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     Fin 1984, la partie nord du Corbu, finalement évacuée, est fermée. Mais, du militantisme minoritaire à une certaine réappropriation municipale, l'idée de patrimoine chemine.

1 - Coup de neuf à Firminy-Vert...sauf pour le "Corbu"

      Ignoré depuis 1971, le quartier reparaît dans les bulletins municipaux : il est l'objet d'une réhabilitation, dans le cadre du plan national "banlieues 89". Il s'agit d'une "amélioration de l'image dans son ensemble". Cela s'imposait pour conjurer une dégradation de moins en moins acceptable, mais surtout pour essayer de retenir ce qu'il restait de familles des classes moyennes, trop souvent remplacées par des ménages en situation plus précaire. C'était la condition pour entretenir un minimum de mixité sociale.

       Les améliorations portèrent sur le bâti, l'isolation phonique et thermique, le système de chauffage, la pose de volets, les sanitaires. La couleur du quartier changea, avec le nouveau revêtement plus uniforme des façades se substituant à la polychromie des panneaux d'origine. Préoccupation paysagère : le "coup de neuf" consista aussi à traiter plus soigneusement les espaces verts. De la sorte, la municipalité se réappropriait cette partie de l'oeuvre de Claudius-Petit qui avait été honorée du prix d'urbanisme. 

    La réussite se mesura par la réoccupation des immeubles, et l'allongement des files d'attente des demandeurs. Dans les secteurs proposés à la vente en copropriété, on enregistra des résultats supérieurs à des prévisions plutôt pessimistes

     Mais l'unité Le Corbusier resta à l'écart de cette réhabilitation.

2 - L'enjeu du tourisme. 

     Fréquemment, les habitants du "Corbu" voyaient arriver des personnes ou des groupes cherchant à visiter l'immeuble. On sonnait parfois à une porte pour demander à voir un appartement. On cherchait le gardien pour pouvoir accéder à l'école et à la terrasse du sommet.

     Pour accueillir et guider ces visiteurs, un adjoint socialiste chargé du tourisme, habitant de l'immeuble, proposa en 1986 de créer un syndicat d'initiative. Loin de le décourager, les objections du maire, les réticences, voire les sarcasmes de certains conseillers municipaux, l'incitèrent à concevoir une structure associative pluricommunale. Ce fut le SIFE (Syndicat d'initiative de Firminy et environs), plus ou moins soutenu par des subventions de fonctionnement consenties par les communes proches, auxquelles Firminy participa d'ailleurs, au titre du soutien aux associations. 

     D'abord localisé dans l'Unité d'habitation, le syndicat réussit, par souscription auprès de ses adhérents, à s'installer à ses frais dès 1987 dans un local commercial du centre ville, où la population locale disposerait d'un service d'information touristique documenté sur l'ensemble du territoire national. La permanence d'accueil était assurée grâce à un personnel de statut précaire mais largement aidé par l'Etat (les TUC, puis les CES). Un bénévolat actif s'employait à collecter les cotisations des commerçants, à concevoir des documents touristiques, et surtout s'organisait pour accompagner et commenter les visites du patrimoine Le Corbusier. Il proposait une brochure illustrée dans laquelle on ne manquait pas d'évoquer les évènements survenus en 1983-84.

      Prenant ombrage de cette initiative qui procurait à son "allié"socialiste un outil de comunication dont il n'avait pas la maîtrise, M. Vial-Massat, le maire, créa six mois après la naissance du SIFE un "Office de tourisme et d'information", avec la certitude que le syndicat d'initiative ne survivrait pas. Installé dans le hall de l'Hôtel de ville à une centaine de mètres de son local , l'Office fut en fait un guichet polyvalent doté de quelques documents touristiques régionaux. Ni adhésion, ni cotisation : le Conseil d'administration réunissait quelques élus municipaux et un petit choix de professionnels et de responsables d'associations dans le domaine de la culture et du spectacle.

      Mais il était impensable pour cet Office municipal de ne pas disposer au moins d'une plaquette sur Firminy ; celle-ci parut en 1987 ; parmi les curiosités signalées, difficile d'omettre ce que les défenseurs de l'Unité d'habitaiton avaient apelé "le site Le Corbusier". Venant cette fois de la Mairie, cette expression allait être répétée par la presse, prélude au lent cheminement culturel de l'idée de patrimoine. Mais pour l'heure, l'Unité d'Habitation ne mérita pas une photo dans la plaquette : elle fut même ignorée dans le bulletin municipal de 1991 consacré aux vingt ans de gestion de M. Vial-Massat.

3 - Une opportunité culturelle en 1987 : le centenaire de la naissance de Le Corbusier: 

    En partenariat avec le goupe de recherches "Le Corbusier" de l'Ecole d'architecture de Saint-Etienne, dont quelques enseignants résidaient à l'Unité d'Habitation, le SIFE célébra ce centenaire en organisant un ensemble de manifestations : visites, conférences, exposition, plaquette, le tout assez bien couvert par la presse locale. 
      
la plaquette-dépliant-affiche de l'école d'architecture : silhouettes de l'Unité d'habitation et des édifices du centre civique (de gauche àdroite : maison de la culture, stade, église)

     Pour la première fois,on parlait du patrimoine dans un contexte autre que polémique, dépassant le niveau des sensibilités locales. Ainsi pouvait-on lire dans un dépliant produit par l'Ecole d'architecture et largement distribué : "Firminy est la ville, après Chandigarh en Inde, qui accueille l'ensemble urbain le plus complet de Le Corbusier ; il suscite l'intérêt d'architectes et de visiteurs du monde entier". 










détail de l'affiche :
l'église en profil

















4 - La fin de l'éclipse : de nouvelles donnes municipales.

      Pour les élections de 1989, seule la liste de l'ex-adjoint socialiste au tourisme, en rupture d'union de la gauche, évoquait Le Corbusier comme un atout pour la ville.
    Au fil des ans, avec le sentiment d'avoir eu raison avant les autres et d'être désormais tenus en marge, ses deux élus et leurs amis  assistèrent à la récupération par la Municipalité de ce que leur syndicat d'initiative avait entrepris pour la reconnaissance et la valorisation du patrimoine. 

    Le premier acte fut dès 1989 la réappropriation de la Maison de la Culture, après plusieurs années de fonctionnement difficile. En 1987, le transfert de la bibliothèque municipale vers le centre ville l'avait privée d'une partie importante de sa fréquentation et de son rayonnement.
     Gérée par une association à majorité non communiste, son statut la plaçait sous la tutelle conjointe de la municipalité et du ministère de la culture, et garantissait ainsi un importante participation de l'Etat. Mais celui-ci se désengagea fin 1988 en raison d'un différend insurmontable sur le budget et sur la gestion. C'est alors une association paramunicipale, "Firminy culture et spectacles", qui reçut en 1989 la responsabilité de la maison. 

     L'année suivante, avec l'apport des Monuments historiques, la toiture fut restaurée : le classement de 1984 se révélait donc utile. 

    En 1991, La Maison fut rebaptisée "Espace Le Corbusier", tandis qu'une petite brochure paraissait sur le site et que, pour la première fois, on vanta dans le bulletin municipal "l'oeuvre de Le Corbusier" en des termes rappelant l'époque de Claudius-Petit.

    En 1992, la démission de M. Vial-Massat installa à la mairie M. Outin, communiste "reconstructeur", qui n'avait pas personnellement ferraillé avec Claudius-Petit. Conscient du déclin industriel de la vallée de l'Ondaine, il percevait l'intérêt de faire évoluer l'image et le profil social de la commune, en réhabilitant dans l'esprit public l'héritage nagère déconsidéré. Dans les bulletins municipaux, on se mit à parler du site "unique en Europe", du patrimoine culturel de notre ville, en des termes identiques à ceux des brochures du SIFE. Notons que celui-ci, pauvrement subventionné par la ville les premières années, se vit traité à égalité avec l'Office de tourisme.

     M. Outin ne croyait pas pour autant à un réel potentiel économique fondé sur le tourisme. Son souci était plutôt de préparer la réhabilitation et la reconquête de l'Unité d'habitation. Celle-ci devint à partir de 1992 l'édifice de Le Corbusier le plus représenté dans les bulletins municipaux. 

     En juin-juillet 1993, des artistes et des "designers" furent invités à exposer dans les appartements inoccupés du haut de l'immeuble. Le public put donc y accéder librement, et ne s'en priva pas. A l'opposé du silence sur le classement de 1983, c'est par le bulletin municipal de septembre que les Appelous apprirent que l'Unité était, à son tour, "enfin inscrite" sur la liste supplémentaire des monuments historiques (donc 19 ans après celle de Marseille).
     Cela facilita en 1995-96 le financement de travaux de réfection et d'étanchéité de la terrasse.

     Autres gestes significatifs : l'approbation par le Conseil municipal du projet d'achèvement de l'église et du nouveau permis de construire démandé à cet effet par le fils de M.Claudius-Petit, président de l'Association Le Corbusier pour l'église de Firminy-Vert.

    Les automobilistes venant de Saint-Etienne et de la Haute Loire virent apparaître les grands panneaux illustrés annonçant le "Patrimoine Le Corbusier".

       Concurremment avec le SIFE, l'Office municipal de tourisme et Firminy-culture et spectacles s'organisèrent pour mettre en place des visites tarifée, dont les conditions et les horaires parurent en bonne place, chaque mois de juin, dans le bulletin municipal.  
   
     3000 visiteurs furent comptés en 1996, 5000 en 1997, année où la ville se dota d'un site internet ouvrant des pages particulièrement soignées sur le patrimoine Le Corbusier.

                    Celui-ci sortait donc d'une sorte de purgatoire...sans que pour autant tous les problèmes soient résolus, concernant particulièrement l'église. Il devait en surgir d'autres, imprévus au début de 1998,  à propos de l'école perchée au sommet de l'unité d'habitation.

                                           R. Commère - 
                                                                            & à suivre. 



  

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