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     De 1953 à 1971, des opérations d'urbanisme menées avec célérité ouvrent des chantiers dans plusieurs parties de la ville. 

1 - Un laboratoire d'application de la Charte d'Athènes. 
 
      "Faire un plan d'urbanisme et le réaliser " : c'est sur ce programme volontariste que Claudius-Petit fut élu en 1953. Comme il le disait lui-même, il allait pouvoir accomplir comme maire ce qu'il n'avait pas pu faire comme ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme : la modernisation exemplaire d'une ville selon l'esprit de la Charte d'Athènes, élaborée en 1934 par le Congrès International des Architectes modernes (le CIAM), à l'instigation de Le Corbusier. 

     La Charte dénonçait la violence des intérêts privés et des logiques spéculatives comme autant d'entraves à une urbanisation maîtrisée. Il fallait donc que  les intérêts privés soient subordonnés  à l'intérêt collectif, ce qui rendait impératif un plan d'urbanisme ordonnant à la fois la construction de logements et la réalisation d'équipements publics.

     Un  volontarisme urbain sans doute facilité par le faible attrait de la vallée de l'Ondaine et de sa population ouvrière peu fortunée pour la promotion immobilière privée. Claudius-Petit insista plus tard alors sur le bienfait pour la ville "des mesures prises pour juguler la spéculation foncière" (bulletin municipal de 1971).

      2 - Firminy-Centre et Firminy-Vert, programmes majeurs du Premier plan d'Urbanisme directeur (1955-65).

       Soucieux de la valeur démonstrative de ses projets, le Maire demanda qu'un minutieux état des lieux précédât la définition des besoins et des priorités du premier plan : cela fut d'autant plus apprécié de M. Charles Delfante, responsable de l'urbanisme, que l'on ne consacrait alors que peu de moyens financiers à de telles études.  

      Les travaux de première urgence ont concerné diverses parties de la ville : premières constructions de logements sociaux, disparition de taudis, rattrapages en matière d'équipements publics : écoles, lycées, hôpital, centres sociaux, installations sportives, traitement et distribution d'eau potable, assainissement, centrale de chauffage devant réduire la pollution de l'air par les foyers domestiques. 

      Achevée dès 1956 en plein coeur de la ville, l'opération "Firminy-Centre" se voulait démonstrative. Sur le site d'une ancienne usine, la construction de 122 appartements dans un immeuble haut (le premier de la vallée) libérait le sol pour des places de stationnement et un square tranquille volontairement tenu à l'écart de la circulation automobile.(voir l'article de ce blog sur Firminy-Centre). Quatre appartements de tailles différentes sur chaque palier, faisaient cohabiter des ménages de toutes dimensions. Pour la première fois en val d'Ondaine, des familles ouvrières aux ressources modestes disposaient du chauffage central, de l'eau chaude, de la salle de toilette...

       Mais la pièce maîtresse  du premier plan a été le millier de logements HLM du nouveau quartier appelé symboliquement Firminy-Vert. Si Le Corbusier n'intervint pas directement dans ce programme édifié entre 1959 et 1961, il inspira fortement l'équipe qui le conçut et le réalisa sour la direction de M. Delfante.

      Il s'agissait de loger dignement, sur une surface identique à celle du centre-ville, le même nombre et les mêmes catégories d'habitants, selon un concept urbain rompant avec les pratiques du 19ème siècle industriel : réintroduire la nature dans la ville en réservant 88% de la surface aux espaces verts. D'autre part, pour faire contraste avec la tristesse du bâti ancien, la combinaison du béton, du bois peint et du verre introduisait dans la ville des volumes architecturaux inédits et colorés, soigneusement disposés en rapport avec la topographie, dans un paysage de parc (voir les articles de ce blog sur Firminy-Vert).. On séparait les circulations des piétons et des voitures ; les écoles elles-mêmes étaient agencées pour s'ouvrir à la vie du quartier. 

      Le prix national d'urbanisme décerné en juin 1962 souligna ce que la réalisation avait d'exemplaire : "un paysage urbain dépourvu de la banalité sinistre des grands ensembles", notera Gérard Monnier en 2002 dans son ouvrage sur les Unités d'habitation.
 

 3 - Le Corbusier, maître d'oeuvre.

      Venu incognito à Firminy dès 1954, Le Corbusier approuvait les projets du maire, qui avait toutefois évité de le mettre en première ligne en raison de la réputation de modernité agressive qui lui avait été faite...

       En 1955, Claudius-Petit convainc néanmoins le Conseil Municipal de lui commander la maison de la culture, le stade, et plus tard, en accord avec l'association paroissiale, l'église. L'ensemble était réuni dans ce que l'architecte appelait le "centre civique" (à la manière des cités grecques de l'antiquité, qui se définissaient à partir de trois éléments fondamentaux : le temple, le théatre et le gymnase).

       Choisi par Le Corbusier, le site de ces équipements signifie qu'ils sont destinés à la fois au quartier et à l'ensemble de la ville.

      Dans un article de la revue "Urbanisme" (n°104, 1968), Ch. Delfante se rappelle que,  pour son équipe, l'adhésion de Le Corbusier comptait plus que le prix d'urbanisme.

      Avec la Maison de la Culture et de la Jeunesse, édifiée de 1961 à 1965, l'architecte septuagénaire produit une oeuvre de pure invention, dont le temps n'a pas atténué le caractère d'avant-garde. Elle étonne par son profil insolite, avec l'imposante façade en dévers surplombant l'abrupt de la falaise. La tension des câbles supportant les dalles légères de la toiture détermine sa courbure, en voûte inversée. A l'intétrieur, il reste à se laisser séduire par la diversité fonctionnelle d'un agencement dont chaque élément est à la fois simple et unique : autant d'invitations à la "promenade architecturale", ce concept organisateur que Le Corbusier avait miseneouvre dans ses villas de l'entre deux guerres.

      Comme le voulait la Charte d'Athènes, le stade est "au milieu de l'habitat". On doit remarquer en haut des tribunes la large esplanade-promenoir sur laquelle les spectateurs cheminent avant de descendre dans les gradins. Au passage s'offrent à leur regard les perspectives paysagères de Firminy-Vert.

      L'unité d'habitation : anticipant une croissance démographique à laquelle croyaient les planificateurs de l'époque, le second plan d'urbanisme (1965-75) prévoyait trois unités d'habitation : une seule a été construite, de 1965 à 1967, entièrement réalisée sur du financement social.

       Décédé peu après la pose de la première pierre, Le Corbusier n'en vit pas la construction, conduite par son disciple Wogensky. Elle n'en illustre pas moins la vision urbaine de l'architecte : rassembler les citadins dans un habitat en hauteur, réservant le sol pour des espaces collectifs de détente et de récréation. Point de rue poussiéreuse et bruyante, des appartements silencieux, salubres et bon marché, inondés de lumière grâce à la double hauteur vitrée dela pièce de séjour. Pour les logements ouvriers de l'époque, les larges balcons sont un luxe inhabituel. L'agencement intérieur de l'immeuble doit favoriser la mixité sociale. Comme à Marseille, les pilotis libèrent le sol, conférant à l'édifice un aspect monumental. Au sommet, le toit-terrasse propose un espace de plein air et l'école accueille les petits enfants au plus près des logements. 
   

4 - "Les hardiesses de l'architecture ont quelque peu effarouché les Appelous" (Claudius-Petit, 1971).

       Le bulletin municipal de 1971, à la fois bilan de trois mandats et document pré-électoral, détaille les changements intervenus à Firminy. Mais le maire commente avec prudence l'héritage corbuséen, dont il a perçu l'accueil mitigé. D'ailleurs, c'est la tour élégante d'André Sive, à Firminy-Vert, qui est représentée sur la couverture.
    
       Sur l'Unité d'habitation, le bulletin est discret ; il est montré sur un tableau que les loyers n'y sont pas plus chers que dans les autres HLM. Aucun commentaire sur la lenteur de l'occupation ni sur les réactions contrastées des premiers locataires : engouement et enthousiasme des uns, jeunes enseignants ou cadres, dont certains sont venus par choix idéologique ; mécontentement de ménages n'ayant pas choisi cet habitat trop insolite pour eux, ce qui expliquerait les 20% de départs dès la première année.

     Sur la Maison de la Culture, le maire répond aux rumeurs entretenues par l'opposition. Certes, des centaines de touristes viennent spontanément la visiter, quelques-uns de très loin ; les spectacles qui s'y déroulent ont un écho plus fort qu'on ne le soupçonne à Firminy. Mais il faut reconnaître que nombre d'Appelous se sont mépris sur la destination de la Maison : "ce n'est pas pour nous, c'est réservé à l'élite" ; et on l'a boudée. Mais peu à peu, précise le Maire, de plus en plus d'entre eux comprennent qu'ils y sont bien chez eux.

    
Le désaveu des urnes n'allait pas faciliter la reconnaissance de l'héritage.

                                                                                        A suivre  

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La tour André Sive (couverture du bulletin municipal de 1971)















                                                                              Maison de la culture
                                                                              Récital de Samsom François (1970)

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