardons de cordiales et fructueuses relations avec des associations telles que les Sociétés d'histoire de Firminy et du Chambon-Feugerolles, des enseignants motivés, des élus municipaux attentifs à ce qui contribue à l'identité d'un territoire.

     Mon souhait est que le regroupement des anciens offices de tourisme dans le nouvel Office Communautaire de Saint-Etienne Métropole, réalisé à la fin de 2007, ne tarisse pas l'état d'esprit qui nous a animés.
     Il faudrait aussi que ces "militants" désintéressés du patrimoine voient se rajeunir leurs rangs, pour compenser l'érosion du bénévolat déjà ancien par le vieillissement. A noter que le même problème se manifeste dans les associations telles que les sociétés d'histoire.
      Au cours du dernier semestre, j'ai eu le bonheur de constater à cet égard des prémices de renouvellement, en particulier à l'initiative d'enseignants auxquels il faut rendre hommage : ainsi, une équipe motivée du lycée Holtzer va-t-elle prochainement présenter sous forme d'une réalisation vidéo le résultat d'un travail sur les patrimoines et l'histoire de Firminy ; à Unieux, dans l'hiver, ce sont des élèves du collège, en coopération avec des personnes du monde associatif animées par le Centre Social, qui ont réalisé une vidéo d'interviews sur la vie d'autrefois dans la commune. L'an dernier, un autre équipe du lycée Holtzer a présenté à la Maison de la Culture une exposition sur les héritages du passé local. Puissent ces réalisations être pour les jeunes qu'elles motivés une incitation à prolonger ce temps de curiosité et d'intérêt pour ce qui a été l'histoire de leurs parents ou grand'parents.

     C'est pour ouvrir avec tous un espace de dialogue que j'essaye de lancer de "blog". Je ne sais pas encore comment cela fonctionnera, pas plus que je ne savais, il y a dix ans, quand nous faisions visiter le "blockhaus" de Firminy-Vert ( que certains élèves prenaient pour une ruine ! ), si cela servirait à quelque chose....

A bientôt, pour échanger nos connaissances et nos questionnements sur l'histoire et le patrimoine du "Val d'ONDAINE" ! Et peut-être préparer ensemble un ouvrage à l'intention des générations actuelles et futures.
R.C.  

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