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Pendant une trentaine d'années, se succèdent de grandes opérations planifiées de renouvellement urbain

Avant-propos.
D'autres textes de ce blog ont abordé cette période capitale de l'histoire urbaine de Firminy ; on les trouvera facilement dans le sommaire complet du blog, notamment :
- les cinq "pages" sur "Le Corbusier à Firminy, les détours d'une reconnaissance patrimoniale",
- les trois articles illustrés sur Firminy-Vert,
- Firminy : la place du Centre , un manifeste d'urbanisme dès 1956,
- A Firminy, une antithèse urbaine de la Place du Centre.

A leur gré, les lecteurs de la "page" ci-desous pourront consulter ces textes et leurs illustrations pour enrichir leur curiosité sur l'histoire urbaine récente de Firminy. 




2 photos pour rappeler la pauvreté du bâti ancien




















   

 
Le même site (voir en arrière-plan le sommet du clocher de Saint Firmin), avant et après l'opération Salamandre, réalisée après 1977,dans le cadre de la rénovation du quartier Saint Pierre entre la place du Breuil et la place du Marché.

Eugène Claudius-Petit : un plan d'urbanisme volontariste (1954-64).


     "En 1953, la crise du logement atteignait à Firminy une acuité difficile à décrire" (Claudius-Petit, dans la revue "Travaux", n° d'octobre 1961). " L'Office municipal d'HLM créé en 1948 avait bien mis en chantier 32 logements, mais qu'était-ce, en regard des besoins...La plupart des quartiers étalaient leur inconfort et leur délabrement...Manifestement, les équipements n'avaient pas suivi la lente évolution du bien-être...Partout où le regard se posait, l'indispensable effort apparaissait avec la même urgence..." (Claudius-Petit, revue Urbanisme, n°104 sur Firminy, juin 1968)
    
      Lorsqu'il fut élu Maire en 1953, son programme pouvait se résumer en une phrase : concevoir un plan d’urbanisme, et le réaliser. Pour l’époque, c’était une innovation à l’échelle nationale. Devant l'ampleur des taches à réaliser, il ne s'agissait pas de faire de l'urbanisme au coup par coup comme au Chambon-Feugerolles et dans bien d'autres banlieues, mais de concevoir pour une période d'au moins dix ans un plan aussi global que possible de restructuration, de rajeunissement, d'équipement et d'extension de la ville. "Les programmes devaient correspondre aux dimensions des besoins et s'enchaîner dans leur développement  pour accomplir le plan envisagé" (article déjà cité, dans "Travaux").


        Répondant par lettre le 25 mai 1960 au maire de Saint Galmier qui le questionnait au sujet des plans d'urbanisme (lettre conservée aux archives municipales de la ville), Claudius Petit montrait l'avantage prospectif de la méthode : "il y a tout avantage à établir un règlement applicable sans distinction à tous les habitants. Il remet de l’ordre dans la cité, en ce sens qu’il empêche de construire là où des développements, des voies, des équipements publics doivent être un jour ou l’autre réalisés. Il y aura économie des deniers publics car cela évitera les fausses manoeuvres et de défaire ce qui a été fait. Enfin, le plan permet une expropriation en cas de nécessité. C’est donc un outil de travail échelonné dans le temps."

        L’avant-projet de ce plan fut soumis dès 1954 au conseil municipal.
        Il avait été précédé par un ensemble d’études minutieuses sur l’état du bâti et sur les composantes démographiques, sociales et économiques de la ville, et avait été mis au point par l’équipe du jeune architecte-urbaniste lyonnais Charles Delfante. Invité incognito par le Maire, Le Corbusier vint à Firminy donner son avis dès 1954.
        Le plan ne programmait pas seulement les 1300 logements nouveaux permettant les premières suppressions de taudis. Il concernait la ville tout entière. Il prévoyait aussi les écoles, et une série d’équipements devant servir à la fois à la ville existante et aux nouveaux quartiers : lycées, chaufferie urbaine, maison de la culture, centre social, stade, gymnase, abattoir, service hospitalier de chirurgie et maternité, barrage sur la Semène et usine de traitement des eaux. De nouvelles zones industrielles, séparées des quartiers d’habitation, étaient prévues, ainsi que les aménagements routiers et le percement du nouveau boulevard Saint-Charles.


      Une partie du conseil municipal, habituée (toutes tendances politiques confondues) à des décennies de défiance devant tout impôt nouveau, fut sceptique, voire effrayée, par l’ampleur et la nouveauté du projet, et par les charges de son financement. Celui-ci appelait cependant les participations multiples du Fonds national d’aménagement du territoire, de la Caisse des dépôts et Caisse d’Epargne, du Fonds d’action sociale de la Caisse nationale de Sécurité sociale, du Comité interprofessionnel du logement de Firminy utilisant la contribution de 1 % des employeurs, et de la Ville de Firminy.
       Il fallut voir sortir de terre les premières réalisations pour que les élus et la population fussent convaincus. De toute façon, disait M. Delfante, "la situation était telle qu’on ne risquait pas d’aggraver le pire".


1961 : le prix national d'urbanisme pour Firminy-Vert. 

       Dès 1961, l’essentiel du programme était réalisé ou engagé.

      Adepte des idées de Le Corbusier (dont il avait soutenu comme ministre la réalisation de l’Unité de Marseille, et obtenu la nomination comme expert français pour le choix de l’implantation de l’O.N.U. à New York) et de la Charte d’Athènes, Claudius Petit voulut donner un caractère exemplaire à l’architecture et à l’urbanisme.

      
        Dès 1956, l’opération de Firminy-centre à l’emplacement de l’ancienne usine Limouzin se voulait démonstrative. La construction en hauteur des 122 appartements libérait le sol pour des places de stationnement, et pour un square tranquille réservé à la détente. En rassemblant sur chaque palier quatre appartements de tailles différentes, on installait côte à côte des ménages de toutes dimensions, comme dans les quartiers traditionnels. Surtout, pour la première fois dans la vallée de l’Ondaine, des logements normalement équipés, avec chauffage central, eau chaude, salle de toilette et vide-ordures, étaient mis à la disposition de familles ouvrières aux ressources modestes. La rapidité de la réalisation rendait crédibles les autre projets.

    
       Avec son millier de logements réalisés en trente mois, de 1958 à 1961, Firminy-vert devait avoir aussi une valeur démonstrative. Les responsables du projet voulaient lui donner "les traits nouveaux d’une ville qui soit résolument de son temps". Avec la même densité de population que dans la ville existante mais seulement 12% d’espace occupé par les bâtiments, on introduisait dans le tissu urbain l’air, le soleil, l’espace et la verdure ; on séparait la circulation des piétons et celle des voitures. Par la combinaison du béton, du bois peint et de parois extérieures entièrement vitrées, on introduisait dans la vallée des formes architecturales inédites claires et colorées, réparties en fonction de la topographie dans un paysage de parc (auquel les municipalités ont apporté depuis un soin attentif). La distribution du chauffage et de l’eau chaude à partir d’une centrale unique éliminait les pollutions dûes aux foyers domestiques. Les écoles elles-mêmes étaient spécialement agencées pour s’ouvrir au paysage comme à la vie du quartier. Un mail commercial original équipait cette partie de la ville.

    
      Sans entrer dans le détail d’un sujet qui donna lieu en son temps à d’intéressantes publications et justifierait à lui seul une étude, nous proposons deux documents inédits relevés dans les archives de la mairie de Firminy.
      D’abord, une note manuscrite de Claudius Petit, datée du 1er mai 1960, illustrant l’attention apportée à la qualité par le maître d’ouvrage jusque dans le détail.

      "Nous avons passé plusieurs heures à Firminy-vert...Au sujet des pelouses déjà plantées, il faut que l’entreprise qui exécute les travaux cesse de le faire : les terrains préparés ainsi que les pelouses sont inacceptables...Sur les pelouses, on peut voir des mottes de terre, des cailloux de 4 à 7 centimètres, sur des fonds mal aplanis et mal roulés...Que les plantations à venir soient conduites et contrôlées par les services municipaux, puisque ce sont eux qui devront assurer leur entretien...Les revêtements des trottoirs ne ressemblent en rien aux enrobés noirs habituels : le gravillon est agressif, coupant et rugueux. Il faut veiller au finissage et vérifier si la qualité est imposée au cahier des charges des entreprises...Nous avons observé un mauvais vieillissement des vernis ; le vernis employé est-il conforme à celui du cahier des charges ? Quel contrôle a-t-on fait ? Prévoir le grattage et la remise de couches conformes."

       Voici maintenant une lettre manuscrite de M. Sudreau, ministre de la construction, à Claudius Petit, datée du 4 juin 1960 (noter qu’à cette date, Firminy-vert est encore en chantier). "Le métier m’amène à critiquer ou à accepter, souvent en maugréant, des réalisations et des programmes. Mais hier à Firminy, pour la première fois, j’ai ressenti un choc et j’ai été ému de voir tant d’idées communes, et souvent proclamées, concrétisées sur le sol d’une façon aussi parfaite. Je vous le dis comme je le pense, sans aucune flatterie, et avec d’autant plus de force que mon album est très rempli : votre oeuvre personnelle est à la fois unique, considérable et admirable".


       Le prix national d’urbanisme, décerné en 1962 au titre de l'année 1961, souligne ce que la réalisation avait, à l’époque, de novateur, et en particulier, à la différence de maints grands ensembles qui commençaient à s’édifier alors en France, le souci d’intégrer le nouveau quartier avec le reste de la ville, et de ne pas créer "un corps étranger posé au hasard des terrains disponibles et vivant sur lui-même" (Claudius-Petit). A cet égard, le choix de la localisation du "centre civique" comprenant la maison de la culture, le stade, la piscine et l’église, conçus par Le Corbusier et ses successeurs, fut volontairement significatif, à distance minimum entre la ville existante et sa nouvelle extension.


      Toutefois, comme l’exprimait un des architectes dans un document destiné au ministère de la construction, on dut composer avec les contraintes du financement et des normes H.L.M. : "il nous est arrivé bien des fois de regretter de ne pouvoir ajouter les 5% qui auraient permis d’éviter des sacrifices regrettables" (par exemple ceux de volets ou de pare-soleil à Firminy-vert).


       En 1962 s’ajoutèrent, dans une certaine urgence liée à la fin de la guerre d’Algérie, trois cents logements répondant aux "plans sociaux pour les rapatriés" (P.S.R.).


Firminy après 1965 : un second plan d’urbanisme prolongé par de nouvelles opérations de rénovation.

      
     Etudié dès 1959, le second plan d’urbanisme fut approuvé en 1964. Onze cent inscrits étaient alors candidats pour un H.L.M. ; prolongeant l’euphorie du "baby-boom, et dans la perspective d’une croissance économique sans accroc, on tablait sur une progression démographique qui allait s’avérer irréaliste (40000 habitants à Firminy avant l’an 2000 ?). Trois unités d’habitation commandées à Le Corbusier devaient assurer la jonction entre Firminy-vert et une Z.U.P. prévue à Chazeau, destinée à recevoir 12000 habitants et des zones d’activités (on peut voir à la Maison de la Culture la maquette du projet pour Chazeau).
      Déployé sur les collines dominant Firminy-Vert, le lotissement des Noyers devait satisfaire les candidats au pavillon individuel. 
       La rénovation du quartier Saint-Pierre, celle du quartier du Mas (un très vaste rond-point symbolisa à la fois l’éradication de ses nombreux taudis, l’introduction d’espaces verts dans la ville et l’adaptation aux nouvelles données de la circulation) et d’une grande partie du centre ville remodelée pour le passage de l’autoroute, allait gommer sans regrets l’héritage d’un habitat médiocre ou vétuste et donner à la ville la physionomie que nous lui connaissons aujourd’hui.

     
         Le second plan d'urbanisme fut poursuivi après l’élection en 1971 de M. Vial-Massat, qui conserva sa confiance au cabinet de M. Delfante, mais il fallut réduire ses ambitions avec le renversement de la tendance démographique, les difficultés industrielles, et aussi la diversification progressive de l’offre de logements dans la vallée et ses environs. Des activités nouvelles s’installèrent ainsi dans la zone de Chazeau (supermarché Casino,  Clextral) et au Mas. Mais n’ayant pu remplir la première unité d’habitation Le Corbusier achevée en 1967, on renonça aux deux autres, ainsi qu’à une partie du programme concernant Chazeau.
      Quant au style du nouveau quartier Saint Pierre (dont la vieille porte médiévale tomba sous les bulldozers en 1977), on renonça à la troisième tour, mode d’habitat condamné par la circulaire Guichard de 1972 (on en avait abusé en France, générant une insatisfaction qui avait des incidences électorales défavorables à la Droite) pour faire place après 1977, entre l’hôpital et la place du marché, à l’importante opération "Salamandre, prototype de logements sociaux à caractéristiques innovantes". Elle eut le mérite de remplacer une bonne partie des habitats vétustes qui avaient subsisté entre le centre ville et Firminy-Vert. 
      
       Tandis que des "Logirel" s’édifiaient le long de la future autoroute, la rénovation du centre fut continuée entre l’autoroute et la grande rue à partir de 1979, dans une architecture plus classique, avec toitures en tuiles, ruelles et placettes. L’autoroute installée entre ce quartier rénové et la voie ferrée dut être couverte, en 1978, quelques mois avant son ouverture sur le Boulevard Saint-Charles.

Place du Marché, avant le démarrage de l'opération de rénovation urbaine "Salamandre" dont le plan est annoncé sur l'affichagele même site, trente ans après : bordée de nouveaux immeubles, l'ancienne rue du commerce se fond dans la place Marquise...où les arbres ont prospéré.                              ------------------------------------------------------
Donc, à l’exception du lotissement des Noyers, il n’y eut plus de grande opération résidentielle périphérique, et la dernière "tour" achevée en 1974, le "Vivarais" (à l’entrée du boulevard Fayol) releva de la promotion privée. Pour l’office de H.L M. de Firminy, la demande de logements étant considérée comme à peu près satisfaite, la tâche essentielle a dès lors été d’entretenir et de gérer son patrimoine.

 

     Ca et là, dans les divers quartiers, des opérateurs privés ou parfois l'Office de HLM ont remplacé du bâti ancien par de nouveaux immeubles,  facilement repérables au fil des rues. Le temps des grandes opérations d'urbanisme paraît révolu....

     Il faut néanmoins noter la remarquable transformation du paysage urbain aux abords de l'église conçue par Le Corbusier, achevée en 2006. On se reportera sur ce sujet aux textes de ce blog concernant Firminy-Vert et le patrimoine Le Corbusier.

    
 

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